Davy Rimane, député : « Les élus locaux ne sont pas à la hauteur des besoins de la Guyane »
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Davy Rimane, député : " Les élus locaux ne sont pas à la hauteur des besoins de la Guyane "

Propos recueillis parGérôme GUITTEAU, g.guitteau@agmedias.fr
Davy Rimane fait sa rentrée sur France-Guyane à la veille d'importantes échéances électorales.
Davy Rimane fait sa rentrée sur France-Guyane à la veille d'importantes échéances électorales. • K.ODAY

Le député Davy Rimane fait sa rentrée politique sur France-Guyane. Nous publions cet entretien en deux parties. La première concerne la Guyane, ses défis et ses échéances politiques

Que pensez-vous des 100 premiers jours de Mikael Rimane comme maire de Kourou ?

La mairie a passé un accord avec l'Etat français via le Corom (contrat redressement outre-mer) de 2,7 millions d'euros. Il a été décidé de rembourser toutes les dettes en partant des plus anciennes. Et là, je vois que parmi les dettes les plus anciennes, il y a une dette envers l'Anru (Agence nationale pour la rénovation urbaine), qui est de 2,4 millions d'euros. Donc si vous apportez 2,7 millions d'euros et que vous devez en priorité payer les dettes les plus anciennes, l'État garantit en fait son propre remboursement par rapport à cette dette.

C'est incohérent. Ça n'a pas de sens, parce que vous pouvez avoir des dettes plus récentes, mais qui concernent des artisans ou des TPE (très petites entreprises) qui savent que si vous ne faites pas rentrer cet argent, vous allez les tuer économiquement.

 

 

J'aurais préféré que, si l'État voulait accompagner la collectivité, il efface cette dette de 2,4 millions d'euros vis-à-vis de l'Anru, c'est sa propre agence. La mairie a une dette extrêmement importante au niveau des remboursements obligatoires sociaux, au niveau de la sécurité sociale.

Pour moi, aujourd'hui, c'est un problème majeur. C'est une rupture politique que nous avons par rapport à la position que prend la majorité. Est-ce qu'on va faire l'analyse de la situation financière, sachant que le maire en place savait très bien quelle était la situation ? Il siégeait avec moi au conseil municipal, il faisait partie de la majorité jusqu'en 2023, donc il savait très bien ce qu'il en était.

Il n'y a donc rien de nouveau, j'ai envie de vous dire, mais faire croire autre chose, ce n'est pas très correct.

On n'a toujours pas d'Installation de Stockage de Déchets Non Dangereux (ISDND), et il y a eu un incendie dernièrement à la décharge de Cayenne. Sur l'UVE (unité de valorisation énergétique), il y a un embrouillamini sur le terrain : d'après nos collègues de Guyaweb, il y aurait une forte plus-value sur ce terrain, alors qu'il y a un terrain donné gratuitement par la mairie de Macouria. La situation urge ...

J'ai envie de vous dire que je n'arrive pas à comprendre cette réalité. J'ai beau tourner ça dans tous les sens, lorsqu'on parle de quelque chose qui aura un impact sur la salubrité publique, c'est un non-sens pour moi. Je ne comprends pas, jusqu'à aujourd'hui, comment les élus en charge de ce dossier n'ont pas déjà trouvé une solution et mis les choses en œuvre.

On ne va pas payer deux décharges. Il se met en place une espèce de concurrence malsaine, c'est incompréhensible. Sauf qu'aujourd'hui, on n'arrive pas à trouver la solution finale pour régler un problème qui est déjà sur nous, en vérité. Ce n'est pas qu'il va arriver : il est déjà là.

 

 

 

 

Je suis extrêmement inquiet. D'ici quelques mois, je ne sais pas comment on va faire, puisque la décharge des Maringouins est arrivée à saturation. On essaie de trouver des solutions, mais c'est saturé puisque tout part là-bas. À l'époque, des solutions avaient pourtant déjà été trouvées ; il fallait juste les financer pour donner un peu de souffle aux Maringouins et continuer à faire les choses ailleurs. Mais là, effectivement, ça urge, et c'est incompréhensible.

Mais là on ne peut pas accuser l'État. Il s'agit d'une compétence locale. 

Tout est dans l'urgence. En vérité, c'est pour ça que je le répète souvent : nous non plus, nous ne sommes pas au niveau escompté. Les élus du territoire ne sont pas au niveau escompté par rapport aux besoins du territoire guyanais, je suis désolé de le dire. À un moment donné, il faut se mettre en ordre de combat et aller chercher ce qu'il faut chercher. Mais ce n'est pas ce qu'on fait : on est toujours en train de se tirer dans les pattes. Je ne vois pas la plus-value pour qui, alors qu'il n'y a rien à gagner à ce petit jeu : c'est toujours la même chose qui se rejoue.

