Créole à l'école : les décennies du rejet en Martinique (1)
L'école a mené pendant des décennies une guerre contre la langue et la culture créoles sur fond d'assimilation à la métropole française. Puis s'y est produit un retournement paradoxal : le « parler populaire stigmatisé » s'est mué en langue littéraire et académique légitime.
«Raphaël, le créole est un patois de nègres sauvages et de coulis malpropres, [...] tu ne vois pas que les gens qui se respectent ne s'abaissent pas à l'utiliser ? »
Cette phrase martelée avec mépris par « Mamzelle Hortense », la maîtresse d'école, dans Ravines du devant-jour, récit autobiographique de Raphaël Confiant (1), révèle l'état d'esprit qui a prévalu pendant des décennies dans l'école républicaine qui imposait le français tout en réprimant la langue maternelle des enfants. Le créole était alors perçu et traité par l'institution comme une langue « interdite » ou un patois à bannir des cours et de la classe. Entre environ 1880 et 1950, l'usage du créole a été formellement proscrit dans les établissements scolaires. Et bien des années après, les enseignants ont continué à refouler le créole en affirmant que parler cette langue rappelait...

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