Comment un meurtre au squat Bambou a révélé les rouages d'une faction armée brésilienne, plusieurs membres condamnés
Le procès de la FTA s'est déroulé entre le 22 et le 24 juin sous haute sécurité à Cayenne
C'est l'histoire d'un assassinat qui a permis de traduire en justice dix membres d'une faction armée brésilienne. Wemerson Do Rosario Dos Santos était abattu le 16 mars 2024, dans la soirée, au squat Bambou, à Rémire-Montjoly. Son téléphone est trouvé à proximité de son corps. Les investigations réalisées dessus mettent en évidence "son appartenance active à la faction Familia terror do Amapá" (FTA), raconte la procureure de la République, Aline Clérot.
Les données recueillies permettent de recouper de précieuses informations. Plusieurs ressortissants brésiliens et français sont identifiés comme membres de cette faction implantée entre Cayenne et Kourou. Les enquêteurs de la section de recherches de la gendarmerie recueillent des messages, des appels et des déplacements qui ont pour but de préparer meurtres, braquages, extorsions et trafic de stupéfiants.
Guerre entre factions rivales
Entre les 22 et 24 juin 2026, dix hommes qui appartiennent au groupe criminel ont été jugés dans le cadre de cette procédure. Alors que l'affaire relève du correctionnel, les hommes sont jugés dans la salle d'assises. Un dispositif de sécurité particulier est mis en place pour escorter les prévenus. La "participation à une association de malfaiteurs" en vue de la préparation de crimes ou délits sont les principales infractions retenues. Un des crimes en question concerne le projet d'assassinat d'un membre d'une faction ennemie éclaire le Parquet.
La FTA, proche du Primeiro comando da capital (PCC) est connue pour sa rivalité avec le Comando vermelho (CV) et avec une autre faction dénommée Amigos para sempre (APS), elle-même alliée du CV. Cette rivalité a déjà entraîné plusieurs vagues de règlements de compte en Guyane sur fonds de guerre de territoires.
Ce mois de juin, outre l'association de malfaiteurs, certains des hommes comparaissaient pour d'autres faits de vols aggravés et/ou détention d'armes.
Jusqu'à 10 ans de prison et des profils définis
Les principaux suspects ont été condamnés. Parmi eux, ceux que le Parquet considère comme les "deux chefs de la branche de la faction criminelle". "Izi" et "Cabeludo" ont été condamnés à 10 ans d'emprisonnement ferme avec une interdiction définitive du territoire français pour le second. Ces deux hommes appartiennent à un groupe de la FTA appelé "La Finale", assimilé à un état-major. Certains ont été identifiés comme Léandro Pereira Da Silva, chef de la FTA en Guyane, condamné en 2025 à 18 ans de prison. Izi opérait depuis la Guyane, Cabeludo était affecté en France hexagonale, selon les informations transmises par le Parquet.
"Mereca", le lieutenant a été condamné à quatre années d'emprisonnement. Il avait en charge la planification des meurtres, la logistique et l'arrivée des factionnés sur le territoire guyanais.
"Pitbull", le gérant du point de deal du squat Bambou a été condamné à huit ans de prison et à une interdiction définitive du territoire français.
"Cabeca", chef de la branche de Kourou écope de sept ans d'emprisonnement. Son adjoint "Formiga", spécialisé en logistique et "partenaire de crime", a été condamné à cinq ans de prison dont quatre avec sursis probatoire durant deux ans et un an sous bracelet électronique.
La relaxe de trois membres de la faction a été prononcée : "Fumaca", en charge des mules de Kourou ; "Icaro", en charge de la logistique à Kourou et "PK3" , un membre de la faction situé en France hexagonale. Un quatrième homme a été relaxé. Les débats à l'audience ont permis d'établir qu'il n'appartenait finalement pas à la faction.
Trois des principaux suspects ont fait appel de la décision. Me Emile Tshefu défend deux d'entre eux. Il explique : "mes clients contestent les faits. L'un d'entre eux dit n'avoir jamais eu de liens avec la faction."
Affaire à suivre.
Contexte de l'affaire et des factions
"Apparues à la fin des années 70 au sein des prisons brésiliennes, les factions sont implantées depuis 2017/2018 en Guyane. Ces organisations structurées, au fonctionnement hiérarchisé et codifié se sont développées par le biais des principaux trafics illicites, et disposent d'importants moyens financiers. Elles étendent leur influence et cherchent à contrôler les territoires.
La FTA (Familia Terror do Amapá) fait partie des groupes criminels recensés sur le territoire. Chaque membre obéit à des statuts et un code de conduite qui encadrent toutes actions : ils sont inscrits avec les éléments de leur état civil et leur domaine d'action (soutien logistique, homicide, stupéfiants...). Tout individu coupable de trahison est considéré comme " décrétado " et peut à ce titre être éliminé. Ces procédures de recrutement sont similaires à celles des organisations mafieuses.
Les membres de la FTA obéissent à un groupe appelé "La Finale", assimilé à un état major, dont certains ont été identifiés et notamment Léandro Pereira Da Silva, chef de cette faction en Guyane, condamné en 2025 à 18 ans de réclusion criminelle.
L'association de malfaiteurs est la principale infraction retenue dans cette procédure. Constitue une association de malfaiteurs tout groupement fermé ou entente établie en vue de la préparation d'un ou plusieurs crimes ou délits. L'appartenance à un groupe fermé ayant pour activité la commission de vols aggravés, le trafic de stupéfiants ou encore de meurtre constitue l'infraction d'association de malfaiteurs. La connaissance approfondie sur le fonctionnement de la faction, le système de parrainage et de baptême,... témoigne de cette appartenance."
Contexte à cette affaire selon le cabinet de la procureure de la République.

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