Steve Roldan sur la fusillade en soirée : "Cela salit une activité économique"
Steve Roldan, gérant du Hitbox et président de l'Union des métiers de l'industrie et hôtellerie (Umih) s'exprime à la suite de la fusillade en soirée qui fait parler d'elle depuis le week-end dernier
Comment réagissez-vous à ces images des violences par arme à feu lors de cette soirée à Collery ? Les vidéos ont circulé ces derniers jours.
C'est terrifiant. Terrifiant pour ceux qui étaient présents et qui sont venus s'amuser. Terrifiant pour le lieu et les organisateurs. Cela salit une activité économique importante en Guyane : celle du monde de la nuit. On pense que ça n'est que s'amuser, mais ça reste une activité dont dépendent beaucoup de gens.
Comment est-ce possible que des armes puissent entrer dans de telles soirées et qu'elles puissent être utilisées ?
Ce qui est dommage, c'est que des gens aient envie d'entrer dans des soirées avec des armes. Théoriquement, on vient pour s'amuser donc on n'est pas censés venir avec un état d'esprit où l'arme est nécessaire pour agresser ou pour se défendre. Il y a une sécurité qui est là pour régler les problèmes.
Si les armes rentrent, c'est aussi parce qu'organiser des soirées est un vrai métier. Pour éviter ce genre de fusillades - puisqu'il s'agit de la deuxième en quelques mois - il faut préférer faire ça dans des lieux destinés à cette activité. On a davantage l'habitude. On connaît les méthodes que peuvent avoir certains pour faire passer une arme.
Quelles sont ces méthodes ?
Quand vous avez un établissement ouvert avec plusieurs façons d'accéder aux lieux, cela peut être de faire passer une arme au-dessus d'une palissade, on peut profiter d'une terrasse ouverte. Ce sont parfois aussi des arrangements entre personnes. Quelqu'un qui se dit : "je connais, c'est mon cousin à la sécurité", ou alors, on arrive en groupe et on met la pression. Ce sont toujours des situations qui sont compliquées à gérer, surtout quand on n'est pas du métier et qu'on fait ponctuellement des soirées.
Vous avez vu la réponse de la Soyana, l'organisateur de l'événement . Ils déplorent les faits, adressent des pensées aux personnes blessées et expliquent que les précédentes éditions de l'événement s'étaient bien passées. Qu'en pensez-vous ?
Je comprends leur communiqué. L'idée n'est pas que les discothèques s'opposent aux organisateurs de soirées. Beaucoup d'entre nous travaillons ensemble. Les gérants de discothèques gèrent un établissement de nuit, mais la partie artistique leur est confiée. Le souci, c'est que parfois les organisateurs veulent gérer tout de A à Z alors que ce n'est pas forcément leur métier et qu'ils n'en ont pas forcément les habilitations.
Il n'est pas illégal pour une association de louer une salle de réception pour organiser une soirée et vendre de l'alcool fort ; par contre, c'est encadré.
Vous évoquez aussi les difficultés auxquelles les discothèques font face en termes réglementaires…
On a connu, à une époque, beaucoup de soirées dans des "lieux tenus secrets." Ça faisait déjà concurrence aux discothèques qui sont exposées à une réglementation et des frais stricts. En Guyane, nos établissements versent à la Sacem, pour les droits d'auteur, autour de 8 000 euros par mois. Les autres ne paient pas. La fiscalité imposée à une association n'est pas du tout la même que celle d'une société privée classique. Cette distorsion risque, tôt ou tard, de faire du mal au monde de la nuit officiel avec des gens qui ont des CDI et qui travaillent au quotidien avec des fournisseurs et des prestataires. On tient à rappeler que c'est un métier à part entière et que chacun doit faire face à ses responsabilités.
Quels enseignements en tirez-vous sur la sécurité en soirée ?
Même pour nous, le risque zéro n'existe pas. On ne dit pas qu'il ne va jamais y avoir de bagarre en discothèque. Pour autant, cet événement doit nous pousser à mieux travailler avec les organisateurs. Il faut qu'ils comprennent l'importance de travailler avec des gens dont c'est le métier au quotidien.

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