Armontabo : l'ONF réaffirme ses ambitions
La réserve comprend plus de 300 inselbergs, des forêts anciennes, ainsi que les criques Armontabo et Noussiri, réputées pour leur excellent état écologique
Après les critiques suscitées par la création de la réserve biologique intégrale des Pitons rocheux de l'Armontabo, l'Office national des forêts (ONF) organise les opérations pour aménager ces 156 000 hectares de forêt préservée. Une volonté de protection de la biodiversité qui rime avec ambitions. Celles d'en faire une réserve ouverte à la population et un centre d'écotourisme à l'échelle de la Guyane.
"Une réserve n'est pas une forêt que l'on met sous cloche", résume François Korysko, directeur territorial de l'ONF en Guyane depuis 2024. Contrairement aux réserves naturelles nationales, dans cette réserve biologique la chasse, la pêche ou encore certaines activités écotouristiques resteront autorisées, à condition qu'elles respectent les objectifs de conservation.
Un sanctuaire pour la biodiversité
Située à l'ouest de l'Oyapock, en continuité avec le Parc amazonien de Guyane, la réserve couvre l'ensemble de la forêt domaniale de l'Armontabo. Son isolement géographique en fait aujourd'hui l'un des plus vastes massifs forestiers encore intacts. Plus de 300 inselbergs, des forêts anciennes, ainsi que les criques Armontabo et Noussiri, réputées pour leur excellent état écologique. La diversité d'habitats permet une biodiversité sans égal. Les inventaires réalisés ont d'ailleurs identifié une douzaine d'espèces végétales protégées, près d'une centaine d'espèces patrimoniales et une faune particulièrement riche. Grands félins, loutres géantes, tapirs, singes et plus de 250 variétés d'oiseaux, c'est toute la faune emblématique de Guyane qui habite le lieu.
L'un des principaux objectifs de la réserve consiste à approfondir les connaissances sur cette partie du territoire. " Plusieurs campagnes d'exploration sont déjà programmées. Elles porteront sur l'élaboration d'une cartographie des reliefs grâce au Lidar [Light Detection and Ranging] ", appuie le directeur territorial de l'ONF.
L'écotourisme comme levier de valorisation
En parallèle, le plan de gestion prévoit la mise en place de plusieurs activités écotouristiques comme le rafting, la randonnée ou le kayak. Un site de carbet itinérant pour accueillir les visiteurs est mentionné. Pour François Korysko, une fréquentation touristique limitée, est compatible avec la préservation du site : "L'accessibilité de la réserve reste de toute façon réduite. La majorité des déplacements s'effectuent par voie fluviale, ce qui limite naturellement l'affluence."
François Korysko souligne l'importance d'" un dialogue avec les acteurs locaux" afin de trouver des compromis ; de valoriser le patrimoine naturel et de générer des retombées économiques.
" Ce n'est pas à l'ONF de décider"
Un dialogue apaisé qui semble compromis. Les élus guyanais ne sont pas du tout convaincus par les objectifs scientifiques et environnementaux mis en avant. Alors que le Grand conseil coutumier avait rendu un avis favorable au projet, les députés, la Collectivité territoriale ainsi que les maires de Régina et de Saint-Georges contestent toujours la méthode employée par l'État et dénoncent une décision prise sans véritable accord local.
Davy Rimane, l'un de nos deux députés, s'insurge : "Ce projet ne tient pas la route et ne peut pas fonctionner. Ce n'est pas la compétence de l'État de décider mais bien celle des collectivités locales. Nous nous opposons formellement à cette prise de décision sans notre accord qui reflète bien la complexité du territoire guyanais".
Au-delà de la controverse institutionnelle, l'État poursuit avec cette nouvelle réserve, son objectif de protéger 10 % du territoire terrestre d'ici à 2030. Une ambition nationale pensée depuis 2019 dont les premiers effets concrets en Guyane restent encore à écrire.

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