L'Assemblée nationale adopte à l'unanimité le texte sur la restitution des dépouilles kali'na
La loi prévoit la sortie des collections publiques des six dépouilles kali'na et Arawaks et leur remise à la Collectivité territoriale de Guyane afin qu'elles puissent recevoir une sépulture sur le territoire
L'Assemblée nationale a adopté, lundi 15 juin à Paris, la proposition de loi visant à permettre la restitution à la Guyane des dépouilles de six Kali'na et awarak conservées depuis 1892 au Musée de l'Homme. Le texte, déjà adopté par les sénateurs le 18 mai, a été voté à l’unanimité, avec 59 voix pour. Attendue par les élus, les associations mémorielles et les descendants, cette décision marque une étape dans un long combat.
Dans l'hémicycle, la ministre de la Culture Catherine Pégard évoque " une nouvelle page d'histoire commune " et un " socle symbolique ". Elle rappelle que la loi permet " la sortie de collection de restes humains destinés à être inhumés " et souligne : " À Paris, la mémoire de ceux qui sont morts s'est évanouie. "
Le député de Guyane et rapporteur du texte, Jean-Victor Castor, salue " un combat porté avec constance " et déclare : " Des ancêtres attendent depuis 134 ans. C'est enfin un jour où l'histoire, la mémoire et la justice se rencontrent."
33 personnes emmenées, huit corps conservés
En 1892, 33 Kali'na, hommes, femmes et enfants, sont recrutés en Guyane et au Suriname par François Laveau puis emmenés à Paris pour être exposés au Jardin d'acclimatation. Attirés par des promesses, ils sont présentés comme des curiosités. Huit meurent durant ce séjour. Six corps intègrent les collections publiques françaises pendant plus d'un siècle et sont conservés au Musée de l'Homme.
Pékapé, Couani, Emo-Marita, Mibipi, Makéré et Miacapo figurent parmi ces ancêtres. Ces hommes, femmes et enfants ont été exhibés avant d'être conservés dans des collections scientifiques pendant plus de 130 ans. Deux ancêtres ne reviendront pas : Male, disséqué et dont les restes n'ont pas été localisés, et Gaseï, inhumé à Levallois-Perret. Leurs noms seront prononcés lors des cérémonies.
Un débat marqué par l'histoire coloniale
Les échanges rappellent la violence de ces expositions. Le député Steevy Gustave interroge : " On les appelait les sauvages. Qui étaient les sauvages ? "
La députée écologiste Sophie Taillé-Polian dénonce " un piège colonial abject " et " des cages ", rappelant que ces hommes et ces femmes ont été exhibés " comme des êtres sauvages " et affirmant que " nos musées n'ont pas vocation à garder des trophées humains ".
Le député du groupe Démocrates Frantz Gumbs évoque " une mode " et " une quarantaine d'expositions ethnographiques " organisées en France, au cours desquelles des milliers de personnes ont été déplacées. " Ce texte permet aux descendant la possibilité de renouer avec les liens privés par l'histoire et une mort digne pour les ancêtres. "
Après une discussion au cours de laquelle chaque groupe parlementaire exprime son soutien et condamne ce passé, les députés adoptent le texte à l'unanimité. En clôture, Jean-Victor Castor déclare : " Merci à toute la population guyanaise. C'est un moment important pour notre peuple et pour les territoires d'outre-mer. " Il insiste : " Ce ne doit pas être seulement symbolique. "
La ministre de la Culture s'est aussi montrée favorable à l'adoption d'une loi-cadre, qui permettrait à d'autres descendants ultramarins de formuler des demandes de restitutions.
Un retour vers la Guyane
Les dépouilles doivent reposer à Ilagou, dans la commune d'Iracoubo, derrière le mémorial inauguré en 2024. Des représentants coutumiers et des familles préparent ce retour, envisagé dans les prochains mois.
Pour les descendants et l'association Moliko Alet+Po portée par Corinne Toka-Devilliers, ce retour marque la fin d'un exil de plus d'un siècle. Pour les députés, il s'agit de réparer une injustice et de réaffirmer la dignité humaine.

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