À part Grand-Santi, personne ne se prépare aux conséquences d'El Niño en Guyane
Ce phénomène, connu sous le nom d'Enso (El Niño Southern Oscillation), résulte d'une interaction entre l'océan et l'atmosphère
L'ampleur que pourrait prendre le phénomène météorologique El Niño reste incertaine, mais son intensité pourrait être forte. Certains parlent même d'un El Niño record avant la fin de la période de prévision d'octobre. Un scénario retenu par le modèle de Météo-France.
Superposé au réchauffement climatique lié aux activités humaines, il pourrait provoquer des températures élevées. En Guyane, ses effets touchent la pluviométrie : durant ces phases, et parfois après, le territoire peut connaître un déficit de pluies comme en 2024 où le Maroni avait été asséché. Alors comment, les communes prévoient-elles de s'organiser face à la sécheresse?
Accès à l'eau potable : une priorité
Dans les communes de l'intérieur, la priorité se concentre sur l'accès à l'eau potable. À Grand-Santi, le maire Félix Dada indique que la commune applique son plan communal de sauvegarde.
« En cas de sécheresse, l'eau et l'alimentaire sont les priorités. Pour nous, l'enjeu principal reste l'eau potable », précise-t-il.
Dans les prochaines semaines, quatre palettes, soit 4 000 litres d'eau potable, doivent être acheminées par pirogue vers la commune.
Pour Jean-Yves Tarcy, président de la Chambre d'agriculture de Guyane, il n'existe pas de solution unique face au manque d'eau. « Chaque agriculteur fait en fonction de ses moyens », confie-t-il.
Plusieurs techniques peuvent permettre de préserver les cultures, comme le paillage pour conserver l'humidité du sol, l'agroforesterie, les bassins de rétention d'eau ou encore l'installation de serres pour mieux maîtriser l'irrigation. Mais ces équipements restent coûteux. « Une serre, c'est environ 10 000 euros », rappelle Jean-Yves Tarcy.
Pour l'élevage, la sécheresse représente un défi. « Quand les puits diminuent, l'abreuvage des bêtes devient compliqué et les pâturages se dégradent », rappelle l'agriculteur de Montsinéry.
Reconnaissance de calamité agricole
Selon lui, ce sont encore des coûts pour les exploitants qui doivent trouver des solutions supplémentaires, comme l'achat de foin ou la construction d'abris.
La question des aides reste centrale. Jean-Yves Tarcy pointe des dispositifs difficiles à mobiliser dans l'urgence. « Il n'y a pas de dispositif en amont, pas de dispositif d'anticipation. »
La Chambre d'agriculture réalise donc un recensement des dégâts auprès des exploitants afin de faire remonter les besoins auprès du préfet en vue d'une éventuelle reconnaissance de calamité agricole.
« C'est la routine, c'est la saison sèche »
À Camopi, la saison sèche est abordée différemment. Pour le maire Laurent Yawalou, elle fait partie du fonctionnement habituel du territoire. « C'est la routine, c'est la saison sèche. Il fait plus chaud, mais il n'y a pas de peur particulière », décrit-il.
Dans cette commune où une grande partie de la population vit dans les villages isolés, les habitants ont leurs propres habitudes pour gérer cette période. « Chacun se débrouille pour avoir l'eau. On fait l'abattis, comme chaque année », résume l'édile.
Les acteurs locaux placent leurs espoirs dans le plan sécheresse préparé par le gouvernement. Une mesure dont la place dans les priorités nationales devra composer avec d'autres urgences climatiques, comme les risques d'incendies en Gironde.

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