Dépression périnatale : « Tout va bien ». Pourtant rien ne va
Derrière l'image de la maternité joyeuse, une souffrance psychique peut s'installer dès la grossesse ou après l'accouchement. Il faut apprendre à la repérer, à la dire et savoir vers qui se tourner
Une mère vient d'accoucher. Son bébé est en bonne santé. Pourtant, elle pleure, elle se sent seule, mais elle ne pense pas avoir besoin d'aide psychologique. Et cette autre femme qui est enceinte. Elle ne se lève plus depuis plusieurs semaines, n'a plus goût à rien et ignore vers qui se tourner.
Périnatal et post-partum
Pour les médecins, sages-femmes, puéricultrices, etc., l'objectif est de mieux repérer et accompagner la dépression périnatale. C'est-à-dire les troubles qui surviennent au cours de la période qui entoure la naissance : elle commence pendant la grossesse et se poursuit après l'accouchement. La dépression périnatale peut donc comprendre les semaines ou les mois avant la naissance de l'enfant comme après, lorsque l'on parle notamment de dépression post-partum.
Pas un petit mal-être
Repérer les signes de la dépression ne commence donc pas à la maternité, lorsque l'enfant est né. Nadia Keita, sage-femme et directrice de la Maison des 1 000 Premiers Jours de Guadeloupe, rappelle le rôle des sages-femmes. Formées à repérer les pathologies physiques comme psychologiques, elles n'ont pas toujours le temps ou les moyens d'assurer elles-mêmes l'accompagnement. Mais elles peuvent orienter la mère vers un professionnel ou un dispositif adapté. « Le dépistage est fondamental, car on ne parle pas simplement de petits mal-être. Les conséquences peuvent être très graves. Il faut donc repérer ces vulnérabilités psychiques suffisamment tôt pour agir de manière adaptée », insiste-t-elle.
« Il faut arrêter de dire que la grossesse, c'est génial, tout va bien »
Si les professionnels de santé sont formés pour repérer la souffrance psychique, les premiers interlocuteurs restent les proches. Or, une forme de pression peut parfois s'exercer dans l'entourage, sans même que celui-ci en ait conscience. Pour la Dr Aurélia Halley Le Cam, psychiatre à l'EPSM de Guadeloupe, l'une des difficultés tient justement à cette représentation encore tenace de la maternité comme une période nécessairement heureuse. « Il faut absolument arrêter de dire que la grossesse, c'est génial, c'est merveilleux, tout va bien », insiste-t-elle. Une mère peut avoir donné naissance à un enfant en bonne santé et aller mal.
« Moi, ça ne va pas du tout »
Alors, la jeune mère s'interroge, se juge, hésite à répondre autrement que par un large sourire aux : « Ton bébé est en bonne santé, de quoi te plains-tu ? », « Tu vas voir, c'est fabuleux », autant de paroles qui se veulent rassurantes, mais qui deviennent des injonctions lorsque la mère ne se reconnaît pas dans le bonheur qu'on lui prête. Le Dr Halley Le Cam rapporte ainsi avoir encore entendu, dans le milieu hospitalier, l'incompréhension face à une mère qui pleure alors que son enfant est en bonne santé. « Ces paroles-là, elles restent, elles sont ancrées », observe-t-elle. « La société exerce une pression sur la femme enceinte et sur la jeune mère », ajoute-t-elle. Et cette pression rend difficile de se confier, de dire sans crainte ni honte : « En fait, ça ne va pas. Moi, ça ne va pas du tout. »
Et si le père ne s'implique pas ?
Reste une situation fréquente dans les cas soumis aux professionnels : que se passe-t-il lorsque la mère attend le soutien de son conjoint, mais que celui-ci ne comprend pas ce qu'elle traverse ou reste en retrait ? Pour Nadia Keita, le père ne doit pas être envisagé uniquement comme celui qui doit " accompagner la maman " : lui aussi traverse une période de transformation et peut avoir besoin d'un espace pour comprendre ce qu'il vit. " Il nous arrive de recevoir les pères seuls ", indique par ailleurs le Dr Halley Le Cam. Mais le décalage peut demeurer. " On vit le même moment, mais [...] nous ne vivons pas les mêmes réalités ", résume Nadia Keita, la directrice des 1 000 Premiers Jours. " Le compagnon n'est pas toujours la personne la mieux placée pour accompagner. Il n'a peut-être pas été habitué à être dans l'écoute ou peut se sentir mal à l'aise parce qu'il ne sait tout simplement pas quoi répondre. Et quand on est mal à l'aise, parfois, on fuit ", explique-t-elle. Dans ce cas, l'intervention d'un tiers et l'existence d'un " espace neutre " peuvent permettre de soutenir la mère, recréer un réseau, tout en aidant chacun à comprendre ce qui se passe.
Une grossesse heureuse ne constitue pas une assurance
Faut-il avoir connu une grossesse difficile pour développer une dépression après l'accouchement ? Les propos du Dr Halley Le Cam invitent plutôt à se méfier d'une relation aussi mécanique. La grossesse constitue déjà en elle-même une période de profonds changements corporels et psychiques. La psychiatre évoque la " transparence psychique ", période durant laquelle peuvent notamment ressurgir des traumatismes ou des expériences anciennes. " La grossesse constitue déjà en elle-même une période complexe. Lorsqu'elle s'inscrit dans un contexte de vulnérabilités médicales, psychologiques ou sociales, le risque de dépression augmente, avec de possibles répercussions sur la construction précoce du lien mère-enfant, puis sur le développement de l'enfant et à plus long terme, sur l'adulte et le parent qu'il deviendra ", explique-t-elle.

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