Les Guyanes, cinq siècles d'histoire en débat à l'Université de Guyane
Un événement qui se déroule les 18 et 19 juin
L'Université de Guyane accueille les 18 et 19 juin, dans l'amphithéâtre M de son campus de Troubiran à Cayenne, le colloque international " Les Guyanes (XVe-XXIe siècles). Territoires, dynamiques historiques, anthropologiques et culturelles ". Portée par le professeur Jean Moomou et le professeur Anakesa Apollinaire, cette rencontre réunit pendant deux jours des chercheurs venus de Guyane, du Suriname, du Guyana, du Brésil, du Venezuela, des Antilles, d'Europe et d'Amérique du Nord autour d'un même objectif : mieux comprendre l'histoire, les sociétés et les transformations du plateau des Guyanes.
À travers une quarantaine de communications, le colloque entend replacer les Guyanes au centre des réflexions scientifiques consacrées à l'espace amazonien. Historiens, anthropologues, géographes, linguistes, juristes, ethnobotanistes et spécialistes des questions culturelles confrontent leurs travaux dans une approche comparative couvrant plus de cinq siècles d'histoire.
Construire une histoire commune des Guyanes
Pour les organisateurs, ce colloque répond à un constat : malgré l'abondance des travaux consacrés à certains territoires, les recherches comparatives portant sur l'ensemble des Guyanes demeurent peu nombreuses.
L'ambition affichée consiste à dépasser les frontières héritées des puissances coloniales pour considérer ensemble la Guyane française, le Suriname, le Guyana, la Guyane vénézuélienne et l'Amapá brésilien. Les chercheurs souhaitent analyser les trajectoires historiques communes, les circulations humaines, les échanges culturels, les phénomènes migratoires et les dynamiques territoriales qui ont façonné cet espace.
Le projet s'inscrit dans la continuité des travaux menés depuis plusieurs décennies par des spécialistes de l'histoire amazonienne et guyanaise. Les organisateurs rappellent que les Guyanes occupent une place singulière dans l'histoire de l'Amérique, marquée par la colonisation européenne, l'esclavage, les résistances amérindiennes et marronnes, les migrations et les métissages culturels.
Au-delà de la recherche académique, les actes du colloque doivent contribuer à la production d'une vaste synthèse consacrée aux Guyanes, destinée à enrichir les connaissances disponibles pour les enseignants, les étudiants et le grand public.
Le marronnage et les résistances au cœur de la première journée
La matinée du jeudi 18 juin sera consacrée à l'une des dimensions majeures de l'histoire régionale : le marronnage.
Après une conférence inaugurale de l'historienne Myriam Cottias consacrée aux migrations, à l'économie et aux questions raciales dans les sociétés antillaises et guyanaises, plusieurs spécialistes analyseront les résistances à l'esclavage dans les différentes Guyanes.
Les interventions de Gérard Collomb et Martijn Van den Bel porteront sur les résistances amérindiennes dans les colonies de Cayenne et du Suriname au XVIIe siècle. Frédéric Lesimple reviendra sur les stratégies de répression du marronnage dans les espaces forestiers amazoniens tandis que Tristan Bellardie examinera l'existence d'une forme d'" internationale " du marronnage entre le Maroni et l'Oyapock.
La seconde partie de la matinée abordera les rivalités coloniales et les espaces frontaliers devenus des refuges pour les populations en fuite. Les travaux de Flávio Gomes, Berta Pérez, Louis Sicking ou encore Francis Dupuy permettront de croiser les expériences du Suriname, de la Guyane française et des territoires voisins.
Économie, ressources et intégration régionale
L'après-midi du jeudi s'intéressera aux cycles économiques qui ont marqué l'histoire des Guyanes.
Les communications exploreront les héritages de l'économie coloniale, le développement de la riziculture, les conséquences de la Ruée vers l'or ou encore l'évolution de la filière rhum. Gregory Beriet proposera une comparaison entre la Guyane française, le Suriname, le Guyana et le Brésil à l'époque du développement aurifère.
Les débats se tourneront ensuite vers les enjeux contemporains liés aux ressources naturelles. L'exploitation minière, l'extractivisme, les questions environnementales et les politiques d'intégration régionale seront au centre des discussions.
Les interventions de Jack Menke, Félix Flaux, Stéphane Granger ou Anne Péné-Annette permettront notamment d'éclairer les relations entre la Guyane et ses voisins sud-américains dans un contexte marqué par les enjeux énergétiques, économiques et géopolitiques.
Langues, cultures et patrimoines
La seconde journée accordera une large place aux questions culturelles.
Les chercheurs s'interrogeront sur la diversité linguistique des Guyanes, les représentations de l'altérité, l'histoire des missions chrétiennes et les imaginaires qui ont accompagné la construction des sociétés amazoniennes.
Françoise Grenand abordera les relations entre les langues de la région tandis que Marc Lony analysera les représentations de l'Autre dans les Guyanes du XIXe au XXe siècle. Mylène Danglades proposera une réflexion sur les multiples perceptions du territoire guyanais.
Le patrimoine matériel et immatériel constituera l'autre grand axe de cette journée. Les communications porteront sur les héritages culturels afro-descendants, les savoirs traditionnels, les pratiques médicinales, les transformations du carnaval ou encore la protection juridique du patrimoine culturel.
Les interventions de Marc-Alexandre Tareau, Marie Fleury, Isabelle Hidair-Krivsky et Frédéric Bondil illustreront la diversité des approches mobilisées.
Des enjeux contemporains au programme
Le dernier panel ouvrira les discussions sur les défis actuels auxquels sont confrontées les Guyanes.
Les chercheurs aborderont les mobilités amérindiennes aux frontières, les migrations internationales, les recompositions géopolitiques, les questions de justice, les discours sur le territoire guyanais ainsi que les enjeux de santé dans les zones isolées.
Agnès Clerc-Renaud et Damien Davy présenteront leurs travaux sur les circulations amérindiennes autour de l'Oyapock. Siméon Doumbia et Frédéric Piantoni analyseront les migrations africaines dans les Guyanes. Rémy Pignoux reviendra sur trois décennies d'expérience médicale auprès des populations wayana du Haut-Maroni.
Les organisateurs ont souhaité inscrire la manifestation hors des murs universitaires.
Le vendredi matin, cinq chercheurs interviendront à l'école Jean-Moomou de Matoury dans le cadre de l'opération " Des chercheurs dans la cité ". Les élèves pourront échanger avec des spécialistes autour de l'abolition de l'esclavage, des frontières, des peuples autochtones, de la diversité linguistique et de la mémoire des sociétés marronnes.
Les thèmes et le calendrier du colloque
Jeudi 18 juin matin : le marronnage, les résistances amérindiennes et les violences coloniales dans les Guyanes.
Jeudi 18 juin après-midi : histoire des cycles économiques, exploitation des ressources naturelles et intégration régionale.
Vendredi 19 juin matin : langues, christianisation, représentations et patrimoines des Guyanes. Vendredi 19 juin après-midi : migrations, géopolitique, justice, santé et enjeux contemporains. Conférence inaugurale de l'historienne Myriam Cottias.
Interventions de chercheurs à l'école Jean-Moomou de Matoury dans le cadre de l'opération " Des chercheurs dans la cité ".
Hommage à Jacqueline Zonzon et à l'APHG-G lors de la clôture du colloque.

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