Des témoignages accablants pour les gendarmes mobiles
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CAYENNE

Des témoignages accablants pour les gendarmes mobiles

Sébastien ROSELÉ
Jonathan, sur son lit d'hôpital, hier après-midi. La bagarre a éclaté sur la place Mentel, près du Domino (SR)
Jonathan, sur son lit d'hôpital, hier après-midi. La bagarre a éclaté sur la place Mentel, près du Domino (SR)

Une bagarre a éclaté dans la nuit de jeudi à vendredi opposant une quinzaine de gendarmes mobiles à un groupe de jeunes (1) . Selon ces derniers, les militaires se seraient acharnés sur eux.

Jeudi, c'était l'anniversaire de Yohan, 22 ans. Alors, tous ses amis ont bu une coupe de champagne avant d'aller prolonger la fête au Domino, célèbre bar dansant de la place Mentel. Yohan coupe court à tout début de controverse : « Sur l'ensemble de la soirée, on a bu chacun deux verres. »
Cette fameuse nuit de jeudi à vendredi, il était 1 h 30 quand Jordan et Yohan sortent du bar. C'est là qu'ils croisent un groupe d'une dizaine d'hommes dont ils apprendront bien plus tard qu'il s'agissait de gendarmes mobiles venus de Gironde et qui fêtaient leur fin de mission en Guyane. On ne va pas s'étendre sur les injures et autres humiliations à connotation sexuelle que les mobiles auraient lancées aux deux jeunes hommes. La pluie a commencé à tomber et tout le monde est allé s'abriter sous les carbets du marché. « Ils ont continué à nous insulter et nous ont jeté des bouteilles de bière qui sont venues se casser à nos pieds » , poursuit Yohan.
C'est là qu'arrive Jonathan, 21 ans, frère jumeau de Jordan. Lui, il nous l'a dit simplement hier sur son lit d'hôpital, alors qu'il tentait péniblement d'ingurgiter son repas avec une paille : « Je ne me souviens plus de rien. » Jonathan arrive, donc. Il voit la scène (les bouteilles, les insultes) et lance à son frère et son camarade : « Qu'est-ce qu'il se passe ? Il y a un problème ? » La soirée bascule. Tandis qu'un groupe de militaires encercle Yohan (certains lui faisant une clé de bras tandis que les autres lui administrent des coups de poing), d'autres rattrapent Jonathan. Roxane et Marina, les deux filles du groupe d'amis, sortent à ce moment-là. « Jonathan a reçu des coups alors qu'il courait, dit l'une d'elles. Un gars s'est mis en travers de son chemin. » Il a continué à être frappé, raconte tous ces témoins, jusqu'à tomber au sol, inconscient. Sa tête a rebondi sur le macadam.
Le plus grave commence maintenant. Selon les cinq personnes vues hier, les mobiles se seraient acharnés sur Jonathan, lui écrasant la tête avec leurs chaussures ou lui donnant des coups de pied. Marina a cru entendre l'un d'eux dire « Je vais le crever. » . Elle a hurlé « Appelez la police, appelez les pompiers! » Les gendarmes mobiles seraient tous partis en courant, dans différentes directions. Tout le Domino est sorti dehors.
Vendredi, on en était à quarante jours d'incapacité totale de travail pour Jonathan. Selon ses parents, ce sera sans doute six mois, dont trois mois à manger avec une paille. Sa mâchoire est brisée en trois. Il a perdu trois dents. Il sera opéré mercredi. Le parquet, la gendarmerie et la police rapportaient vendredi que c'était la bande de jeunes qui était à l'origine de la bagarre et que les mobiles ne s'étaient que défendus*. Le père de Jordan lâche froidement : « C'est étonnant que pour des gens qui n'avaient rien à se reprocher, ils n'étaient plus là quand la police est arrivée. » Les gendarmes en question, originaires de La Réole, du côté de Bordeaux, ont repris l'avion dès vendredi soir. En catimini, ajoute le père. Une certitude dans cette affaire : personne n'a été placé en garde à vue.
Selon la famille de Jonathan, le médecin légiste, qui l'a longuement examiné, a déclaré que ses blessures avaient été faites par un ou des coups de pied. En tout cas pas par un coup de poing comme l'affirment les mobiles. Le rapport médical en question est pour le moment entre les mains de la police. Le frère et le camarade de Jonathan ont eux aussi été blessés. Fracture de la mâchoire pour le premier, et déchirures de ligaments en divers endroits du corps pour le second. Ils ne sont pas hospitalisés.
(1) Lire notre édition de ce week-end.
(Sébastien Roselé)
(Sébastien Roselé)

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