Hélène Sirder : « Il faut faire entrer les réalités de la Guyane dans la loi »
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Les élections sénatoriales

Hélène Sirder : " Il faut faire entrer les réalités de la Guyane dans la loi "

Propos recueillis par Gérôme GUITTEAU, g.guitteau@agmedias.fr
Hélène Sirder est avocate. Elle a représenté les Outre-mers au Cese, surnommée la troisième chambre de la République.
Hélène Sirder est avocate. Elle a représenté les Outre-mers au Cese, surnommée la troisième chambre de la République. • GG

À quelques semaines des élections sénatoriales, Hélène Sirder défend sa candidature aux élections sénatoriales du 27 septembre. Elle est fondée sur son expérience d'élue locale et de représentante au Conseil économique, social et environnemental

Pourquoi avez-vous décidé de vous présenter aux élections sénatoriales ?

Aujourd'hui, de nombreux transferts de compétences ont été réalisés, mais nous continuons à appliquer des dispositifs conçus au niveau national. Les réalités de la Guyane doivent être prises en compte en amont. Nous territorialisons ensuite des lois qui n'ont pas toujours intégré nos spécificités. Il faut faire comprendre ces réalités de manière permanente et les inscrire dans la loi.

Le Sénat permet de participer à l'élaboration des textes, de veiller à leur application, à leur interprétation et d'assurer le suivi des dossiers. C'est le bon niveau de pouvoir pour intervenir dans la loi.

Êtes-vous favorable à une évolution statutaire de la Guyane, vers davantage d'autonomie ?

Oui. L'évolution statutaire est nécessaire et je l'accompagnerai. Je rappelle qu'après les accords de Guyane de 2017, j'ai piloté les États généraux prévus dans ces accords et présidé la commission ad hoc chargée de présenter au Congrès des élus le projet Guyane. Ce travail n'a pas abouti, mais le Congrès a voté le principe d'une évolution vers un statut sui generis.

Nous devons entrer dans une période transitoire qui permette de desserrer les contraintes, non seulement en matière de compétences, mais aussi de gouvernance et de moyens d'action pour les collectivités.

Dans mon expérience, je constate que l'exercice des compétences donne lieu à de nombreuses interprétations. Le législateur n'a pas pensé à toutes les situations. Une fois le transfert obtenu, encore faut-il pouvoir appliquer la compétence. L'État et ses administrations continuent d'intervenir à différents niveaux. Je considère que celui qui détient la compétence doit pouvoir en organiser l'exercice et l'application.

Quelle place accordez-vous à la société civile ?

Elle doit être pleinement associée aux décisions publiques. Pas seulement dans le cadre d'une concertation, mais dans une véritable démarche de co-construction.

C'est ce que j'ai appris au Cese. La représentation de la société ne repose pas uniquement sur les élus. La société civile a toute sa place. Le choix de mon suppléant, l'avocat Rudy Constant, s'inscrit dans cette logique.

Comment se passent vos relations avec Rodolphe Alexandre qui se présente lui aussi au scrutin du 27 septembre ?

J'ai effectué un long parcours politique à ses côtés. Nos relations sont cordiales. Je ne suis pas dans une démarche d'opposition à Rodolphe Alexandre. Je suis dans une logique de continuité. Aucun binôme n'a été annoncé, mais il est évident que je travaillerai avec le sénateur qui sera élu, quelqu'il soit.  Le choix appartient désormais aux grands électeurs.

Vous évoquez aussi la question de la représentation des femmes au Sénat. Pourquoi ?

Nous imposons la parité lors des élections municipales, dans les intercommunalités, à la Collectivité territoriale, au niveau des suppléants et même parmi les grands électeurs. Pourtant, cette exigence n'existe pas pour l'élection sénatoriale.

La représentation des femmes n'est pas garantie alors qu'elle devrait l'être. Cette question devra être réglée lors des prochaines réformes électorales.

Quels dossiers souhaitez-vous porter en priorité au Sénat ?

Si je suis élue, je souhaite rejoindre la commission des Lois. Sur les questions liées aux collectivités, je m'inscrirai dans la continuité des travaux engagés. À Cayenne, j'ai participé aux réflexions sur la gestion des espaces naturels appartenant au Conservatoire du littoral afin de permettre à la population de se réapproprier le littoral. Je pense notamment aux projets d'aménagement de la plage de Buzaré et de l'Îlet-la-Mère qui est gérée par Cayenne.

À l'échelle régionale, j'ai également travaillé sur les demandes d'habilitation et sur les questions liées à nos ressources.

Quelle est votre position sur l'octroi de mer ?

Nous sommes dans une situation où nous n'exploitons pas suffisamment nos ressources alors que les collectivités recherchent des financements.

Je suivrai la position défendue par Georges Patient sur l'octroi de mer. Mais il est aussi temps d'ouvrir d'autres pistes. Par exemple, une loi pourrait permettre de soumettre les terrains non bâtis de l'Office national des forêts à la taxe foncière.

Nous débattons souvent des mêmes outils alors que nous devons explorer d'autres solutions. Je suis favorable à une exploitation raisonnée de nos ressources et à leur transformation sur place. Cela suppose de former les jeunes Guyanais à ces métiers.

Quel bilan tirez-vous de vos cinq années au Conseil économique, social et environnemental ?

Le bilan est très positif. J'y ai représenté l'ensemble des Outre-mer. Cette expérience m'a permis de prendre du recul par rapport à la fonction d'élu. Un élu ne peut pas porter seul la représentation du peuple. Il doit travailler avec la société civile, les associations et l'ensemble des acteurs qui constituent l'ossature permanente de notre société.

Il faut renforcer le dialogue avec les acteurs de terrain, développer les partenariats et les alliances. Les majorités stables que nous avons connues appartiennent au passé. Nous devons apprendre à construire ensemble et à rechercher des solutions collectives.

Je suis dans une démarche pragmatique plutôt que dans une logique idéologique politicienne.

Le Sénat me paraît être l'assemblée de la sagesse, de la stabilité et de la construction. C'est aussi un lieu où l'on peut bâtir les réseaux nécessaires pour faire avancer les dossiers de la Guyane.

Hélène Sirder est avocate et un long parcours en politique. Elle a été plusieurs fois adjointe au maire de Cayenne puis vice-présidente de la région et de la Collectivité territoriale.
Hélène Sirder est avocate et un long parcours en politique. Elle a été plusieurs fois adjointe au maire de Cayenne puis vice-présidente de la région et de la Collectivité territoriale. • GG

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