La rue Lallouette remonte le fil de son histoire
L'exposition " Rue Lallouette, une voie, mille histoires " retrace près de deux siècles d'histoire à travers des photographies d'archives, des portraits, des documents et des matériaux traditionnels de construction créole
Des sourires, quelques rires et beaucoup de souvenirs. Inaugurée vendredi 11 septembre, l'exposition " Rue Lallouette, une voie, mille histoires " retrace près de deux siècles d'histoire de cette artère cayennaise, mais laisse surtout une place à ceux qui l'ont habitée.
" Attends, regarde. " Devant une photographie ancienne, Bendjih-Poupou s'arrête. Il reconnaît la maison de ses grands-parents. Celle où il a grandi, rue Lallouette, au milieu de l'épicerie chinoise familiale. Sur le mur, les visages de ses proches apparaissent sur quelques clichés.
Le souvenir fait sourire. " Ça me touche énormément cette exposition. Ça me fait du bien de voir ces anciennes photos ", confie-t-il. Lorsque le musée lui a demandé de fouiller dans ses albums de famille, il n'a pas hésité. " J'ai été élevé avec mes grands-parents rue Lallouette. Ma grand-mère me parlait en chinois, elle était très bonne cuisinière. Mon grand-père avait son épicerie, un petit bazar où tout était mélangé. "
Au fil de la visite, les images racontent une rue, mais aussi tout un quartier. "Le boulevard Jubelin, la rue Madame Payé...c'était un ensemble, un quartier fraternelle et solidaire." Les commerces, les maisons, les trottoirs, les équipements publics, le carnaval ou encore les manifestations politiques apparaissent dans les archives. La rue Lallouette, qui débouche sur la place des Palmistes et la préfecture, a longtemps été un passage obligé des grands rassemblements cayennais.
De François Lallouette aux habitants
L'exposition revient aussi sur celui qui a donné son nom à la rue. François Lallouette, directeur des Ponts et Chaussées en Guyane, est associé à l'arrivée de l'eau courante à Cayenne depuis le Rorota, au XIXe siècle. Avant de devenir la rue Lallouette, l'artère était connue sous le nom de rue d'Artois.
Le projet est né d'un premier travail du musée consacré à l'histoire de l'eau. " Je suis presque tombée amoureuse de François Lallouette. C'est une personne qui m'a émue ", explique Martine Sagne, commissaire de l'exposition. Issu d'une famille modeste, fils d'un cantonnier, François Lallouette connaît un parcours peu ordinaire et se retrouve en Guyane avec les représentations de l'époque " un territoire considéré comme hostile et une colonie pénitentiaire."
Il aura fallu près de deux ans de recherches pour faire émerger cette nouvelle exposition. " On s'était rendu compte que la rue Lallouette était vraiment très photographiée et qu'il s'y passait beaucoup de choses. C'est un carrefour des histoires ", raconte la commissaire.
Le parcours rassemble photographies d'archives, portraits, documents et quelques matériaux traditionnels de construction créole. Des QR codes permettent aussi d'écouter de courts contenus audio.
Une enfance racontée
Une vidéo de 18 minutes accompagne cette mémoire. Lallouette prolongée, la rue de Sylviane donne la parole à l'écrivaine Sylviane Vayabourg, à partir de son roman autobiographique Lallouette prolongée. Elle y raconte une enfance passée dans cette rue qui, au-delà du boulevard Nelson-Mandela, a été rebaptisée avenue Voltaire en 1966.
" En 70, ma grand-mère a continué à appeler cette rue, rue Lallouette prolongée. C'est une évocation touchante de cette enfance créole et de ce qui m'a forgée, de ce qui m'a marquée ", explique l'écrivaine, dont la voix accompagne les images d'archives. "Elle a quand même évolué très rapidement, je pense notamment à l'arrivée du Prisunic." La projection a provoqué quelques rires et beaucoup d'émotion parmi les personnes présentes.
Car c'est bien cette mémoire collective que Martine Sagne souhaite faire vivre. " Une rue n'existe vraiment que par ceux qui l'ont habitée, parcourue, aimée et racontée. " L'exposition n'entend donc pas refermer l'histoire de Lallouette, mais l'ouvrir à d'autres récits. Les familles sont invitées à partager leurs archives et leurs témoignages afin d'enrichir, au fil de l'année, le récit présenté au musée.
L'exposition est ouverte au public à partir du 14 septembre au Musée des cultures guyanaises, rue Madame-Payé, pour une durée d'un an.

La radio 100% Caraïbes

- Suivez-nous
-
-
-
-
-
-
S'inscrire aux newsletters