L'État confie pour la première fois un ancien site d'orpaillage clandestin à un opérateur légal
Cette démarche est présentée par le gouvernement comme une manière "de lutter contre l'orpaillage illégal". L'annonce arrive quelques jours après la publication d'un rapport qui relève les atteintes à l'environnement de l'activité minière légale
Une revendication de longue date est sur le point de voir le jour. Pour la première fois, un minier légal devrait obtenir un feu vert pour s'installer sur un site anciennement occupé par des garimpeiros. La société Longtom, basée à Kourou, a été sélectionnée pour occuper une partie du secteur orpaillé de la crique Nationale.
Trois sociétés avaient répondu à l'appel à manifestation d'intérêt (AMI) lancé par la préfecture en août 2025. "Le plus important, ce n'est pas ce qu'on va extraire, c'est surtout comment s'y prendre pour réparer les dommages causés par les orpailleurs clandestins", affirme le président de Longtom, José Mariema. "Il faut aussi que le projet soit viable financièrement. On prévoit un état des lieux complet sur la zone. Ensuite, on ira prospecter pour mieux se projeter."
L'opérateur espère pouvoir exploiter dans le secteur pendant "au moins cinq ans". Longtom prévoit d'arriver sur site début 2027 pour "commencer la réparation." Le dirigeant explique "on remet les cours d'eau à leur place, on aplanit, on revégétalise". Ensuite, l'entreprise cherchera la ressource aurifère.
"Mener un combat noble aux côtés de l'Etat"
L'installation d'opérateurs légaux sur des sites illégaux est permise par la réforme du Code minier de 2022. Cette démarche est présentée par le gouvernement comme une manière "de lutter contre l'orpaillage illégal" à travers "un dispositif d'autorisation spéciale." Selon le Code minier, "le représentant de l'Etat peut délimiter un périmètre à l'intérieur de zones irrégulièrement exploitées et ouvertes à l'activité minière où sera conduit un projet destiné à prévenir un danger grave [...] ou à y remédier."
Pierre Michel Rosier, vice-président de la Fédération des opérateurs miniers de Guyane (Fedomg) considère que "c'est un premier pas. C'est positif." Mais il ne saute pas de joie : "Le projet n'a pas été coconstruit, c'est l'État qui a décidé. On n'aurait pas forcément choisi ce secteur. À l'avenir, on aimerait être davantage impliqué dans les choix."
José Mariema considère au contraire : "C'est une victoire pour nous. [...] Ce n'est pas ça qui va tout résoudre, mais c'est un début. On va mener un combat noble aux côtés de l'Etat contre l'orpaillage clandestin." Le projet Longtom doit encore passer l'avis de l'autorisation environnementale et fera aussi l'objet d'une consultation du public.
Selon nos informations, depuis la publication de cet AMI, aucun autre projet similaire n'a été proposé par la préfecture de Guyane.
Les légaux déforestent plus que les illégaux, selon l'ONF
Quelques jours avant cette annonce préfectorale, le rapport 2023 de l'Office national des forêts (ONF) sur les impacts environnementaux de l'activité minière a été rendu public par Maïouri Nature Guyane. "On y découvre de petites pépites qui expliquent peut-être la difficulté à obtenir ce document et le peu d'entrain mis par la préfecture pour partager ce rapport" souligne l'association de protection de l'environnement, qui déplore la publication tardive du document.
Selon ce rapport commandé par la préfecture, l'activité minière légale a été à l'origine de la destruction de 496 hectares du domaine forestier permanent en 2023 contre 474 hectares pour les illégaux, sur la même année. Sur les 20 années précédentes, à 11 reprises la filière légale a déforesté plus que les orpailleurs illégaux, rapporte l'ONF. Ces chiffres se basent sur des constats réalisés lors de missions aériennes et de vérification des réhabilitations des sites aurifères après exploitation.
"Nous sommes soumis à la reforestation, on n'en parle pas dans le rapport. Cela signifie que notre impact est limité dans le temps", réagit Pierre-Michel Rosier. "Ce rapport ne fait qu'une lecture de données administratives. C'est un biais de sélection majeur. Il montre les chiffres de la manière qu'il veut."
43 infractions relevées
100 km de cours d'eau en Guyane sont détruits en moyenne chaque année par l'activité minière alluvionnaire. Toujours selon le rapport de l'ONF, ce chiffre baisse en 2023. 73 km de cours d'eau ont été détruits par les orpailleurs, dont 24 km sont imputés aux opérateurs légaux.
Mais au-delà de ces effets déjà documentés, on note le nombre d'infractions relevées chez les miniers légaux par l'ONF. Sur 49 sites exploités, 43 infractions sont dressées en 2023. Un quart des constats est lié à des "pollutions par des matières en suspension des criques naturelles". La mauvaise gestion des déchets et des hydrocarbures figure aussi dans les infractions les plus souvent relevées.
Concernant l'orpaillage illégal, l'État reconnaissait fin 2025 avoir atteint un "plafond de verre" dans sa lutte. Avec près de 280 militaires mobilisés chaque jour pour l'opération Harpie et 70 millions d'euros par an pour lutter contre ce fléau aux multiples impacts, c'est un aveu d'échec.
Le dernier bilan du Parc amazonien de Guyane faisait état de 189 chantiers illégaux au sein du parc national. C'est le chiffre le plus élevé jamais enregistré dans cette zone protégée du sud de la Guyane.

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