Grand-Santi, du hameau à la ville
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Grand-Santi, du hameau à la ville

Eugène Épailly

Découvrez Grand-Santi à travers le récit de notre historien Eugène Épailly

La maison de la famille créole, les Danièle fondatrice d’un pan du noyau humain qui fut longtemps l’épicentre de colonies humaines jetées sur la rive droite du Lawa résiste au temps qui passe. La gendarmerie ancien tampon et vigie culturel de ces deux mondes a maintenu le cap contre crues et courants. Ici, des enseignants s’échinent au service de la République au milieu d’une foule de jeunes jaillie des innombrables cours d’eau du plus grand fleuve des deux Guyanes. Ils circulent dans les rues aux toponymes dédiés à la gloire d’illustres personnages locaux entrés seulement dans l’histoire locale. Grand Santi en « ex pays » Djuka vous entre-ouvre ses nouveaux bras !

Engloutie l’école en planche où « Maître Gustave Ho Fong Choy et Maître François Louis Marie » » ont débuté leur carrière d’instituteur spartiate. Aujourd’hui, ce sont pas moins 800 élèves de groupes scolaires qui sont sortis des sables. Ils sont baptisés : Castor, Fanko. Plus loin sur le fleuve, Apaguy et Monfina ont pris le relais dans des “Campoes” où des enseignants parfois heureux, parfois déçus, chargés de mélancolie du trait de côte, s’emploient intégrer au sein de la République en “marche” des enfants qui préfèrent les bancs de Jules Ferry aux travaux des abatis. Plus loin, à l’Est de la ville, dans une ancienne plaine alluvionnaire de sable charrié par un ancien cours d’eau, le collège flambant neuf de Grand Santi. Un bon demi millier, (497), d’enfants aux couleurs “auriverde” envahissent l’artère qui remonte une ancienne dune de sable en podzolisation.

La langue de Voltaire n’est pas le ciment de République ici. La langue régionale fait rage ! “Taki Taki” ? dis-je. “Monsieur, cette expression ne signifie rien. Il faut dire you taki Djouka”, rétorque deux petites déjà bien programmées aux joutes oratoire. On fait connaissance. La première chaussée de lunettes très « design » veut être avocate. La seconde annonce sans l’ombre d’un doute : « Moi, journaliste ! “Lookou” ; « regarde » ! Vous m’emmenez au collège saluer votre Principale qui porte un nom bien de chez nous : “Atticot”. Et nous voilà partis pour une visite de courtoisie improvisée, au milieu d’enfants qui nous demandent, de manière finement programmée, une intercession, afin d’excuser leur retard en salle de classe. Le surveillant ne vérifie ni identité ni carnet de correspondance. Le tour de passe-passe a réussi, le cours est sauvé ! Pas de regrets ! Des projets vont fleurir de cet instant hors du temps calendaire.

Au milieu de ces collégiens d’Achmat Kartadinama qui déambulent plus loin, sur la petite côte qui conduit au coeur de la cité, un jeune homme, pas plus grand que ses propres et beaux élèves, nous interpelle. Il vient de l’Amapa voisin ; de la ville de Macapa. Autrefois étudiant de l’UNIFAP ; l’Université Fédérale de l’Amapa, puis, professeur de français dans le Territoire Contesté, il a choisi dans un premier temps, un poste d’assistant en langue portugaise au lycée Melkior et Garré. Depuis novembre 2018, il enseigne 18 heures de « Lettres Modernes », de la sixième à la troisième. Angleson De Souza Lima est une figure de proue de la coopération transfrontalière. Le Macapaense s’en tire fort bien fort bien, même si en bon Brésilien, tout est “saudade” de tout ; c’est la fameuse nostalgie : « Depuis toujours, je m’intéressais à la Guyane plutôt que la France. La Guyane comme le Brésil est multiculturelle. […]. Je compte beaucoup apprendre de cette expérience, car je vous l’affirme, ce n’est pas très évident de vivre sur un site isolé. Mais, je veux aider la Guyane qui m’a confié un poste important qui me permet d’aider les élèves à s’ouvrir au monde, […]. » Au final, amoureux de la Guyane, depuis les premières conférences de la Semaine de la Francophonie dans la capitale de l’Amapa où nous l’avions identifié, il rêve de s’installer sur les bordures des plateaux des Guyanes. Ce second baptême dans les eaux autrefois limpides du « Wata Lawa » risque de sceller l’alliance définitive dont il rêvait entre les bouches de l’Amazone et celle du Maroni.

