Éric et Lorena ont été pris en photo par la police brésilienne hier (DR)
Éric et Lorena, 4 et 5 ans, n'ont pas été enlevés par deux hommes armés. Il s'agit d'une invention d'une partie de la famille.
« C'était complètement bidon » , soupire une source. Le procureur confirme et va plus loin : « On avait mis des gros moyens. » Seulement voilà. Une semaine après les faits, les gendarmes ont compris que le supposé enlèvement des deux enfants ne s'était pas passé comme cela leur avait été raconté. On s'en souvient, Éric et Lorena, 4 et 5 ans, vivaient chez la tante de leur mère, dans une maison du bourg de Montsinéry*. La mère, présentée comme une femme vivant dans des conditions précaires incompatibles avec l'éducation d'enfants, avait remis ses deux enfants à sa tante.
La mère, âgée d'une vingtaine d'années, vit au quartier Cogneau-Lamirande (Cayenne). Et voilà donc que la grand-tante a expliqué aux gendarmes qu'un commando de deux hommes encagoulés et armés avaient fait irruption mardi 28 janvier et avaient enlevé les deux enfants.
EXFILTRÉS VERS LE BRÉSIL AVANT MÊME LE SIGNALEMENT
En creusant un peu, les enquêteurs se sont rendus compte que les choses s'étaient passées fort différemment. En fait, de manière tout à fait pacifique, les enfants ont été exfiltrés la veille de la déclaration de leur enlèvement, peut-être même quelques jours plus tôt. Éric et Lorena ont été remis à une passeuse qui les a fait traverser l'Oyapock. Une fois au Brésil, les deux enfants ont été remis à leur père, qui vit à Macapá.
Dans cette affaire, certains membres de la famille du père, comme d'autres appartenant à la famille de la mère, seraient complices. En audition, ils auraient fini par avouer que l'enlèvement était une pure invention. La mère des enfants y est complètement étrangère.
DES POURSUITES ENVISAGÉES
C'est parce le placement dans une famille d'accueil était imminent, que le père, qui n'aurait pas reconnu les enfants à leur naissance, aurait eu l'idée de les faire venir au Brésil. Une procédure internationale a été lancée. La police brésilienne a constaté hier que les enfants étaient bien chez cet homme. Ils sont en bonne santé.
Toujours est-il que comme il n'a pas reconnu ses enfants, il n'est donc pas le responsable légal d'Éric et Lorena. Le procureur envisage donc de le poursuivre pour « enlèvement et séquestration » , ce qui est un crime.
Les autres membres de cette manoeuvre pourraient être poursuivis pour « dénonciation d'un crime imaginaire » . Le parquet se réserve la possibilité de les poursuivre également pour « complicité d'enlèvement et séquestration » .
Nos éditions des 30 et 31 janvier.
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