Un service d'accès aux soin Guyane : ouvrir vite ou ouvrir bien ?
Un journal, c'est aussi un espace de liberté et d'expression libre. Nous vous proposons, ici, de renouer avec nos " pages Débats ", en nous envoyant vos tribunes, vos prises de position, vos avis à l'adresse france.guyane@agmedias.fr. Dr Moubitang dit son enthousiasme pour un SAS mais qu'il ne faut pas ouvrir de manière précipitée
Il y a quelques jours, l'ARS (Agence régionale de santé) annonçait à la population l'ouverture du service d'accès aux soins (SAS) de Guyane début novembre. Pour conforter les Guyanais, ma photo rassurante en formation au SAS décorait l'article. En effet, je suis le Dr Moubitang, médecin généraliste en Guyane depuis 20 ans, présidente d'une des maisons de santé de Guyane. Tout était fait pour rassurer la population et légitimer cette annonce de lancement.
Mais une photo rassurante ne fait pas un dispositif solide
Un rendez-vous en 48 heures
Le SAS, c'est quoi ?
Un dispositif qui permet à la population de trouver un rendez-vous chez un généraliste en 48 heures. Un médecin régulateur répond au téléphone, aidé d'un assistant l'OSNP (Opérateur de Soins Non Programmés) chargé de trouver un créneau chez un généraliste effecteur.
Ce dispositif existe partout en France ; la Guyane est quasiment la dernière à le mettre en place. L'ARS se serait engagée à ouvrir avant la fin de l'année.
Je veux que ce dispositif réussisse : moins de files d'attente devant les cabinets et, à terme, moins d'urgences encombrées par de la médecine générale. Sur le papier, c'est difficile à contester.
Par transparence, ma motivation n'est pas dénuée d'intérêt : le label France Santé de ma maison de santé, et les subventions qui vont avec, sont conditionnés à l'ouverture du SAS en Guyane. Mais ces motivations, les miennes comme celles de l'institution, ne justifient pas de brader un dispositif qui peut être très utile aux Guyanais s'il est bien construit.
Cinq raisons de freiner
1. Une organisation pensée de loin avec un cabinet de conseil de l'Hexagone, sans réelle concertation avec le terrain. Notre syndicat nous avait prévenus. Résultat : sur environ 92 généralistes de ville en Guyane, seuls 3 libéraux participent. Lancer la régulation SAS avec quelques médecins volontaires actuels n'est pas possible.
2. Des régulateurs insuffisamment préparés. Trois jours de formation, puis une formation de terrain mais la CGSS( Caisse générale de Sécurité sociale) ne prendrait pas en charge cette formation au-delà du samedi 12h. Or plusieurs médecins viennent de Saint-Laurent-du-Maroni. Faudra-t-il fermer nos cabinets en semaine, abandonner nos patients pour avoir ûne formation complète ? Il faut tenir compte de l'éloignement et des autres spécificités de la Guyane que connaissent bien les acteurs de terrain
3. Des assistants pour les OSNP non recrutés. Ils prennent les rendez-vous une fois l'orientation décidée. Sans eux, les médecins s'épuisent. Or il faudrait recruter et former les opérateurs en 15 jours,
4. Une communication trop courte. Quinze jours pour informer et convaincre les confrères, c'est peu.
Des clarifications attendues
La convention SAS signée prévoirait l'intégration de médecins salariés, ce qui n'est pas habituel dans le SAS, et demande clarification car . six confrères salariés se sont engagés dans cette aventure : quelles conditions leur imposera-t-on ? Ce n'est pas clair.
Alors , Un SAS oui, mais solide et transparent.
Nos syndicats, la CPTS (Communauté Professionnelle Territoriale de Santé) et les confrères de ville sont réticents devant cette précipitation et cette construction unilatérale.
Je suis pour une prochaine ouverture du SAS : mais j'en veux un vrai digne des Guyanais construit avec mes confrères.
Un SAS qui dure et apporte un vrai plus à la population.
Je ne doute pas des bonnes volontés de l'ARS : qu'elle entende la voix du terrain. Un report de quelques semaines, voire quelques mois, vaudrait mieux qu'une ouverture à tout prix qui épuiserait les volontaires et décevrait les patients.

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