Léopold Heder, un bâtisseur visionnaire (1918-1978)
À l'occasion du 48ᵉ anniversaire de la disparition de Léopold Heder, grande figure de la gauche guyanaise, son petit-fils Patrick Lecante lui rend hommage à travers une tribune que nous publions ici.
Ce 9 juin 2026, cela fera 48 ans que disparaissait Léopold Héder, ancien député, sénateur, maire de Cayenne et Président du Conseil Général de la Guyane. C’est aussi l’époux de Nicette Barthélémi décédée ainsi que le père de Josseline Héder, qui nous quittait à l’approche de ses soixante ans.
À ce titre, les parents et amis de cet homme public guyanais, réunis au sein de l’Association de Promotion de l’Œuvre de Léopold Héder (APOLH), ont souhaité lui rendre hommage en publiant un court extrait de ses interventions décisives pour un changement de statut de la Guyane, pour laquelle il avait donné sa vie, jusqu’à son dernier souffle, le 9 juin 1978, à Cambo-les-Bains (France), où il avait été hospitalisé à la suite d’un cancer certainement traité trop tardivement.
Sa fille, Josseline Héder-Mormont et moi-même avons aussi décidé de dresser l’inventaire des archives familiales avec l’aide d’une Historienne guyanaise reconnue, Mme Nathalie Cazelle, lesquelles archives seront par la suite confiées au Musée des Cultures et de la Mémoire qui a la charge de conserver dans les conditions requises, les documents matériels et immatériels du patrimoine guyanais, selon le Code du patrimoine, art. L 212-15 à 212-29, sous l’autorité du Directeur des archives territoriales de Guyane.
En effet, relisant certains documents, il nous est apparu l’impérieuse nécessité de rendre publique cette part de « mémoire oubliée » par nos jeunes générations ou bien par certains qui disent l’Histoire en fonction des opportunités du moment.
Restaurer la Mémoire de Léopold Héder, c’est concevoir tout d’abord ce grand bâtisseur qu’il aura été toute sa vie durant, à la fois pour Cayenne et pour la Guyane tout entière, tant son empreinte locale reste indélébile dans un grand nombre de villes et communes de notre si grand pays.
Je citerai principalement les réalisations en matière d’Aménagement du Territoire :
• la première Rénovation Urbaine des quartiers sud de Cayenne, quartiers bien connus par les guyanais, anticipant de plusieurs décennies les opérations nationales de l'ANRU lancée par le ministre Borloo en 2004 ;
• La réalisation de la route dite de Montsinéry via Tonate-Macouria (RD5), pour permettre le désenclavement de cette partie du territoire du proche littoral ;
• La transformation de la Régie Départementale de l’Eau et de l’Electricité en deux structures de services publics, la SGDE et EDF, permettant ainsi les travaux d’adduction d’eau potable et d’électrification afférents pour les communes de Guyane ;
• L’accompagnement de nombre de communes dans leurs projets urbains comme à Matoury ou bien à Saint-Laurent du Maroni ;
Mais surtout, en sillonnant la Guyane par voie terrestre, fluviale et maritime, Léopold Héder avait su rapprocher les différents peuples qui la composent, Amérindiens, Bushinengues et Créoles grâce à des actions concrètes d’unité guyanaise.
C’est pourquoi, les différents édiles de Guyane ne se sont pas trompés en dénommant Places, rues ou édifices publics de son patronyme : Place L Héder face à la Préfecture en remplacement de la Place de Grenoble ; Ecole L Héder à Montsinéry, institut médico-éducatif à Saint-Laurent du Maroni, ou encore rue L. Héder à Kourou, etc.
La toponymie si importante pour situer les lieux dans leur environnement culturel et politique aura été respectée à plus d’un titre !
Mais l’essentiel de son œuvre aura été de condamner fermement et sans relâche le statu quo départemental qui emprisonnait déjà toutes tentatives de développement économique et social d’un territoire si riche par ses ressources propres et ses Hommes et Femmes de qualité.
C’est Héder le visionnaire qui avait décidé très jeune, dès l’âge de 22 ans, de construire une Guyane plus responsable et plus prospère en animant, aux côtés de Justin Catayée (1916-1962) dont il fut l’ami, le compagnon de route et le suppléant comme député de la Guyane (1962), le Parti Socialiste Guyanais, selon des valeurs humanistes et de progrès social et surtout en réclamant plus d’autonomie dans la gestion administrative et politique du Département de la Guyane. Tant en sa qualité de Président du Conseil Général (1970 à 1973) que de Sénateur de la Guyane (1971 à 1978), il n’aura de cesse de défendre l’idée d’une Guyane Autonome dans la République.
Pour en mesurer la portée historique, je vous livre un extrait, du compte-rendu de la séance extraordinaire du Conseil Général du 17 février 1972 et les délibérations portant rejet de la création et organisation des Régions et proposition d’un projet de loi à soumettre au Parlement, permettant la création d’une collectivité nouvelle dans la République, dénommée « Territoire autonome Guyanais ».

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