[TRIBUNE] Novembre 1996, c’était il y a déjà 30 ans
À l’occasion des 30 ans des événements de novembre 1996, Podulé Rio livre son analyse de la mobilisation lycéenne de l’époque et s’interroge sur les parallèles avec la contestation actuelle. Vous souhaitez réagir à l’actualité ou partager votre point de vue ? Adressez vos tribunes à france.guyane@agmedias.fr. Les textes publiés n’engagent que leurs auteurs.
L’actualité soulève souvent une question : est-on toujours condamné à revivre une histoire que l’on connaît mal ?
La contestation lycéenne de ces derniers jours peut-elle déboucher sur la même conclusion que celle d’octobre/ novembre 1996 ?
Il y a 30 ans, la première phase du plus grand mouvement social de la jeunesse guyanaise s’achevait, laissant de nombreuses interrogations en suspens. Ce premier temps qui ne mettait véritablement en scène que la communauté scolaire, interrogeait sur la nature qu’il allait prendre à la rentrée de novembre. La contestation allait elle se renforcer, ou allait elle subir le joug des 15 jours de vacances. Les lycéens étaient-ils vraiment sérieux ?
Cette mobilisation prend racine dans le contexte de 1996, année du cinquantenaire de la départementalisation, célébré en mars. À cette occasion, Jacques Chirac président de la République française soulignait que « l’échec scolaire creusait les inégalités et freinait le développement économique » pour les départements d’outre-mer. Pour garantir aux jeunes de meilleures formations, il avait demandé à son Premier ministre de « faire de l’enseignement un chantier majeur du Pacte de développement proposé par son Gouvernement », et de mettre en place « une réforme des rythmes scolaires avec davantage d’enseignants pour répondre à la croissance démographique outre-mer, particulièrement en Guyane et à La Réunion » .
Le conflit tombait mal pour le locataire de l’Elysée. En octobre 1996, les lycéens manifestaient pour obtenir le respect de cette promesse. Curieusement, ils se heurtèrent à l’incompréhension de la rectrice des Antilles et de la Guyane.
Figure emblématique malgré elle du conflit, Michèle Rudler avait dirigé le laboratoire scientifique de la police de Paris et l’Institut de médecine légale de l’Université Paris-V avant d’être nommée rectrice des Antilles et de la Guyane au début de l’année 1996. Souhaitée par Jacques Chirac, sa nomination avait été perçue par beaucoup comme un « recasage » outre-mer après des démêlés judiciaires dans le cadre de ses précédentes fonctions.
Il va sans dire qu’elle ne connaissait pas grand-chose des spécificités de l’éducation en Guyane. En conflit ouvert avec Jean-Marcel Cotret, inspecteur d’académie de la Guyane, qui lui, avait une idée plutôt claire des difficultés du département, elle fait des promesses le 22 octobre, puis repart en Martinique sans jamais revenir. L’idée de créer un rectorat en Guyane gagne alors du terrain. La République apprendra de ses erreurs.
L’histoire pourrait-elle se répéter aujourd’hui ? Le rapprochement entre Novembre 96 et Mai 68 souvent utilisé par certains romantiques pour expliquer les évènements de la fin d’année 1996, flatte l’ego guyanais, mais résiste mal à l’analyse historique.
Les deux mouvements présentent néanmoins un point commun qui pourrait nous donner un élément de réponse : une mobilisation lycéenne/étudiante est renforcée par à une contestation sociale intense, soutenue par une puissante organisation syndicale — l’UTG en Guyane, la CGT à l’échelle nationale.
Est-ce le cas aujourd’hui ? L’UTG de Yannick Xavier, qui traditionnellement s’investi peu dans les mouvements d’essence nationale, n’est plus celle de Christian Ravin. Elle n’est pas moins influente, ou moins crainte que par le passé mais elle se laisse volontiers déborder par l’offre contestataire des collectifs en tout genre.
La mobilisation lycéenne que nous vivons aujourd’hui est d’essence nationale même si ses revendications intéressent à plus d’un titre la communauté scolaire locale. Pour la puissance publique l’enjeu est simple, éviter la contagion sociale.
La période qui va de novembre à décembre est traditionnellement propice aux bouillonnements sociaux.
Bouillonnements sociaux que seul le cathartique Carnaval Guyanais permet de réfréner en janvier. Novembre 1996 est rentré dans la mémoire collective et dans le récit romantique guyanais parce qu’il avait un but précis et atteignable dans l’immédiat. Ce n’est pas le cas aujourd’hui.
Que la mobilisation lycéenne actuelle débouche sur les mêmes conséquences qu’il y a 30 ans est peu probable. Mais en Guyane le probable côtoie l’improbable sans que personne ne soit véritablement prévenu.

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