Les Wayana appellent l'État à déclarer la guerre à l'orpaillage illégal
Les autorités Wayana demandent à l'État de passer à la vitesse supérieure au sujet de la lutte contre l'orpaillage illégal
Les autorités Wayana* rendent publique une lettre ouverte adressée au préfet de Guyane. Les mots employés dans le courrier témoignent d'un ras-le-bol. Ils demandent à l'État de "déclarer une véritable guerre à l'orpaillage illégal et aux réseaux qui l'organisent." Un ultimatum est lancé.
"Si vous ne venez pas avec cela [...] vous ne pourrez plus être considérés comme légitimes sur ces terres coutumières que l'État laisse se dégrader depuis des décennies en parfaite connaissance de cause. [...] Nous attendons une décision."
Le timing de cette lettre coïncide avec le déplacement,du 21 au 27 juin, du préfet sur le Haut-Maroni.
Des actions qui ne règlent pas le problème
Le courrier ajoute : "Le problème du Haut-Maroni n'est pas l'absence d'action. Des actions, il y en a. Elles sont nombreuses. Elles sont documentées. Le problème est que ces actions ne règlent pas le problème. Vos propres documents le reconnaissent."
En 2023, le rapport d'une mission interministérielle admettait que malgré les destructions les orpailleurs revenaient. Le rapport ajoutait que "les dispositifs de contrôle restaient partiels et que les réponses demeuraient ponctuelles face à un phénomène structuré ". En décembre 2025, l'Etat reconnaissait un "plafond de verre" dans la lutte contre l'orpaillage illégal.
"Les données issues du Parc amazonien de Guyane, des ONG et des observations récentes décrivent un phénomène persistant, réorganisé, avec un nombre de sites toujours plus élevé et des réseaux capables de se reconstituer plus vite que les dispositifs mis en place." Lors du dernier recensement par le Parc amazonien de Guyane, les agents ont compté 189 chantiers d'orpaillage illégal. C'est le chiffre le plus élevé jamais enregistré dans cette zone protégée du sud de la Guyane.
Une stratégie "à la hauteur de la situation" demandée
"L'État agit, mais n'empêche ni la persistance, ni la reconstitution, ni désormais l'explosion du phénomène. L'Etat agit sans produire l'effet attendu", poursuit la lettre signée par les autorités Wayana.
Elles déplorent à nouveau les dégâts de la pollution au mercure sur les habitants du fleuve. On estime que près d'un enfant sur cinq est atteint de saturnisme.
En mai, le tribunal administratif de Guyane a rejeté l'existence de carences fautives de l'État dans sa politique de lutte contre l'orpaillage illégal. Cette responsabilité était dénoncée par six associations et deux habitants du Haut-Maroni. La juridiction reconnaissait toutefois dans son jugement "les effets de l'orpaillage illégal : intoxication au mercure, maladies neurologiques et destruction des écosystèmes". Cela ne suffisait pas, selon le tribunal, à caractériser une carence fautive.
Enfin, les signataires de la lettre ouverte demandent une rupture politique claire et l'adoption d'une stratégie à la hauteur de la situation. "La visite préfectorale à venir ne peut donc constituer une nouvelle séquence de constats. Elle doit déboucher sur des décisions concrètes."
France-Guyane a proposé à la préfecture de réagir à ce courrier. La demande est restée sans réponse pour l'heure.
*NB : Les signataires
Patrick TOUENKE, Gran Man Wayana
Michel ALOÏKE, Chef coutumier de Taluen
Mélanie ALIMAN-HE, Capitaine de Kayodé
Aïtalewa PALANAÏWA, Chef coutumier d'Antecume Pata
Kulilu COGNAT-CACHINE, Responsable du village d'Antecume Pata
Amaïpotï TOUENKE, ancien Gran Man Wayana

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