Eugénie Éboué-Tell : l’appel du ministère des Outre-mer pour son entrée au Panthéon
La résistante née en Guyane fut institutrice à Saint-Laurent-du-Maroni avant de devenir députée, sénatrice et membre du Conseil économique et social
La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a inauguré, mardi 15 septembre, la salle Eugénie et Félix Éboué au siège du ministère, rue Oudinot, à Paris. Jusqu’à cette cérémonie, le lieu portait le seul nom de Félix Éboué.
Deux portraits réalisés par l’artiste Christian Guémy, alias C215, ont été installés de part et d’autre de la porte. Ils représentent Félix Éboué, gouverneur du Tchad rallié à la France libre en 1940, et son épouse Eugénie Éboué-Tell, résistante et femme politique.
Lors de son discours, Naïma Moutchou a appelé à faire entrer Eugénie Éboué-Tell au Panthéon, où repose Félix Éboué depuis 1949. « Elle est une grande femme de notre histoire », a déclaré la ministre.
Née en Guyane en 1891, Eugénie Éboué-Tell a exercé comme institutrice à Saint-Laurent-du-Maroni. Elle a travaillé sur les langues africaines et les modes de communication par tambours et sifflements.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle s’est engagée comme infirmière à l’hôpital militaire de Brazzaville après le ralliement du Tchad à la France libre. Le régime de Vichy l’a condamnée à mort par contumace.
Après la mort de Félix Éboué au Caire en 1944, Eugénie Éboué-Tell poursuit son engagement politique. En 1945, elle devient députée de la Guadeloupe, quelques mois après le premier vote des femmes en France. Elle siège par la suite au Conseil de la République, puis au Conseil économique et social.
Son parcours comprend des mandats municipaux à Grand-Bourg, en Guadeloupe, et à Asnières-sur-Seine. Au Parlement, elle intervient sur l’égalité des enfants nés dans les colonies, la protection sociale, la départementalisation et le désenclavement des territoires ultramarins.
En 1949, elle participe au vote de la loi autorisant le transfert des cendres de Félix Éboué au Panthéon. Plus de soixante-dix ans après cette décision, des élèves du collège Eugénie Éboué-Tell de Saint-Laurent-du-Maroni ont écrit au président de la République pour demander sa panthéonisation.
« Sur le fronton du Panthéon, il est écrit : “Aux grands hommes la patrie reconnaissante”. Les mots portent la marque de leur époque. Notre regard peut évoluer. Car Eugénie est de ceux-là », a déclaré Naïma Moutchou. Elle a indiqué vouloir poursuivre la démarche engagée par son prédécesseur Manuel Valls.
La cérémonie s’est tenue en présence de Marie-Françoise Éboué, belle-fille d’Eugénie et Félix Éboué. Une partie des photographies exposées au ministère provient de ses archives familiales.
Les réalisateurs Camille de Brévedent et Haussman Vwanderday ont participé à l’inauguration. Leur documentaire, Eugénie Éboué-Tell, une héroïne française, doit être projeté au ministère des Outre-mer le 24 septembre.
La ministre a inscrit le changement de nom de la salle dans un travail de mémoire consacré à la place des Outre-mer dans l’histoire de France. « Nous savons que réparer un oubli n’efface pas l’histoire, mais la rend plus complète », a-t-elle déclaré.
La salle Eugénie et Félix Éboué reste un espace de réunion et de travail pour les agents du ministère. Son nouveau nom associe les parcours de deux résistants nés en Guyane.

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