Jean-Victor Castor, député : « Une barbouzerie prête à tout pour rester au pouvoir »
Jean-Victor Castor a tenu une conférence de presse, mardi. Une manière de présenter son travail à la population
Vous revenez du Guyana, reçu par Bharrat Jagdeo. Qu’en retenez-vous ?
Une heure de travail sur les routes maritimes, numériques et aériennes, et surtout une leçon : le Guyana aborde l’ère pétrolière avec un fonds souverain et 750 chantiers publics lancés, soit 57 % de tous les chantiers sur son territoire. Pendant ce temps, l’État français est incapable de construire un petit pont ou un port en eau profonde.
Vous avez assisté à un sommet sur le pétrole et le gaz à Rio de Janeiro
Il y avait 75 000 invités du monde entier et toutes les compagnies pétrolières. J’ai rencontré Exxon et Chevron. Tous m’ont dit qu’il y avait du gaz et du pétrole en Guyane. Je ne laisserai plus dire qu’il n’y a pas de pétrole en Guyane. Il y en a. La faisabilité économique est un vrai débat, et c’est normal. Mais il n’est pas normal que les institutions de Guyane ne soient pas informées des résultats des prospections. J’ai demandé qu’on me remette les données. J’ai fini par recevoir quatre clés USB contenant tous les éléments bruts des explorations. On m’a demandé de ne pas les diffuser. Je ne respecterai pas cette demande : je vais tout remettre à la Collectivité territoriale de Guyane (CTG).
Au large de Rio, il y a une cinquantaine de plateformes pétrolières. Les ressources s’épuisent dans le sud du Brésil, donc ils prospectent la marge équatoriale, qui va de la Colombie jusqu’au Nordeste, en passant par Trinidad et le Guyana. Pour les Brésiliens, cette marge dépasse notre zone économique exclusive et arrive jusqu’à Guisanbourg. Ce qui m’a frappé, c’est que ces pays se réunissent et discutent, y compris sur la sûreté, sauf nous. Nous sommes hors jeu, alors que nous serons impactés par une marée noire si elle se produit chez eux.
Une nouvelle technologie doit être mise en place qui consiste à creuser d’abord à la verticale puis à l’horizontale… avec un champ pétrolifère à quelques kilomètres de nos eaux…
Faut-il alors exploiter ?
Exploiter ou pas, c’est notre choix. Mais connaître ce que nous avons dans notre sous-sol, c’est la moindre des choses, pour toutes nos ressources : pétrole, gaz, terres rares. Sur l’inventaire des ressources minérales, le gouvernement n’a pas associé les professionnels ni les universitaires. Nous restons hors jeu sur notre propre sol… en attendant que nous mettions nos affaires en place.
Je suis aussi lucide : la présence de fortes multinationales est un pouvoir qu’on leur donne, et elles ne sont pas faciles à gérer. Mais, au Suriname, les premières estimations de la manne pétrolière font passer leur produit intérieur brut de 4 milliards de dollars à 26 milliards.
On vous oppose l’urgence climatique.
Je ne suis pas climatosceptique. Le climat doit nous préoccuper, la montée des eaux est catastrophique. Tout le monde doit faire des efforts, mais réduire les émissions, c’est d’abord réduire le système d’ultraconsommation, et c’est là que ça bloque.
La Guyane est couverte à 97 % de forêt : nous avons déjà fait l’effort. Si nous exploitons, contribuerons-nous plus que d’autres ? Non. Et il faut sortir d’une escroquerie industrielle qui limite le pétrole aux carburants. Tout vient du pétrole comme le plastique. Va-t-on l’arrêter ? Non et je ne veux pas participer à cette escroquerie. C’est pour cela que j’ai une nouvelle proposition de loi de prête qui remet la question de la loi Hulot en Guyane. Quand je pourrai la déposer ? Je ne sais pas. Nous sommes partis pour un long débat sur le budget puisque le gouvernement veut passer par les ordonnances et non le 49.3… Ce qui veut dire qu’il y aura au moins 70 jours de débats.
Où en est la question de l’autonomie ?
Le 21 mai, Macron nous a dit, les yeux dans les yeux, que nous lui aurions enlevé une épine du pied si nous étions autonomes. La solution la plus avant-gardiste reste l’autonomie. Si on devient autonome, nous pourrons impacter un ensemble de secteur, lever un ensemble de verrous comme la loi Hulot.
La leçon de toutes ces missions menées chez nos voisins, c’est qu’il faut s’émanciper économiquement et coopérer avec nos voisins. Nous sommes un pays riche. Ce qui se passe autour de nous est une situation intenable pour nous. Tout le monde se développe sauf nous. Il est étrange d’entendre des Brésiliens évoqués la construction d’un pont sur le Maroni pour rendre efficiente la Transamazonienne. Ils évoquent des projets structurants chez nous…
On parle aujourd’hui des hydrocarbures et des terres rares mais il ne faut pas oublier les revenus liés à la taxe carbone pour la France grâce à la Guyane. D’ailleurs, l’état de l’Amapá se plaint aussi de ça au niveau fédéral puisque tout est confisqué par Brasília comme nous par Paris.
La France est dépassée. Si la France ne fait pas, ils feront. Ils évoquent aussi le pont sur la Nickerie entre le Suriname et le Guyane. Je rappelle que le projet d’émancipation voté par le congrès est très modeste, bien moins ambitieux que celui des États généraux de 2001 ou ce que souhaite à terme mon parti le MDES (Mouvement de décolonisation et d’émancipation sociale).
Êtes-vous étonné que le mouvement national de mécontentement ne prenne pas en Guyane ?
Il y a une grosse souffrance qui ne s’exprime pas pour l’instant. Mais cela va péter. Il y a de plus en plus de chasseurs, de pêcheurs sur les ponts. Les marchés transfrontaliers servent de soupape et désamorcent la colère économique.
Pour une fois ce sont peut-être les patrons qui vont amorcer la révolte car pendant ce temps, l’activité illicite se développe. Comment l’État peut-il supprimer 60 % de la ligne budgétaire unique pour la construction des logements sociaux ?
Il y a des groupes hégémoniques chez nous qui ne veulent pas qu’on sorte de l’économie de comptoir. Le MDES avait été avant-gardiste dans les années quatre-vingt-dix, dès notre fondation, mais personne a voulu nous écouter. Nous avions vu juste dès le départ et j’invite la population à rejoindre ce parti.
La question des présidentielles françaises ne concerne toujours pas le MDES ? Vous ne prendrez pas parti ?
Effectivement, nous estimons que cette élection ne nous concerne pas directement mais avec le risque de l’arrivée du RN au pouvoir, il y aura un débat en interne à ce sujet. Actuellement, en France, puisque je suis député de la Nation, et que je travaille sur ces questions, on voit qu’on est dans un système de barbouzerie par des gens prêts à tout pour rester au pouvoir. On frappe, on frappe, on frappe.
En Guyane, les jeunes commencent à comprendre qu’on doit se prendre en main. Nous devons décider par nous-mêmes.

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