Village de la langue maternelle à Montjoly : les langues du territoire mises à l'honneur
De 10h à 16h, les plus curieux ont pu s'initier aux onze langues représentées sur le village
Onze langues sont mises à l'honneur, samedi 21 février à l'occasion du village de la langue maternelle, organisé au centre commercial Montjoly 2.
À peine arrivé sur les lieux, le visiteur est accueilli par les sonorités du kali'na.
" Kawana men'po, Palana tipatomi men, Asano elo'po ayenitokai, Apotili sakaulu'ta ", extrait d'un texte écrit par Tawayakalé. Au rythme du sanpula un grand tambour à deux membranes, muni d'une corde de timbre sous laquelle est coincée une fine baguette végétale les mots résonnent avant d'être traduits :
" Petite tortue marine, tu as traversé l'océan, des eaux lointaines. Ta mère t'a déposée ici pour que tu puisses voir le jour, sur cette plage qui fait partie de mon parcours. "
Un récit intime qui témoigne de l'attachement profond de l'auteur à sa langue.
" Beaucoup se sont éloignés de leur langue maternelle. À une époque, nos parents nous interdisaient de la parler pour que l'on s'acclimate mieux au français. Aujourd'hui, pour beaucoup, revenir à leur langue est une démarche volontaire, presque militante. "
Onze langues représentées
De 10h à 16h, les plus curieux ont pu s'initier aux onze langues représentées sur le village. Ateliers, échanges et jeux linguistiques rythment la journée, attirant petits et grands autour des stands.
Pour Néhémie, douze ans, " c'était l'occasion d'en apprendre davantage sur ces langues qu'elle entend au quotidien sans pour autant les comprendre ". C'est tout naturellement qu'elle se dirige d'abord vers le stand consacré au créole guyanais. " Ma maman parle créole guyanais, donc je sais que ce sera plus facile ", confie-t-elle avec assurance.
Mais face aux jeux de devinettes appelés Masak en créole l'exercice se corse rapidement. " Ti koulan anba pon ? " Silence, hésitation… Avant de découvrir la réponse : langue. Un sourire éclaire son visage. Le défi était plus complexe qu'elle ne l'imaginait.
Au stand, Sandrine, de l'association Pépite, engagée dans la valorisation de la langue créole, observe ces échanges avec attention.
" Le créole a beaucoup évolué, avec de nouveaux mots importés d'autres langues. La nouvelle génération, qui n'est pas toujours habituée à le parler, fait donc parfois des erreurs. Nous, nous travaillons avec des élèves dès la grande section, en classe bilingue français-créole. "
À travers ces ateliers, c'est bien plus qu'un apprentissage linguistique qui se joue : une transmission.
Un peu plus loin, c'est le teko qui attire l'attention de la préadolescente, une langue de la famille linguistique tupi-guarani parlée majoritairement à Camopi. Après une dizaine de minutes d'initiation, elle se lance et prononce fièrement un petit bout de conversation : " Idje eledj Néhémie, et Ina'ledje Johnny ", soit " Je m'appelle Néhémie et lui s'appelle Johnny ".
Toutes les cinq minutes, une nouvelle langue se présente à elle : le Ndjuka, le Hmong vert, le Saramaka… Un véritable tour de force pour les organisateurs, qui se réjouissent du succès de l'initiative :
" Ça attire pas mal de monde. Nous avons vu des adultes déjà initiés transmettre leur savoir à des enfants émerveillés, à l'écoute d'histoires dans leur langue maternelle ou dans d'autres langues. Les gens découvrent, et certains reviennent même à leur langue d'origine. C'est vraiment une réussite. "
Aucune certitude ne plane quant au renouvellement de l'expérience l'an prochain, même si les organisateurs affichent une réelle volonté de pérenniser ce type d'événement.

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