A Grand Santi, il y aussi trois autres mondes. Le premier est celui de toutes ces jeunes femmes qui déambulent dans le centre névralgique de la Mairie communale. Elles sont le plus souvent jeunes et jeunes mamans. Elles font la queue devant les bureaux. Le conseiller du premier magistrat reçoit à tour de bras, des citoyens en mal de régularisation. Plus loin à quelques encablures des berges, une jeune fille originaire de Saint-Laurent tente de nous expliquer sa vie pleine d’insouciance avec une déscolarisation prématurée. Elle gère tant bien que mal son enfant endormi, la nièce et les tâches ménagères. Elle est à peine sortie de l’adolescence et circule quelque part entre Paramaribo, le Bas Maroni et sa sous-préfecture, Grand Santi en bout de périple. Elle ne bénéficie pas d’avantages sociaux pour survivre, mais elle fourbit ses armes. On la croit !

Dans la rue adjacente, un homme déambule, à la main, un parapluie qui pourrait être une arme de guerre. Il est chercheur d’or de la rive d’en face. Il vit à Grand Santi, mais ne parle pas un traitre mot de la langue du pays qu’il parcourt à l’aise comme un aïmara dans le saut Poligoudoul : « Mi e woko na Njubula-pang gotoe busi » ; « je travaille à Njubula-Pang », déclare le Surinamais sans frontière. Il me montre en amont du fleuve, une zone turbide réputée pour ses plages fluviale où 300 ouvriers de mine d’or travailleraient en toute illégalité reconnue. Le chauffeur qui nous conduits vers l’avion traîne ce métal tiré de la zone et monté sur une chevalière d’une quarantaine de grammes serties de minuscules pépite. Des grains d’or en veux-tu en voilà ! C’est cela troisième monde d’ici. Mais à Grand Santi, nous réserve une autre surprise !

Depuis 1975, Grand-Santi l’anonyme a grandi à pas de géant. La halte de pirogues où personne ne s ‘attardait de trop est devenue un véritable noyau urbain avec une périphérie naissante à Anakondé plus à l’Est, bien loin des pieds du massif des Attachi Baka. Même si le seul rond-point semble manifester une velléité urbanistique, force est de reconnaitre que la population a pris à bras le corps son habitat, celui de ses rêves. La culture du bois et de la forêt a cédé le pas au tout béton. Développement durable ! Nous y sommes. Tout semble construit pour durer : Fondation en béton, mur en béton et parpaings compacts pleins, aux normes visiblement locales. La matière première est abondante ; Le sable blanc du bouclier géologique des plateaux des Guyanes abonde. Le gravier extrait des sites aurifères et des gravières fluviales coule sous les pieds des passants. La centrale à béton qui semble encore neuve, mais qui a tant tourné, aussi vite implantée aussi vite abandonnée après service rendue, défie les visiteurs de passage. La main d’oeuvre est courageuse et entreprenante.

Depuis 1975, Grand-Santi l’anonyme a grandi à pas de géant. Découvrez la commune à travers le récit de notre historien Eugène Épailly. 


