Georges Patient, sénateur depuis 2008, annonce sa mise en retraite des mandats et la sortie d'un livre bilan. • K.ODAY
Georges Patient ne se représente pas au Sénat et sort un livre dans les prochains jours sur son parcours politique débuté en ... 1983
Vous venez de l'annoncer : vous quittez le Sénat après 18 ans de mandat. Pourquoi avoir décidé de ne pas vous représenter ?
Beaucoup de personnes, y compris des grands électeurs, m'ont sollicité pour que je me représente. Mais il faut savoir laisser la place et ne pas faire le mandat de trop. C'est une décision réfléchie. Je n'ai pas de regrets, même si c'est une grande émotion de quitter la vie publique après plus de quarante ans d'engagement. Je continuerai à servir autrement. Je ne briguerai plus de mandat électif. Trente ans comme maire, dix-huit ans comme sénateur, cela représente déjà beaucoup. Depuis 1983, je suis engagé dans la vie publique et politique. J'ai envie de voir les choses autrement. Je ne quitte pas la Guyane, je quitte la vie politique élective.
Comment transmettre cette expérience ? On a l'impression qu'une génération entière de responsables politiques arrive au terme de son parcours sans succession.
Je crois que lorsque l'on dure aussi longtemps, c'est parce qu'on conserve le contact avec les électeurs et les grands électeurs. Cette relation constitue déjà une forme de transmission. Transmettre, c'est aussi écrire. J'ai publié un premier ouvrage, Chemins pour la Guyane, en 2008. Je sors un nouvel ouvrage intitulé Choisir notre chemin pour une Guyane responsable et autonome. Ce n'est pas juste un bilan, c'est aussi un témoignage sur quarante années de vie publique et un acte politique puisque j'y formule des propositions pour le développement endogène de la Guyane.
Le rôle du sénateur est-il bien compris par nos concitoyens ?
Il est compris par ceux qui nous élisent, les grands électeurs. Mais il existe souvent une confusion entre le rôle du parlementaire et celui du maire. Le parlementaire contrôle l'action de l'État, vote la loi et participe à l'élaboration des politiques publiques. Le maire, lui, agit dans le quotidien. Il est dans la proximité. Lorsqu'il prend une décision, les effets sont visibles immédiatement. Quand un parlementaire vote un budget ou une loi, cela se traduit ensuite par des écoles, des équipements ou des financements, mais le lien est moins visible pour la population.
Votre travail a souvent été présenté comme celui d'un parlementaire d'influence, plus à l'aise dans les couloirs du pouvoir.
J'ai compris cette perception. Le travail que j'ai accompli n'a pas toujours été spectaculaire. Mais la meilleure reconnaissance reste la réélection. J'ai été réélu trois fois, dont deux fois dès le premier tour, face à des adversaires solides. Les grands électeurs ont vu le travail réalisé. Je pense à la Dacom [(Dotation d'Aménagement des Communes d'Outre-Mer] ou à l'octroi de mer. Ces dispositifs représentent aujourd'hui plus de 51 millions d'euros par an pour les communes de Guyane. Aujourd'hui, seules trois petites communes connaissent encore de réelles difficultés financières. J'aurais souhaité aller plus loin en mettant en place une péréquation pour mieux soutenir les petites communes qui disposent de peu de ressources fiscales, comme Ouanary ou Iracoubo.
« J'ai longtemps traité Monnerville
comme un nègre blanc »
L'octroi de mer reste un sujet de débat à cause de son impact sur la vie chère et dans les trésoreries des entreprises. Êtes-vous favorable à son maintien ?
Oui. Je me bats pour son maintien. C'est la ressource la plus autonome dont disposent les collectivités. Elle ne dépend pas directement de l'État. La remplacer par une fraction de TVA reviendrait à renforcer notre dépendance vis-à-vis de l'État. Certes, des adaptations sont possibles dans son fonctionnement, mais son principe doit être préservé.
Les élections sénatoriales approchent. Quelles sont les qualités d'un bon sénateur ?
Il faut bien connaître la loi, puisque notre rôle est de la voter et d'en contrôler l'application. Il faut bien connaître les collectivités locales. Le Sénat est la chambre des collectivités territoriales. Un bon sénateur doit être un relais efficace pour les élus lorsqu'ils rencontrent des difficultés avec l'administration ou les ministères. Il faut disposer d'un réseau solide permettant de trouver rapidement les interlocuteurs compétents. Il faut savoir jouer le jeu. Celui des équilibres politiques et c'est pour cela que je n'ai jamais été encarté politiquement pour garder ma liberté d'action. Au cours de mes trois mandats, j'ai déposé 643 amendements, dont 146 ont été adoptés.
On s'est tous trompés, votre mentor, ce n'était pas Gaston Monnerville mais Félix Éboué...
Effectivement. J'ai mis du temps avant de reconnaître l'apport de Gaston Monnerville pour la Guyane. J'étais, au contraire, de ceux qui l'ont traité pendant très longtemps de nègre blanc. A savoir qu'il avait quitté le territoire pour le lot mais en étant au Sénat. Et je ne sais pas pourquoi, au départ, on a voulu me confier la présidence de la Société des Amis de Gaston Monnerville. Je me suis mis à travailler sur lui et j'ai vu quel était son apport, pas seulement pour la Guyane, mais pour la nation toute entière. C'est pour ça que je me bats, pour qu'il soit panthéonisé. Il faut reconnaître que c'était un petit Guyanais d'origine modeste, petit fils d'esclave, qui arrivait à être le deuxième personnage de l'État, qu'il aurait même pu être le premier [en 1953]. Et ça, on doit l'utiliser comme référence et montrer à tous les jeunes de chez nous que même en étant boursier d'origine modeste, on peut devenir un brillant avocat et puis rester plus de 24 ans au Sénat.
Faut-il un équilibre géographique dans la représentation sénatoriale de la Guyane ?
Le sénateur représente toute la Guyane. Contrairement aux députés, il n'a pas de circonscription. Les grands électeurs votent pour deux sénateurs. La question de l'équilibre territorial reste importante, mais elle doit surtout être prise en compte dans les politiques publiques. J'ai toujours défendu le rééquilibrage entre l'Ouest et le reste de la Guyane. C'était l'objectif de la création de la Communauté de communes de l'Ouest guyanais en 1995. Il y avait onze commune... une vraie bi-départementalisation.
L'évolution institutionnelle vers l'article 74 reste-t-elle votre combat politique ?
Oui. Depuis longtemps, je considère que l'article 74 constitue la meilleure voie pour la Guyane. L'autonomie ne signifie pas l'indépendance. Il s'agit de disposer de davantage de compétences pour adapter les règles nationales à nos réalités locales. Mon expérience m'a convaincu que, sans évolution statutaire, nous continuerons à nous heurter à des contraintes qui ralentissent le développement du territoire.
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