 

 

 

Et l'État, en vérité, n'a pas de pression : je constate qu'il n'a pas beaucoup d'argent par-ci, par-là, mais quand il faut trouver de l'argent, l'État trouve de l'argent, je l'ai toujours dit. Tant qu'on ne fait pas front commun face à un problème qui touche tout le territoire. Alors qu'est-ce qu'on attend, en vérité ?

Pour l'ISDND, j'ai eu à discuter de ce problème avec la CACL, et à l'époque avec la DGTM aussi. Il fallait déplacer la structure, parce que ce n'était effectivement pas judicieux de la faire à côté d'une zone de captation d'eau. Puis les élus de la CTG ont refusé de voter la modification du SAR, le schéma d'aménagement régional.

Il y a la réalité du côté de Wayabo : aller mettre une décharge en plein cœur d'une zone agricole, c'est un non-sens aussi. Ce n'est pas la surface qui manque sur le territoire. Il faut arrêter un consensus global, arrêter un lieu, et y aller tous ensemble, que ce soit sur le territoire de la CACL, de la CCDS — parce qu'il y a aussi la réalité de la CCOG, avec tous les déchets qu'on retrouve sur le Maroni. On a encore vu des images désastreuses, avec des poubelles au bord du fleuve. C'est un désastre environnemental en train de se produire.

 

 

 

Tant que nous, élus de ce territoire, ne ferons pas ce qu'il faut collectivement pour répondre à ces besoins, la situation va continuer à se déliter comme on le voit. Pour moi, c'est un problème majeur. Mais pour faire simple, je dis qu'à un moment donné, les responsabilités sont partagées : il faut que chacun balaie devant sa porte et qu'on avance collectivement pour trouver la solution finale. L'État ne peut pas continuer à rester sur ces positions. Et nous, élus du territoire, on doit aussi se bouger et arrêter de faire ce qu'on fait, pour avancer collectivement — ce qui n'est malheureusement pas le cas aujourd'hui, comme on a pu le voir aussi sur la question de l'évolution statutaire.

On revient à deux questions pour finir, purement politiciennes. C'est vrai que vous avez beaucoup de sujets sur la table : est-ce que ça vous laisse le temps de penser à 2028 ?

Vous parlez de la CTG ? Plusieurs personnes y pensent déjà, on voit les équilibres se faire petit à petit. On est forcément obligé d'y penser, vu la situation actuelle. Moi, je suis extrêmement inquiet, parce qu'il ne se passe pas grand-chose à l'échelle du pays. Et quand on regarde la situation économique et sociale de la Guyane, on se pose des questions. Moi, je ne comprends pas. J'essaie de comprendre, j'essaie d'analyser, mais aujourd'hui, la collectivité territoriale... je n'arrive pas à comprendre.

Vous ne voulez pas dire que vous êtes en rupture avec Gabriel Serville ?

J'ai fait savoir, sur différents sujets, au président que je n'étais pas du tout d'accord avec lui, même sur la question de l'évolution statutaire, une stratégie qui était pour moi non-stratégique. On a perdu des années inutilement pour des questions que j'estime être des questions de posture. Alors qu'aujourd'hui, quand la réalité vous rattrape, on a peut-être enfin la capacité de réagir, de proposer quelque chose pour essayer d'enrayer et d'inverser la tendance.

Moi aussi j'ai mon idéologie politique, mais je ne l'impose pas à tout le monde tous les jours. Parce qu'on peut arriver avec ses plus belles pensées, ses plus belles envolées lyriques en matière d'idéologie politique, mais ce qu'il faut au bout du compte, c'est répondre à la mère de famille qui a ses enfants à gérer et un logement qu'elle n'arrive pas à trouver à cause de la pénurie — ce n'est pas l'idéologie qui va répondre à ses problèmes du quotidien.

 

 

 

À un moment donné, il faut être pragmatique sur ce qui nous entoure et sur les moyens dont on dispose. Comment va-t-on les chercher ? Parce que l'urgence, en tant que responsable politique, c'est de répondre aux besoins de la population, rien d'autre. Nos désidératas politiques, nous les avons tous, mais on pourra pleinement les faire valoir quand on aura la capacité de répondre aux besoins de notre population.

Je ne suis pas exécutif, je suis parlementaire, donc je n'ai pas la capacité d'agir directement dans le quotidien des gens. Au Parlement, l'effet est plus long : ça passe par les lois que nous votons, ou parfois par des coups de téléphone, des mails, en allant voir des responsables exécutifs. On peut résoudre quelques situations, au cas par cas.

