" Entre 2 rives " : une famille dispersée au fil des fleuves
Être heureux. Trouver ma place. Se retrouver en famille. Ces mots résument une quête qui traverse les quatre parcours avec cette envie de parvenir un jour à se poser "tous ensemble sur une rive"
La salle du cinéma Eldorado était pleine, mercredi 16 septembre, pour la première projection publique d'Entre 2 rives, documentaire de 89 minutes réalisé par Chloé Bebronne. Pendant le film, quatre membres de la famille Cachine racontent leurs parcours entre Camopi, Antécume-Pata et Cayenne. À la fin de la projection, les applaudissements accompagnent le générique.
Jean-Marc, Kulilu, Tim et Watéyakona ont grandi entre plusieurs territoires, plusieurs cultures et des histoires familiales marquées par les déplacements. Le film suit leurs trajectoires sans chercher à les réunir artificiellement. " Pendant trois ans, j'ai essayé de réunir toute la famille Cachine et je n'ai pas réussi ", glisse Chloé Bebronne. " Et ce soir, ils sont tous à Antécume-Pata. "
Une famille derrière la caméra
Chloé connaît Jean-Marc depuis plus de quinze ans. Le projet, pensé dès 2014, prend forme après la projection de son précédent documentaire en 2023. Ce soir-là, toute la famille Cachine est dans la salle. " Je l'avais oublié, ce projet. C'est pour ça que je suis rentrée dans le cinéma, en fait. C'est eux. "
Au départ, elle imagine un film centré sur Jean-Marc. Puis Tim lui dit, lors des premières images : " J'ai grandi avec l'idée qu'un jour, on aurait un film sur nous. " Le projet devient celui de la famille. " J'ai compris avec le temps que tout ce qui est imprévu, ça va être la force de mon film à la fin ", confie la réalisatrice.
Les trois années de travail ont aussi créé des liens qui dépassent le tournage. " J'avais une relation avec les adultes vraiment forte. Et le tournage m'a apporté une relation avec les enfants. On a fait famille ".
Cette proximité a conduit Chloé à laisser une place aux Cachine dans la fabrication du film. Tim a participé aux traductions. Pour la réalisatrice, il fallait trouver une manière de filmer l'intime sans forcer les confidences. Certaines séquences sont ainsi montrées de dos ou réduites à une voix.
" Une parole à la première personne "
Sans prétendre raconter une expérience unique à l'ensemble des populations amérindiennes, les membres de la famille parlent depuis leur propre histoire. "On est dans un film raconté par les Amérindiens. On n'est pas dans le “il”. C'est leur parole à la première personne", confie Marc Barrat, coproducteur du film.
Le documentaire aborde les déplacements des jeunes vers le littoral, l'école, le suicide, le racisme, le déracinement, les changements de repères et le passage par le Home indien. Sur ce dernier point, Jean-marc et ses proches livrent une expérience qui leur est propre, plus nuancée que ce que la réalisatrice imaginait. Ils ne nient pas les violences, mais racontent : " Nous, on a vécu ça comme ça. "
Derrière ces parcours revient une même recherche : être heureux, trouver sa place et être auprès de sa famille. Le titre du film accompagne cette idée. " Ils sont dans un entre-deux permanent à tous les niveaux ", résume la réalisatrice. Entre plusieurs cultures, territoires, générations, trajectoires, avec l'envie de pouvoir, un jour, se retrouver tous ensemble sur la même rive.
Après cette deuxième projection publique en Guyane, la première ayant eu lieu à Antécume-Pata et Camopi, Entre 2 rives sera présenté le 26 septembre dans un festival, à Paris, puis au Fifac. Le film sera aussi diffusé sur Guyane la 1ère. " Le film commence sa vie aujourd'hui ", souligne Marc Barrat.

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