« Nous ne réalisons pas encore qu'on ne reverra plus ma fille Ayna »
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TéMOIGNAGE

« Nous ne réalisons pas encore qu'on ne reverra plus ma fille Ayna »

Claudia BELTON
Monique Marcelle, la mère d'Ayna, victime de la fusillade, survenu devant l'épicerie dans la section de Brest, le 30 juin dernier, pleure en silence son enfant.
Monique Marcelle, la mère d'Ayna, victime de la fusillade, survenu devant l'épicerie dans la section de Brest, le 30 juin dernier, pleure en silence son enfant. • CLAUDIA BELTON

Monique Marcelle est la mère de Ayna Joseph, mère de trois enfants, tuée le 30 juin dernier, lors de la fusillade qui a fait deux victimes. Elle témoigne.

Monique Marcelle, 60 ans, mère de Ayna, dont la vie a été volée le 30 juin, devant une épicerie dans le quartier de Brest à Capesterre Belle-Eau, est présente à la marche. Elle reste persuadée que les auteurs qui n'ont toujours pas été identifiés seront retrouvés. Dans le hall de la mairie de Capesterre, vêtue d'un haut blanc et d'un pantalon en jean, elle discute avec un petit groupe de femmes. Elles tentent de la distraire, lui posent des questions, l'obligeant à parler. Elle ne réalise pas encore que sa fille, Ayna est morte, qu'elle ne la reverra plus et que son petit-fils, de 8 ans, bien que sorti d'affaire, reste encore en observation à l'hôpital.

Mère de trois enfants

Les souvenirs affluent comme par vague. Quand la sexagénaire raconte sa fille, ses yeux s'illuminent. « Elle chantait, elle dansait, elle s'amusait », lance-t-elle, la revoyant chanter probablement les chansons de Richard Birman, dont elle suivait l'actualité. Monique ne comprend pas comment sa fille, qui menait une vie simple, sans histoire, a pu faire les frais d'un règlement de compte. « Elle était toujours avec ses amis, elle rendait service, elle déposait les gens quand ils voulaient aller quelque part même si elle avait ses enfants. Ses trois garçons l'accompagnaient partout. Ils ont tué une innocente, elle n'avait rien avec personne. Elle n'avait jamais d'ennuis avec les gens ». Ayna aurait eu 39 ans, en septembre. Mère célibataire, elle ne travaillait pas. La mère et la fille habitaient dans deux bâtiments distincts qui se faisaient face au petit Marquisat. Une situation pratique pour la jeune mère, qui pouvait laisser ses enfants en toute sécurité.

« Son fils de 8 ans, qui a été blessé lors de la fusillade, est toujours à l'hôpital. Dieu merci, la balle n'a touché aucun de ses organes », raconte Monique. Quand on l'a appelée pour lui annoncer que sa fille, sa première, avait pris une balle, elle n'a pas compris. « Pour moi, elle était juste blessée, poursuit-elle, soit au bras, soit à la jambe. Dans ma tête, je ne pensais pas que ma fille était morte » et en arrivant sur place devant l'épicerie, elle découvre à terre le corps inerte de Ayna. « Elle est morte sur le coup, dit-elle. L'autre victime était sa copine. Je ne la connaissais pas particulièrement. Comme j'aime à dire, ses amis étaient ses amis, mes amis sont mes amis ».

« Dieu est grand »

Et puis soudain, un souvenir lui revient en tête. « Elle aimait Richard Birman, insiste Monique, elle en était fan, partout où il se produisait, elle y allait là, il n'y a pas longtemps, au Gosier, elle est allée le voir. Et on la laissait entrer parce que c'était une jeune femme qui avait la joie de vivre ». Dans la famille, on évite le sujet de sa mort. Il est trop douloureux. Chacun semble garder sa peine, et essaie de la gérer, comme il peut. « Ses frères et sœurs sont là, mais je ne sais pas ce qui se passe dans leur cœur, admet Monique, même le fils aîné de Ayna, je ne sais pas ». Comment expliquer à cet enfant qu'une quinzaine de balles a été tiré et que sa mère est tombée sous une ou plusieurs. Son seul « tort » a été d'être au mauvais endroit au mauvais moment, une victime collatérale, en somme. « La plupart d'entre nous n'avons pas réalisé que nous ne la verrons plus, reconnaît-elle enfin, cherchant à cacher sa douleur. On fait avec. Dieu est grand. J'ai la foi. J'espère que Dieu fera justice et qu'on retrouvera les auteurs. On les trouvera, je sais qu'on les retrouvera, on ne prend pas la vie de quelqu'un comme ça. Non. Dieu rendra justice ».

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