L'Office national des forêts, organisme d'Etat peut-il pratiquer la duplicité ?
Un journal, c'est aussi un espace de liberté et d'expression libre. Nous vous proposons, ici, de renouer avec nos " pages Débats ", en nous envoyant vos tribunes, vos prises de position, vos avis à l'adresse france.guyane@agmedias.fr. Christiane Taubira, Garde Sceaux sous la présidence Hollande, et députée de Guyane revient sur l'histoire du démembrement d'un pont sur une piste forestière dans les environs de la Counamama, à Iracoubo. Un coup de couteau dans l'accord signé entre l'ONF et les associations de chasseurs, en juillet dernier.
L'Etat peut-il être déloyal ? Je l'admets, il est abusif d'écrire ainsi : l'Etat, comme en totalité.
Rectifions : un organisme d'Etat peut-il pratiquer la duplicité ?
Les faits :
Parfois face caméra, parfois en voix off tandis qu'un pont en bois, démantelé à la tronçonneuse, envahit le champ visuel, un chasseur guyanais témoigne, à visage découvert, la voix teintée d'amertume et grosse de courroux. Lieu : Iracoubo, sur le parcours de la Counamama.
Cette voix s'interroge. C'était donc ça, l'entourloupe de l'Accord ? Il y a quelques semaines, le 30 juillet 2026, l'ONF, Office National des Forêts, a signé, sous l'œil de caméras dont le Représentant de l'ONF avait dit alors qu'il était " surpris de leur présence ", un Accord avec la Fédération des chasseurs, visant à rouvrir l'accès aux pistes forestières.
On pourrait ajouter que cet Accord fut " signé en grande pompe " mais ce serait un abus de langage, une facilité de rédaction. Car, manifestement, l'ONF aurait préféré en faire une affaire discrète.
Qu'importe ? Un Accord est un Accord, et le principe implicite est la loyauté de chaque partie signataire au regard des dispositions, censées avoir été négociées. Cela s'appelle le respect de sa signature.
Faits antérieurs et signifiants :
Cette affaire d'accès aux pistes est une vieille querelle, entre chasseurs Guyanais, artisans miniers légaux Guyanais, et l'ONF.
Rembobinage. Nous avons encore à l'oreille la voix de Kiko. Il a toujours connu ces pistes. Celle-ci, son grand-père l'y conduisait quand il était tibolonm, car c'est le père de son grand-père qui l'a ouverte. Et voilà l'ardent et talentueux Kiko condamné par la Justice pour le pont de saut Brodel à Belizon.
De fait, les archives institutionnelles établissent l'existence de pistes sillonnant la forêt, et reliant des communes isolées. Prenons le bassin de la Comté, qui couvre plus de 3 000 km² pour 800 habitants dispersés alors : il est recensé en 1940, plus de 120 km de pistes. Sans compter celles qui relient la Comté à l'Orapu, à l'opposé nord-est de Bélizon.
Sur tout le territoire, plus bas que Grigel et même près des Tumuc Humac, dans leur quasi-totalité, ces pistes sont l'œuvre des usagers : habitants, artisans... et parfois : mairies.
On s'arrête un peu pour faire le bilan générationnel protection-destruction ?
Après Kiko, suivent dans les tracas judiciaires, d'autres Professionnels. Guyanais. Réguliers. Enregistrés. Assurément, ils sont plus faciles à repérer. À mettre en cause. À faire condamner. À essouffler. Au point qu'ils finissent par abandonner l'activité aurifère.
Champ libre...
Champ libre pour ceux-là plus mobiles, pilleurs par nécessité (ou cupidité) qui pratiquent une chasse à visée commerciale. La vie est ainsi : cette activité leur assure un revenu. Nul n'ignore.
Les uns chassent à la limite de ce qu'ils peuvent ramener chez eux, à consommer en famille et entre amis. Ils sont repérables, punissables.
D'autres chassent pour en faire commerce, dépècent, laissent sur place les parties qui ne se vendent pas. Jamais vus, rarement connus. Et parfois, pas conciliants du tout. S'ils ne se livrent à cette chasse à but lucratif, dit-on, ce sera l'orpaillage, plus brutal pour la nature.
Archives officielles. Premier cycle de l'or. Le contre-amiral, Auguste Baudin, gouverneur de Guyane, prend les devants : il réglemente " l'exploration des terres aurifères de Guyane " par arrêté daté du 10 mars 1856. Forcément ! Cette activité qui a suivi de près l'abolition de l'esclavage, commence dès 1855. Tous ces " nouveaux libres " - désireux de mener une autre vie que celle promise à la merci des anciens maîtres promus nouveaux patrons censés rémunérer l'ancien travail servile - celles et ceux qui ont l'audace de rêver une autre vie, s'enfoncent dans la forêt. Agriculture vivrière, chasse, pêche et prospection aurifère. C'est le premier cycle de l'or. Même Jean Galmot viendra s'en mêler. Ainsi que Jean Vidal, propriétaire de l'habitation Mondélice et père du Procureur d'alors. Les problématiques aurifères et foncières se combinent : prédation, accaparement, cession de parcelles et de domaines par libéralités ciblées ou discriminatoires. Un régime bien pointilleux pour les petits, un autre bien complaisant pour les puissants ou les possédants. La Compagnie aurifère et agricole de l'Approuague obtient, dès 1855 une concession de 200 000 ha. On pourrait tenir un feuilleton sur les conditions d'octroi de titres et de surfaces, ainsi que sur les régimes de contrôle sur tout le temps qui suit. Jusqu'à Kiko et après...
Revenons à notre pont à Iracoubo. Il semblerait qu'il ne soit pas une exception. D'autres accès aux pistes seraient étonnamment endommagés. On présume cependant qu'il n'y a pas lieu de trop s'inquiéter pour la piste de 35 km liée au barrage de Petit-Saut, percée concomitamment à l'inondation des 35 000 ha de forêt.
L'insinuation n'est pas désinvolte. Et le démembrement du pont sur la Counamama paraît bien délictuel. On est en droit de penser que le Parquet n'attendra pas un signalement sous article 40 du code de procédure pénale, pour exercer ses prérogatives d'enquête.
Abusif demandais-je au début, sur " l'Etat déloyal " ? sauf que ... la puissance publique se décline bien en puissance et en public, et qu'un Epic* comme l'ONF détient une part indivise de cette puissance d'Etat. Tout démenti serait bienvenu.

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