À Lakou Palò Ti Moun, les enfants domptent les mots
Du théâtre au slam en passant par le conte et le chant, l'association Atoumo propose aux enfants de 7 à 12 ans d'explorer les arts de la parole et de gagner en confiance à Cayenne
" Tous les matins, je me réveille à 3 heures tellement je suis excitée. " Yana n'a pas attendu longtemps avant de prendre goût à Lakou Palò Ti Moun. Dans la cour de l'association Lavi Lalwèt, située rue Lallouette à Cayenne, les enfants chantent, jouent et répètent leurs textes.
Ce jeudi 23 juillet, la matinée commence avec un atelier chant animé par Clara Nugent, chanteuse et enseignante au conservatoire. Les enfants apprennent deux chansons, dont la comptine créole " Kalawang ", puis découvrent des instruments traditionnels. " La musique est en lien avec les arts de la parole. Elle permet aux enfants de s'exprimer, de bouger et de s'amuser en apprenant ", explique l'intervenante.
Depuis le 15 juillet et jusqu'au 24 juillet, l'association Atoumo organise la première édition de Lakou Palò Ti Moun. Installé au sein de l'association Lavi Lalwèt, à Cayenne, ce centre de loisirs accueille neuf enfants âgés de 7 à 12 ans. Deux ateliers sont proposés chaque jour autour de la lecture, du théâtre, du conte, du slam, de la parole chantée et des fables, en français comme en créole.
" On ne reste pas à bouder "
" On écrit, on lit, on fait du théâtre, on ne reste pas à bouder. C'est plus dynamique ", raconte Tessa. Même les activités qu'elle aime moins peuvent devenir un jeu. " Des fois, on fait des choses qu'on n'aime pas, comme le théâtre, mais en s'amusant. "
Derrière ces activités, l'objectif est de donner aux enfants des bases pour prendre la parole dès le plus jeune âge. " Il faut qu'ils puissent gagner en confiance dans la prise de parole en public et dans l'éloquence ", explique Nathalie Léonard, directrice de l'association Atoumo. Les ateliers doivent aussi permettre aux enfants de développer leur créativité, en écrivant, en illustrant et en jouant.
Depuis le début du stage, les jeunes participants ont travaillé autour du Petit Prince de Saint-Exupéry, en français et en créole, découvert des fables et joué à des jeux traditionnels comme la marelle ou le " Tik-Tok ". Ils ont aussi réalisé une fresque inspirée du concours " Dis-moi dix mots ", autour du thème de la faune en Guyane.
Parmi les mots proposés, les enfants ont choisi " richesse ". Chacun a redessiné une lettre du mot après avoir réfléchi à sa signification. " Richesse de l'amour, richesse de la nature, richesse de la culture ", explique Hélène Contout, membre de l'association.
Des mots, des voix et du vivre-ensemble
La parole sert aussi à transmettre des valeurs. À travers la fable " L'Envol du perroquet meunier ", " Jako-Ményen pran lavòl " en créole, de l'auteur guyanais Pierre-Apollinaire Stephenson, les enfants retiennent une morale : " La persévérance mène au succès."
"On a été à l'écoute de leurs émotions et de leur créativité. Dès le plus jeune âge, on a estimé qu'il fallait que les enfants aient ces pistes-là pour progresser dans une société où il faut s'exprimer tout le temps", poursuit Nathalie Léonard. Le stage entend aussi favoriser le vivre-ensemble. Les enfants, qui ne se connaissaient pas tous avant le début du stage, ont appris à partager les ateliers, les repas et les jeux.
Vers une prochaine édition
" On a mis un point d'honneur à la culture guyanaise ". Pour l'association Atoumo, Lakou Palò Ti Moun s'inscrit dans cet esprit du lakou : un lieu où l'on se retrouve, où l'on partage et où les mots circulent.
La première édition s'achève ce vendredi par une restitution devant les familles et les partenaires. Les enfants présenteront une partie du travail réalisé au cours de ces huit jours. L'expérience pourrait se poursuivre. Plusieurs familles ont déjà demandé une nouvelle édition et des communes se sont rapprochées de l'association pour savoir si le concept pouvait être organisé ailleurs.

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