Orpaillage illégal : L'État reconnaît un plafond de verre dans la lutte
La Bagot devient la priorité numéro Une
"Nous sommes en train de prendre la mesure de cette nouvelle pression", se défend Antoine Poussier, à la fin de la réunion sur les enjeux aurifères, jeudi 4 décembre. Le représentant de l'État en Guyane pointe "deux handicaps" : la hausse du cours de l'or et les sites de ravitaillement du côté Suriname. "Nous avons une difficulté à mobiliser le Suriname dans l'orpaillage illégal", reconnaît-il.
"Tant qu'on aura tout le long du Maroni plus d'une centaine d'établissements qui constituent des lieux de régénération pour les orpailleurs illégaux, la lutte contre l'orpaillage illégal rencontrera ce plafond de verre quel que soit l'engagement de l'armée et de la gendarmerie," concède le préfet.
Le colonel Audouin, chef d'état-major de la mission Harpie estime que "les sites alluvionnaires détruits se remettent à fonctionner au bout d'un ou deux jours". Les puits détruits mettent plus de temps, à peu près trente jours. Quand une motopompe est détruite, il faudra une semaine ou quinze jours.
La Bagot la priorité de la préfecture
En revanche, celui-ci ne veut pas baisser les bras. 700 forces militaires sont déployées dans la forêt, exceptionnellement en novembre. Un secteur lui tient à cœur : la crique Bagot, à quelques encablures du captage d'eau de la Comté. La SGDE a révélé après les articles sur le sujet de France-Guyane que la turbidité de l'eau liée à l'orpaillage nécessitait une forte concentration d'aluminium, un risque pour la santé à long terme.
"C'est insupportable. C'est le secteur prioritaire numéro 1 pour les futures actions", annonce le locataire du palais des Jésuites.
"Dernièrement, un haut fonctionnaire identifiait cette intrusion des garimpeiros sur cette crique comme "un point de deal en face de la préfecture". Le message semble avoir été entendu.
Sur cette crique, Pierre-Michel "Yaken" Rosier, neveu du défunt Kiko mène son installation légale sous le nom d'Orizon mining depuis 2023.
"Je ne pourrais jamais faire pire que les clandestins. Il transforme cette crique en poubelle. Les légaux, nous travaillons en circuit fermé. Quand je lis le rapport de l'Assemblée nationale qui dit que nous polluons autant que les garimpeiros, je m'étrangle. Le delta de turbidité entre l'amont et l'aval de nos sites prouvent le contraire", assure le vice-président de la Fedom G.
L'extraction d'or primaire légale bloquée
Ce dernier fustige les normes qui tuent une profession et laissent prospérer les illégaux, comme l'interdiction de prospecter sur les 500 mètres d'une embouchure de crique (Tête). Mais il critique aussi leurs absences, par exemple dans le développement de l'orpaillage primaire qui devient extrêmement rentable. En 2022, 94 sites étaient recensés contre 178 en 2025.
"Nous ne pouvons pas développer cette filière avant que les services de l'État ne la codifient. Je sais faire des puits mais dans quelles conditions de travail ? "
La question des métaux rares se pose comme futur de la profession. "Ce n'est pas le même métier. Les contraintes environnementales ne nous permettent pas de nous projeter. Seules les petites structures survivent. 53 des entreprises du secteur ont moins de 11 salariés, une seule en a plus de 50. Pourtant, ces entreprises représentent 4% de notre PIB. Alors, laissez-nous travailler car qu'on le veuille ou non, la mine va continuer d'exister. Elle sera légale ou illégale. C'est une question qui ne se pose plus.", énumère Pierre-Michel Rosier.
Un message entendu place Héder. "Nous avons un dialogue hebdomadaire avec la mine légale. La disposition étatique de mettre des légaux à la place des illégaux a été votée il y a trois ans. Les applications ont été lentes mais un appel de manifestation d'intérêt a été lancé pour la crique Nationale", affirme Antoine Poussier.
Pendant ce temps, les services étatiques estiment à 6 tonnes d'or extraites par an de manière illégale, soit 720 millions d'euros par an. Un tout petit peu moins que le budget intégral de la Collectivité territoriale de Guyane. 8 000 garimpeiros sont responsables de cette extraction. 141 de ces travailleurs clandestins ont été écroués pour 253 gardes à vue. Il n'y en avait eu que 39 en 2024.
176 sites illégaux d'orpaillage ont été identifiés lors du dernier survol dans le parc amazonien. Le bilan de l'année du côté légal de la filière : 72 AEX, 44 ARM et 11 PER et 13 concessions.

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