Le Sénat vote à l'unanimité la restitution des dépouilles kali'na à la Guyane
Dans une émotion rare, le Sénat a adopté ce lundi à l'unanimité la proposition de loi permettant la restitution à la Guyane des restes humains kali'na conservés depuis 1892 dans les collections nationales. Une étape historique saluée par les élus et descendants présents au Palais du Luxembourg.
Il y avait des larmes dans les travées du Sénat ce lundi 18 mai. Des larmes de soulagement, de mémoire et de dignité retrouvée. Réunis au Palais du Luxembourg, sénateurs, membres du gouvernement, élus guyanais et représentants de l'association Moliko Alet + Po ont assisté à l'adoption unanime de la proposition de loi permettant la restitution à la Guyane des dépouilles de Kali'na conservées depuis plus de 130 ans dans les collections publiques françaises. Le texte a été adopté par 342 voix pour, sur 342 votants. Dans la tribune réservée à la délégation guyanaise, l'émotion était palpable autour de Corinne Toka-Devilliers, fondatrice de l'association Moliko Alet + Po, accompagnée notamment du député Jean-Victor Castor et du président de la Collectivité territoriale de Guyane, Gabriel Serville.
Une réparation mémorielle
Cette proposition de loi vient réparer une injustice née en 1892. Cette année-là, plusieurs Kali'na de Guyane avaient été emmenés à Paris par l'explorateur François Laveau pour être exhibés au Jardin d'acclimatation, dans le cadre des “zoos humains” organisés durant la période coloniale.
Huit d'entre eux étaient morts pendant le séjour. Leurs dépouilles avaient ensuite été intégrées aux collections anthropologiques du Musée de l'Homme. Depuis plusieurs années, descendants et militants réclamaient leur retour en Guyane afin qu'ils puissent enfin recevoir une sépulture digne.
“Ce n'était pas des objets, c'était des êtres humains. Ils ont été réhumanisés aujourd'hui”, a déclaré, très émue, Corinne Toka-Devilliers à l'issue de la séance. “Tous les sénateurs ont compris l'essentiel de cette histoire : la mémoire, la spiritualité. Je crois que c'est historique et maintenant j'ai hâte qu'à l'Assemblée nationale ce soit voté à l'unanimité pour que nous préparions enfin leur retour en Guyane.”
Créée en 2021, l'association Moliko Alet + Po aura joué un rôle déterminant dans ce combat mémoriel. Plusieurs intervenants ont d'ailleurs reconnu que sans la mobilisation de l'association, “rien ne se serait passé”.
“130 années de trop”
Dans l'hémicycle, les prises de parole se sont succédé dans une atmosphère particulièrement solennelle. La sénatrice Catherine Morin-Desailly, à l'origine du texte avec Max Brisson et Pierre Ouzoulias, a rappelé “la promesse” faite il y a trois ans à la délégation guyanaise : “Un bonheur de pouvoir tenir aujourd'hui la promesse que je vous avais faite.”
Le rapporteur Max Brisson a insisté sur “l'impérieuse nécessité de prendre conscience de la déshumanisation” ayant entouré ces restes humains : “Leur redonner une part de leur dignité. La légitimité de la démarche initiée par l'association est totale.”
Pierre Ouzoulias, lui, s'est adressé directement aux descendants présents dans les tribunes : “Je vous ai vu sécher vos larmes. Vos larmes sont les miennes.”
Plusieurs sénateurs ont évoqué “130 années de trop” avant cette reconnaissance.
“Aujourd'hui, on ouvre une nouvelle page”
La ministre de la Culture, Catherine Pégard, a salué un vote “très attendu”. “Il semble presque inimaginable qu'il ait fallu attendre autant de temps pour répondre à cette légitime demande. 1892, c'est loin quand même”, a-t-elle confié à notre micro.
“Il y a eu beaucoup d'oublis et un très gros traumatisme. Nous avions ce devoir vis-à-vis de la mémoire. Aujourd'hui, on ouvre une nouvelle page de notre histoire.”
Dans l'hémicycle, elle a également rendu hommage à l'engagement de Corinne Toka-Devilliers : “Nous ne devions plus attendre. Ensemble, nous regardons notre histoire en face.”
Gabriel Serville a lui aussi évoqué “un moment historique pour la Guyane”. “C'est une reconnaissance historique qui remet la dignité de ces êtres humains à leur juste place. La collectivité sera aux côtés de l'association pour que la restitution se fasse dans les meilleures conditions possibles.”
La sénatrice guyanaise Marie-Laure Phinera-Horth a parlé “d'une immense fierté”, tandis que Marie-Do Aschlimann a salué “une question de justice, de respect, de mémoire et de dignité”.
Prochaine étape : l'Assemblée nationale
Le vote du Sénat ne constitue toutefois qu'une étape. Le texte doit désormais être examiné par l'Assemblée nationale. Une fois définitivement adopté, les dépouilles pourront être officiellement remises à la Collectivité territoriale de Guyane afin d'organiser leur retour sur leur terre d'origine. Pour les descendants comme pour les élus présents ce lundi au Sénat, cette restitution marque déjà une avancée majeure dans la reconnaissance des violences coloniales subies par les peuples amérindiens de Guyane.

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