Un pas de plus vers le Panthéon pour Eugénie Tell-Éboué
Eugénie Tell-Éboué, résistante et femme politique dont le parcours reste moins connu que celui de son mari.
Durant des décennies, cette salle de réunion et de réception a porté le seul nom de Félix Éboué, dont le portrait dominait le mur. Désormais, au premier étage du ministère, les portraits des deux époux accueillent les visiteurs. Une exposition, constituée notamment de documents mis à disposition par Marie-Françoise Éboué, archiviste de la famille, retrace également leur vie et leurs combats.
Pour la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, ce changement de nom vient réparer une injustice mémorielle. « Je crois que ces trois mots disent mieux qu'un long discours. Car ceux-là ont tout partagé, une vie, une famille, une conviction, des épreuves, la guerre et, lorsque la France s'est effondrée, le choix de ne pas céder. C'est une réparation de l'histoire », a-t-elle déclaré lors de l'inauguration.
« Elle est une grande femme de notre histoire. À partir d'aujourd'hui, pour rentrer dans cette salle, il faudra passer entre les deux, comme un rappel silencieux », a également expliqué Naïma Moutchou.
Une mémoire moins présente dans l'espace public
La vie et le parcours de Félix Éboué sont largement connus. Grand résistant, compagnon de la Libération, il est le premier Guyanais à reposer au Panthéon et de nombreux lieux dans l'espace public portent son nom. « Nous la remettons à ses côtés », a souligné la ministre.
La mémoire d'Eugénie Éboué-Tell reste, elle, moins présente. À Paris, une impasse du 12e arrondissement porte son nom, ainsi qu'une crèche rue Amelot, dans le 11e arrondissement. Son nom est également présent à Bordeaux. La ville de Massy a inauguré un boulevard Eugénie-Éboué-Tell et, plus récemment, une rue a été baptisée en son honneur à Asnières-sur-Seine, où elle a siégé au conseil municipal. Un collège porte également son nom à Saint-Laurent-du-Maroni.
Résistante et femme politique, Eugénie Éboué-Tell a été députée de la Guadeloupe, sénatrice et membre du Conseil économique et social.
Elle a également été conseillère municipale de Grand-Bourg de Marie-Galante à partir de 1945 et conseillère municipale d'Asnières-sur-Seine, élue à deux reprises, en 1959 et 1965.
Elle meurt le 20 novembre 1972 à Pontoise. Ses obsèques se déroulent à quelques mètres du ministère des Outre-mer, à l'église Saint-François-Xavier. Elle repose depuis au cimetière de Pantin.« De les voir ainsi réunis et mis en avant au sein de la Direction générale des Outre-mer me paraît être un moment plus qu'important », a déclaré Guillaume Villemot, commissaire de l'exposition. Pour une femme de cette époque, son parcours est qualifié d'exceptionnel.
L'espoir d'une entrée au Panthéon
Cette inauguration relance également l'appel en faveur de la panthéonisation d'Eugénie Éboué-Tell. Institutrice, infirmière, résistante, condamnée à mort sous Vichy par contumace et femme politique, elle fut notamment l'une des premières femmes noires députées en France, avant de devenir sénatrice. La demande de panthéonisation a reçu plusieurs soutiens.
Elle a notamment été portée par Sébastien Lecornu lorsqu'il était ministre des Outre-mer. Manuel Valls a lui aussi engagé ce travail. Naïma Moutchou entend désormais poursuivre et accompagner cette démarche. Le dossier est aujourd'hui à l'Élysée, dans l'attente d'une décision du président de la République, Emmanuel Macron. « Cela aurait énormément de sens qu'une des dernières panthéonisations dans le calendrier du président de la République soit celle d'Eugénie Éboué-Tell. Ce sera un hommage ultramarin qui n'a jamais été rendu sur les dix dernières années de la présidence du chef de l'État », a expliqué Guillaume Villemot, président du comité de soutien à la panthéonisation d'Eugénie Éboué-Tell.
Dans la salle, les deux époux apparaissent désormais côte à côte à travers deux portraits signés du street artist C215. Pour les soutiens à la panthéonisation, l'objectif est aussi symbolique : permettre à Eugénie de rejoindre Félix au Panthéon. « C'est un moment qu'on demande, non pas pour faire une grande histoire, mais surtout pour réunir les époux. J'aimerais bien », a expliqué Marie-Françoise Éboué, qui portait la croix de Lorraine sur sa veste. Au-delà de son engagement dans la Résistance, Eugénie Éboué-Tell a défendu l'accès à la culture, l'égalité de traitement et le désenclavement des Outre-mer. « Elle a demandé à la République de tenir sa promesse pour tous », a résumé Naïma Moutchou.
« Aujourd'hui, nous ne donnons pas simplement leurs noms à une salle. Nous mettons côte à côte deux destins qui n'auraient jamais dû être séparés, deux vies, deux résistants, un même courage, une même idée de la France. Et désormais, ici, une même porte que je suis très fière d'ouvrir avec vous », a conclu la ministre.
Un documentaire consacré à Eugénie Éboué-Tell sera projeté dans la salle Eugénie et Félix Éboué le 24 septembre prochain, a annoncé Naïma Moutchou.

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