Muriel Fred : "Ce départ est une manière de montrer que des Guyanais peuvent accéder à des fonctions plus larges"
La directrice d'Air France en Guyane quitte le territoire pour diriger les locaux de la compagnie aérienne au Cameroun
Vous êtes guyanaise, pourquoi quittez-vous le poste ?
Quitter la Guyane n'est pas une décision anodine pour moi, d'autant que j'y exerce les fonctions en de directrice d'Air France depuis septembre 2023, et que j'ai eu l'honneur d'être la première Guyanaise à occuper ce poste. C'est une responsabilité qui a eu une portée professionnelle et personnelle.
Je quitte ce poste parce qu'une nouvelle étape s'ouvre dans mon parcours. À partir du 1er août 2026, je prends mes fonctions de directrice Air France pour le Cameroun, la Guinée équatoriale et la Centrafrique, avec une base à Douala. C'est une évolution dans ma carrière, avec un périmètre élargi, des enjeux multiculturels, opérationnels et commerciaux riches.
Je l'aborde avec beaucoup de fierté, mais aussi avec émotion. La Guyane reste mon territoire et une part essentielle de mon identité. Ce départ en expatriation est une manière de montrer que des talents guyanais peuvent accéder à des fonctions de direction de plus en plus larges, y compris à l'international.
Les prix des billets continuent de peser dans le porte-monnaie des guyanais et de faire l'objet de critiques. On n'a pas l'impression que beaucoup d'efforts ont été faits...
Je comprends que ce soit un sujet sensible. Le transport aérien n'est pas ici un simple confort, c'est une nécessité pour beaucoup de choses. Lorsque les tarifs sont jugés trop élevés, cela suscite de l'incompréhension et de l'exaspération.
Mais les prix dépendent des coûts d'exploitation, du carburant, des taxes et redevances aéroportuaires, de la saisonnalité, du niveau de demande. Il y a aussi des contraintes propres à une ligne long-courrier comme Cayenne-Paris. Ces paramètres pèsent sur l'économie de la desserte. Air France a continué à proposer une offre régulière pour la Guyane. Des efforts sont menés sur la gestion de l'offre, sur l'anticipation tarifaire et sur la possibilité, pour les clients, d'accéder à des prix plus avantageux lorsqu'ils réservent tôt.
Notre toute dernière offre Jeunes Etudiants vers l'hexagone détient des conditions qui vont dans le sens des attentes des clients. Mais je sais que, pour beaucoup, cela reste insuffisant. Il faut l'entendre. Le sujet du désenclavement aérien dépasse le seul cadre d'une compagnie : il renvoie aussi à des enjeux d'aménagement du territoire. Air France est consciente de cette réalité.
Orly a été délaissé par Air France au profit de Charles-de-Gaulle (CDG). Avez-vous ressenti des impacts de cette décision en Guyane et dans les outre-mer ?
Le recentrage des opérations d'Air France sur CDG s'inscrit dans une logique globale. CDG est le principal hub de la compagnie, avec des possibilités de correspondances importantes.
Pour la Guyane, comme pour d'autres territoires ultramarins, cette évolution a pu changer certains repères. Le transfert de nos opérations à CDG présente des avantages, pour les clients en correspondance. Cela permet une meilleure ouverture vers d'autres destinations, ce qui est un atout pour les voyageurs d'affaires, les étudiants ou les familles qui poursuivent leur trajet au-delà de Paris.
Les liaisons Belèm et Fortaleza sont les seules ouvertures de la Guyane vers ses voisins sud-américains. Sont-elles vouées à perdurer et d'autres lignes sont-elles envisagées ?
La ligne de Belèm a été lancée en mai 2023 et a marqué une étape importante dans le renforcement des connexions de la Guyane avec son environnement. Cette dynamique s'est poursuivie avec le lancement, en avril 2025, de la liaison vers Fortaleza.
Nous venons aussi d'ouvrir une liaison vers le Panama (depuis Pointe-à-Pitre NDLR) ce qui constitue une avancée majeure vers un réseau de connexions beaucoup plus large.
Cela montre qu'il existe une volonté de désenclaver et de renforcer la connectivité. La pérennité et le développement de ces lignes dépendent toujours de la demande, du trafic, et de l'équilibre économique. Mais la dynamique engagée est bien là, et elle va dans le sens d'une Guyane mieux connectée.
De quel œil Air France voit le changement de concessionnaire de l'aéroport Félix-Éboue ?
Cette évolution devrait apporter une nouvelle vision, des investissements, une amélioration de l'expérience passager et une plus grande fluidité des opérations. Pour un territoire comme la Guyane, l'aéroport est un outil stratégique de désenclavement et de développement économique.
Pour le développement des lignes : la qualité des infrastructures, la lisibilité de la stratégie aéroportuaire et la capacité à fédérer les acteurs sont des éléments déterminants. Le nouveau concessionnaire s'inscrit dans cette dynamique.
L'enjeu est collectif : il s'agit de faire de l'aéroport Félix-Éboué un levier encore plus fort pour la Guyane.
Un mot sur votre successeur ?
Mon successeur sera Denis Perrot, un professionnel expérimenté du groupe Air France, avec un parcours solide dans les fonctions commerciales, managériales et de représentation de la compagnie, en France comme à l'international.
Il a occupé plusieurs postes de direction et de développement commercial au sein d'Air France. C'est un profil reconnu, qui allie ancienneté dans l'entreprise, connaissance du terrain et capacité à accompagner les équipes. Il poursuivra le travail engagé en Guyane.
Un point sur les effectifs ?
À ce jour, Air France compte en Guyane 78 collaborateurs. Les effectifs se répartissent entre les personnels au sol, qui interviennent dans les domaines commerciaux, opérationnels, administratifs et d'assistance.
Comme dans toute entreprise, les besoins en recrutement peuvent évoluer en fonction de l'activité, des départs et des besoins. Lorsqu'il y a des opportunités, Air France reste attentive à l'emploi local et au développement des compétences sur le territoire.
Je tiens d'ailleurs à saluer le professionnalisme des équipes en Guyane. Je quitte mes fonctions en Guyane avec beaucoup de reconnaissance et d'émotion. J'ai eu l'honneur de servir mon territoire au sein d'une grande compagnie et je pars avec la fierté du travail accompli aux côtés des équipes. La Guyane restera toujours au cœur de mon parcours et de mon engagement.

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