Vie chère : l'État sous pression, une loi attendue à l'automne
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Vie chère : l'État sous pression, une loi attendue à l'automne

Gérôme GUITTEAU
Yvane Goua au nom du collectif Stop à la vie chère présente les travaux menés en concertation avec la CTG et les acteurs de la grande distribution lors de la réunon avec les élus et le ministre des Outre-mer, lundi juin à la CTG.
Yvane Goua au nom du collectif Stop à la vie chère présente les travaux menés en concertation avec la CTG et les acteurs de la grande distribution lors de la réunon avec les élus et le ministre des Outre-mer, lundi juin à la CTG. • GG

Alors que le gouvernement prépare un projet de loi sur la vie chère dans les Outre-mer pour l'automne, élus et acteurs guyanais dénoncent l'inaction passée, les monopoles persistants, et appellent à des mesures fortes.

En Guyane, où la vie est 39 % plus chère qu'en Hexagone, se nourrir équilibré est devenu un luxe selon Jean-Luc Le West, vice-président de la Collectivité territoriale. " À Maripasoula, une bouteille de gaz coûte 100 euros. Ce n'est pas une anecdote, c'est notre réalité, " illustre-t-il.

La flambée des prix touche tous les secteurs : alimentation, carburants, matériaux, fret, immobilier... Les surcoûts s'expliquent en partie par l'éloignement, les normes européennes. Mais pour les élus guyanais, le problème est surtout structurel : monopoles privés, dépendance logistique à la France hexagonale, et manque d'initiatives locales soutenues.

Un projet de loi

Attendu pour l'automne 2025, le projet de loi sur la vie chère dans les Outre-mer devrait s'articuler autour de quatre titres. Le titre Ier vise à renforcer le pouvoir d'achat et compenser les effets de l'éloignement. Le titre II vise à renforcer la transparence et l'intégrité des activités économiques. Le titre III porterait sur le renforcement de la concurrence et le démantèlement de certaines concentrations. Le titre IV, lui, entend soutenir les PME-PMI ultramarines dans l'accès aux appels d'offres, tout en facilitant l'émergence d'un tissu économique local plus résilient.

" Il faudra être audacieux : démanteler certains monopoles qui verrouillent l'automobile, la distribution, ou encore le prêt-à-porter. Les États-Unis, pourtant très libéraux, ont su le faire au début du XXe siècle avec les lois anti-trust, " met en garde, le député, Davy Rimane.

Le parlementaire réclame également l'application des décrets en attente depuis la loi Lurel de 2012, censés plafonner les marges excessives des importateurs. Il pointe un angle mort : l'augmentation automatique des marchandises dès leur sortie de la centrale d'achat en Hexagone pour les Outre-mers car elles rentrent dans les produits exportés, alors qu'elles ne quittent pas le territoire national.

Pour Jean-Luc Le West, le problème est aussi géopolitique : " Il faut sortir de l'asservissement logistique à la France hexagonale. Nous devons pouvoir commercer avec nos voisins sud-américains, dans un cadre régional. 

La question du carburant reste l'un des symboles les plus frappants des déséquilibres économiques. La Guyane dépend entièrement de la SARA, unique fournisseur pour la zone Antilles-Guyane, critiquée pour ses tarifs élevés.

" Vingt ans de monopole de la SARA, ça suffit. C'est l'un des principaux facteurs du surcoût énergétique chez nous, " rappellent de concert l'élu territorial, les députés et les membres de la société civile.

Autonomie, foncier, malus écologique...

Jean-Victor Castor, député indépendantiste, a quant à lui déposé une question écrite dès novembre sur le rapport de l'Inspection générale des services, qui proposait une baisse immédiate de 15 centimes à la pompe. À ce jour, aucune suite n'a été donnée. Il dénonce une stratégie de protection de la SARA au détriment de l'économie guyanaise : " On sacrifie des milliers d'emplois en Guyane pour en sauvegarder 200 en Martinique. "

Pour Castor, la racine du problème est politique : " Si nous étions autonomes, le problème serait déjà réglé. " Il appelle à revoir la question du foncier, monopolisé selon lui par quelques grands groupes et l'État : " Ces acteurs n'ont pas à être favorisés par l'État. Qu'ils achètent sur le marché privé, c'est autre chose, mais l'État et les collectivités ne peuvent pas leur céder des terres. "

Il dénonce aussi le malus écologique, inadapté aux réalités locales : " Avec 1 400 km de pistes et à peine 500 km de routes nationales, comment reprocher aux Guyanais de rouler en 4x4 ? " Un amendement pour obtenir une dérogation en Guyane avait été validée par l'Assemblée nationale puis rejetée au Sénat. Il a demandé à ce que le ministre inclut cette dérogation dans son projet de loi contre la vie chère.

Six piliers pour combattre la vie chère

"Deux urgences s'imposent : le panier de la ménagère et le carburant." Le discours du vice-président au développement économique et au tourisme de la Collectivité s'est voulu, clair, court et percutant en face du ministre des Outre-mer. Il propose six axes de travail qu'on retrouve dans la motion votée par les élus territoriaux le 17 avril dernier.

La diversification des sources d'approvisionnement ; le prix des transports (concurrence maritime, transparence sur les prix, création d'un observatoire sur les prix indépendants) ; le contrôle et le plafonnement des prix et des marges ; une revalorisation des minima sociaux liée au coût réel de la vie en Guyane ; la continuité territoriale tant à l'intérieur pour désenclaver les communes isolées qu'avec l'Hexagone ; la souveraineté alimentaire en accompagnant les filières locales.

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