La maison de la famille créole, les Danièle fondatrice d’un pan du noyau humain qui fut longtemps l’épicentre de colonies humaines jetées sur la rive droite du Lawa résiste au temps qui passe. La gendarmerie ancien tampon et vigie culturel de ces deux mondes a maintenu le cap contre crues et courants. Ici, des enseignants s’échinent au service de la République au milieu d’une foule de jeunes jaillie des innombrables cours d’eau du plus grand fleuve des deux Guyanes. Ils circulent dans les rues aux toponymes dédiés à la gloire d’illustres personnages locaux entrés seulement dans l’histoire locale. Grand Santi en « ex pays » Djuka vous entre-ouvre ses nouveaux bras !
Engloutie l’école en planche où « Maître Gustave Ho Fong Choy et Maître François Louis Marie » » ont débuté leur carrière d’instituteur spartiate. Aujourd’hui, ce sont pas moins 800 élèves de groupes scolaires qui sont sortis des sables. Ils sont baptisés : Castor, Fanko. Plus loin sur le fleuve, Apaguy et Monfina ont pris le relais dans des “Campoes” où des enseignants parfois heureux, parfois déçus, chargés de mélancolie du trait de côte, s’emploient intégrer au sein de la République en “marche” des enfants qui préfèrent les bancs de Jules Ferry aux travaux des abatis. Plus loin, à l’Est de la ville, dans une ancienne plaine alluvionnaire de sable charrié par un ancien cours d’eau, le collège flambant neuf de Grand Santi. Un bon demi millier, (497), d’enfants aux couleurs “auriverde” envahissent l’artère qui remonte une ancienne dune de sable en podzolisation.
La langue de Voltaire n’est pas le ciment de République ici. La langue régionale fait rage ! “Taki Taki” ? dis-je. “Monsieur, cette expression ne signifie rien. Il faut dire you taki Djouka”, rétorque deux petites déjà bien programmées aux joutes oratoire. On fait connaissance. La première chaussée de lunettes très « design » veut être avocate. La seconde annonce sans l’ombre d’un doute : « Moi, journaliste ! “Lookou” ; « regarde » ! Vous m’emmenez au collège saluer votre Principale qui porte un nom bien de chez nous : “Atticot”. Et nous voilà partis pour une visite de courtoisie improvisée, au milieu d’enfants qui nous demandent, de manière finement programmée, une intercession, afin d’excuser leur retard en salle de classe. Le surveillant ne vérifie ni identité ni carnet de correspondance. Le tour de passe-passe a réussi, le cours est sauvé ! Pas de regrets ! Des projets vont fleurir de cet instant hors du temps calendaire.
Au milieu de ces collégiens d’Achmat Kartadinama qui déambulent plus loin, sur la petite côte qui conduit au coeur de la cité, un jeune homme, pas plus grand que ses propres et beaux élèves, nous interpelle. Il vient de l’Amapa voisin ; de la ville de Macapa. Autrefois étudiant de l’UNIFAP ; l’Université Fédérale de l’Amapa, puis, professeur de français dans le Territoire Contesté, il a choisi dans un premier temps, un poste d’assistant en langue portugaise au lycée Melkior et Garré. Depuis novembre 2018, il enseigne 18 heures de « Lettres Modernes », de la sixième à la troisième. Angleson De Souza Lima est une figure de proue de la coopération transfrontalière. Le Macapaense s’en tire fort bien fort bien, même si en bon Brésilien, tout est “saudade” de tout ; c’est la fameuse nostalgie : « Depuis toujours, je m’intéressais à la Guyane plutôt que la France. La Guyane comme le Brésil est multiculturelle. […]. Je compte beaucoup apprendre de cette expérience, car je vous l’affirme, ce n’est pas très évident de vivre sur un site isolé. Mais, je veux aider la Guyane qui m’a confié un poste important qui me permet d’aider les élèves à s’ouvrir au monde, […]. » Au final, amoureux de la Guyane, depuis les premières conférences de la Semaine de la Francophonie dans la capitale de l’Amapa où nous l’avions identifié, il rêve de s’installer sur les bordures des plateaux des Guyanes. Ce second baptême dans les eaux autrefois limpides du « Wata Lawa » risque de sceller l’alliance définitive dont il rêvait entre les bouches de l’Amazone et celle du Maroni.
A Grand Santi, il y aussi trois autres mondes. Le premier est celui de toutes ces jeunes femmes qui déambulent dans le centre névralgique de la Mairie communale. Elles sont le plus souvent jeunes et jeunes mamans. Elles font la queue devant les bureaux. Le conseiller du premier magistrat reçoit à tour de bras, des citoyens en mal de régularisation. Plus loin à quelques encablures des berges, une jeune fille originaire de Saint-Laurent tente de nous expliquer sa vie pleine d’insouciance avec une déscolarisation prématurée. Elle gère tant bien que mal son enfant endormi, la nièce et les tâches ménagères. Elle est à peine sortie de l’adolescence et circule quelque part entre Paramaribo, le Bas Maroni et sa sous-préfecture, Grand Santi en bout de périple. Elle ne bénéficie pas d’avantages sociaux pour survivre, mais elle fourbit ses armes. On la croit !
Dans la rue adjacente, un homme déambule, à la main, un parapluie qui pourrait être une arme de guerre. Il est chercheur d’or de la rive d’en face. Il vit à Grand Santi, mais ne parle pas un traitre mot de la langue du pays qu’il parcourt à l’aise comme un aïmara dans le saut Poligoudoul : « Mi e woko na Njubula-pang gotoe busi » ; « je travaille à Njubula-Pang », déclare le Surinamais sans frontière. Il me montre en amont du fleuve, une zone turbide réputée pour ses plages fluviale où 300 ouvriers de mine d’or travailleraient en toute illégalité reconnue. Le chauffeur qui nous conduits vers l’avion traîne ce métal tiré de la zone et monté sur une chevalière d’une quarantaine de grammes serties de minuscules pépite. Des grains d’or en veux-tu en voilà ! C’est cela troisième monde d’ici. Mais à Grand Santi, nous réserve une autre surprise !
Depuis 1975, Grand-Santi l’anonyme a grandi à pas de géant. La halte de pirogues où personne ne s ‘attardait de trop est devenue un véritable noyau urbain avec une périphérie naissante à Anakondé plus à l’Est, bien loin des pieds du massif des Attachi Baka. Même si le seul rond-point semble manifester une velléité urbanistique, force est de reconnaitre que la population a pris à bras le corps son habitat, celui de ses rêves. La culture du bois et de la forêt a cédé le pas au tout béton. Développement durable ! Nous y sommes. Tout semble construit pour durer : Fondation en béton, mur en béton et parpaings compacts pleins, aux normes visiblement locales. La matière première est abondante ; Le sable blanc du bouclier géologique des plateaux des Guyanes abonde. Le gravier extrait des sites aurifères et des gravières fluviales coule sous les pieds des passants. La centrale à béton qui semble encore neuve, mais qui a tant tourné, aussi vite implantée aussi vite abandonnée après service rendue, défie les visiteurs de passage. La main d’oeuvre est courageuse et entreprenante.

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