[TRIBUNE] : Le Conseil scientifique du Parc amazonien de Guyane accuse l'État d'insuffisance face à l'orpaillage illégal
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Protection de l'environnement

[TRIBUNE] : Le Conseil scientifique du Parc amazonien de Guyane accuse l'État d'insuffisance face à l'orpaillage illégal

Pierre-Yves Le Bail, président du conseil scientifique ;  Marie Fleury et Rémy Pignoux vice-président(e) du conseil scientifique
143 sites d'orpaillage illégal ont été recensés dans le parc amazonien de Guyane en août 2023.
143 sites d'orpaillage illégal ont été recensés dans le parc amazonien de Guyane en août 2023. • PARC AMAZONIEN DE GUYANE

Le dernier Conseil scientifique du Parc amazonien de Guyane (PAG) s'est déroulé à Papaïchton du 2 au 4 juin 2026. Ses membres présents ont pu constater, une nouvelle fois, l'état déplorable de la qualité des eaux du Maroni et la situation dégradée de ses rives.

Depuis 2009, le Conseil scientifique du PAG a alerté à plusieurs reprises les pouvoirs publics sur la situation catastrophique du territoire concerné par le PAG du fait de l'orpaillage illégal. Ses conséquences environnementales, sanitaires, sociales, culturelles et en matière de sécurité publique sont nombreuses et néfastes.

Cette situation conduit à une précarisation extrême des relations qu'entretiennent les communautés locales du Haut-Maroni avec leur environnement aquatique, que ce soit en termes de ressources alimentaires issues de la pêche, d'accès à l'eau potable ou sur le plan sanitaire.

Un fort sentiment d'abandon

Le Conseil scientifique du PAG déplore le fort sentiment d'abandon ressenti par les communautés locales, notamment amérindiennes, vis-à-vis des autorités françaises, dont la mission est de garantir les conditions nécessaires à leur sécurité, leur santé et leur bien-être.

En 2022, le Conseil scientifique constatait une aggravation alarmante de la pollution des eaux du Maroni, une asphyxie des habitats aquatiques et une baisse dramatique de la diversité et de la quantité des poissons sous la pression de l'orpaillage.

Lors de ce dernier Conseil scientifique, ses membres ont pris connaissance de la requête introductive d'instance déposée en 2024 contre l'État français pour carence fautive dans la lutte contre l'orpaillage illégal par plusieurs associations et habitants du Haut-Maroni, de la réponse du préfet de Guyane via son mémoire en défense du 7 novembre 2025, ainsi que de la décision rendue le 21 mai 2026 par le tribunal administratif de Cayenne.

Reconnaissance d'une atteinte environnementale

Si le tribunal a rejeté la demande de mise hors de cause du ministre de l'Intérieur et reconnu « l'atteinte non négligeable aux éléments des écosystèmes résultant de l'activité d'orpaillage illégal proliférant en Guyane, ainsi que le préjudice écologique culturel subi par ces communautés », il n'a pas imposé à l'État français de répondre pleinement à la gravité des préjudices subis par les milieux naturels du Haut-Maroni ni à la situation sanitaire, sociale et culturelle à laquelle sont confrontées les populations riveraines du fleuve, ce que le Conseil scientifique regrette.

Par ailleurs, le Conseil scientifique déplore la manière dont la préfecture, au cours de cette procédure, a tronqué ses avis, permettant d'afficher une satisfaction de façade pour organiser sa défense.

En effet, si, par esprit d'objectivité, le Conseil scientifique constate :   « que l'opération Harpie 2 a permis d'enrayer la croissance exponentielle de l'orpaillage illégal en zone de Parc  » (motion de 2009)

  que la « diminution sensible du nombre de chantiers grâce à l'action continue et efficace des autorités est effective depuis 2009 »,

 que « l'amélioration des variables environnementales (surface déforestée, linéaire de cours d'eau impacté) traduit bien cette efficacité » (motion de 2011), il était explicitement demandé, dans ces deux motions, aux pouvoirs publics de mettre tout en œuvre pour parvenir à éradiquer l'orpaillage illégal.

Un « plus bas niveau » jamais défini

Le Conseil scientifique aurait apprécié que cette objectivité soit partagée par le représentant de l'État.

Concernant le nombre de chantiers d'orpaillage illégal recensés dans le PAG, dans son mémoire en défense, le préfet tire satisfaction de les maintenir au « plus bas niveau » - expression citée à plusieurs reprises - en s'appuyant sur la période de référence 2010-2017, sans chiffrer ce plus bas niveau .

Durant la période 2010-2012, celui-ci se situait entre 52 et 77 chantiers, ce qui reste loin d'être négligeable en termes de dommages environnementaux. En dehors de cette période, les chiffres inférieurs à 100 sont exceptionnels, avec un pic atteint de 189 chantiers en février 2026.

Mesures d'urgences réclamées

Cette notion floue de plus bas niveau n'est ni objective ni rationnelle et n'a aucune valeur scientifique comme critère d'efficacité de la lutte contre l'orpaillage illégal.

Le Conseil scientifique soutient donc les demandes formulées par les habitantes et habitants du Haut-Maroni ainsi que par les associations requérantes lorsqu'ils appellent à une réponse publique plus ambitieuse, plus efficace et plus durable face aux conséquences écologiques, sanitaires, alimentaires, culturelles et sociales de l'orpaillage illégal.

Le Conseil scientifique estime que la situation actuelle, avec 189 chantiers d'orpaillage illégal sur le territoire concerné par le PAG, est inacceptable. Elle est incompatible avec les missions du PAG en matière de conservation de la biodiversité aquatique et terrestre et avec le respect des droits des communautés locales à un environnement sain et à la santé.

Le Conseil scientifique appelle l'État à prendre en urgence de nouvelles mesures indispensables et proportionnées à l'éradication de l'orpaillage illégal sur les fleuves Maroni et Oyapock, en renforçant les moyens humains, financiers, scientifiques, techniques, diplomatiques et opérationnels, ainsi qu'à engager la restauration des milieux dégradés, le suivi sanitaire des populations, la prévention des pollutions aux métaux lourds et la coopération transfrontalière.

Motion du Conseil scientifique du Parc amazonien de Guyane relative à la décision du tribunal administratif de Cayenne du 21 mai 2026 et à la situation du fleuve Maroni

Le procès dont parle le comité scientifique sera jugé en appel

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