Tout ça fait qu'on pense forcément à 2028. Si demain on devait se positionner, ce qui n'est pas mon cas aujourd'hui, quelles sont les attentes, quels sont les besoins, quelles sont les actions à mener ? Comment pourrait-on faire bouger concrètement les lignes ? C'est ça qui m'anime. Automatiquement, à partir du moment où on réfléchit à ces réalités, 2028 s'impose de lui-même dans la discussion, puisque la collectivité territoriale est la collectivité majeure du territoire, celle qui peut avoir un impact très rapide sur le plan économique et social — une collectivité exécutive.

Dernière question, aussi politicienne : si en 2027 l'Assemblée nationale est dissoute, vous y retournez ?

C'est une question que je me pose aujourd'hui. Non pas parce que je suis focalisé sur 2028 : ça n'a jamais été un objectif politique pour moi. Certains se préparent déjà à cette échéance, je peux vous le dire, surtout dans le camp des écologistes.

Vous assumez votre rutpure avec la gauche et les écologistes ?

J'ai envie de dire : la manière dont j'ai été élevé en Guyane par mes grands-parents fait qu'on n'a pas attendu les écologistes pour fonctionner de façon à préserver le développement durable. On ne jetait rien, avec mes grands-parents, on réutilisait tout. On n'avait pas de bouteilles en plastique ; les sodas s'achetaient à l'époque dans les épiceries en bouteilles en verre consignées. J'ai grandi avec ça. Aujourd'hui, la société de consommation a tout fait évoluer, tout fait exploser, parce que les politiques de l'époque ont validé cette évolution.

On veut souvent tirer à boulets rouges sur les grands groupes internationaux, mais s'ils agissent ainsi, c'est parce qu'on leur en a donné le feu vert. Donc si je dois tirer sur quelqu'un, c'est sur le monde politique : il a largement les moyens de prendre la décision d'arrêter cette réalité-là. Mais ce n'est pas ce qu'on fait.

C'est pour ça que, contrairement à certains, je ne suis pas un pourfendeur des milliardaires. Je dis plutôt : s'ils sont devenus milliardaires aujourd'hui, c'est qu'on l'a bien voulu. Il y a un déséquilibre, comme je l'ai expliqué, qui est aujourd'hui très prononcé. La question, c'est comment on se rend compte collectivement qu'il faut rééquilibrer les choses. La nature nous montre quotidiennement que lorsque c'est trop déséquilibré, elle nous fait sentir qu'elle n'est pas d'accord.

La nature est basée sur l'interaction : ce sont les échanges. Les courants marins nous montrent que ça se joue à l'échelle du monde ; les vents aussi — aujourd'hui, le sable qui arrive chez nous vient du vent de Sirocco, depuis le Sahara. Tout est interconnecté. Il n'y a que l'être humain pour penser, comme avec le fameux nuage de Tchernobyl, qu'il s'arrête à la frontière des Alpes et qu'il ne se passe rien au-delà. Ou pour le pétrole : chez nous, il s'arrêterait à la frontière surinamaise, alors qu'il continue jusqu'à la frontière brésilienne. Il faut arrêter avec ça.

Tout ce que je veux dire, c'est que les écologistes ne doivent pas laisser croire qu'ils ont l'exclusivité sur l'avenir du monde. Moi, je suis énergéticien de formation, et je sais ce que sont les équilibres : en matière d'énergie, quand il n'y a pas d'équilibre, ça explose. Donc je pense qu'aujourd'hui, ce n'est pas en supprimant une source d'énergie au profit de l'explosion d'une autre qu'on va équilibrer les choses. Quand l'Europe décide d'arrêter tout ce qui est moteur thermique, je dis que c'est un non-sens, parce qu'on assiste en parallèle à une explosion de tout ce qui est batterie électrique. Or, tout ce qui compose une batterie n'est pas renouvelable : tout ce qui vient du sol, avec les métaux rares, ne se renouvelle pas.

À un moment donné, il faut être intelligent, c'est-à-dire rééquilibrer les choses. On ne doit pas chercher à faire disparaître le CO2, par exemple, qui fait partie des gaz à effet de serre : on doit diminuer sa production sur une année. Donc réduisons la production de CO2, et augmentons en parallèle les sources d'énergie qui n'en produisent pas — parce que la nature a aussi besoin de CO2 pour vivre et se transformer. C'est juste une question de rééquilibrage. Arrêtons de nous faire croire qu'il faut tout supprimer pour basculer vers autre chose : sinon, on va simplement refaire la même chose, avec une autre source d'énergie.

Pour les sénatoriales, qui votez-vous ?

Ryan Persaud et Rollin Bellony.

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