La styliste baroudeuse : de fil en aiguille, une vocation à transmettre
Sandrine Rodney, couturière, organisait ce week-end sa douzième formation à Cayenne. Une autre se tiendra du 31 juillet au 2 août
Dans l'espace de coworking O'buro, à Cayenne, une salle a été aménagée le temps de trois jours. Machines à coudre alignées, tissus empilés, box remplie d'épingles et de mètres rubans posée sur chaque table. Aujourd'hui il y a cinq femmes, cinq machines et une formatrice. C'est la douzième fois que Sandrine Rodney organise une formation de couture en Guyane, sa terre d'origine, pour transmettre un savoir-faire qu'elle entretient depuis l'âge de quinze ans.
Sandrine Rodney est styliste, couturière, formatrice professionnelle et, depuis peu, conseillère en image. Robe kaki ajustée, rouge à lèvres et créoles, elle incarne ce qu'elle enseigne : une élégance qui ne doit rien au hasard. Mais avant de devenir tout cela, elle a été une jeune fille passionnée de dessin avec une volonté de liberté et d'indépendance. " Je voulais gagner des pépettes pour pouvoir m'acheter des fringues ", s'amuse-t-elle, un sourire dans la voix. La couture lui offre la possibilité de conjuguer ses deux passions : le dessin et la création. Le bac en poche, elle décide d'intégrer Melkior-Garré, puis Bordeaux, pour achever sa formation. " Au début ce n'était pas évident et je ne croyais pas en moi, car quand on parle de couture les gens pensent tout de suite à un métier dévalorisant", confie-t-elle.
Une évidence nommée La Styliste Baroudeuse
Le déclic survient en 2019, en pleine crise sanitaire. L'objectif, à l'époque, est d'apprendre aux gens à confectionner leurs propres masques en tissu. Sandrine Rodney découvre chez elle une aptitude qu'elle ne soupçonnait pas : celle de transmettre. "J'ai une facilité à expliquer, à accompagner et à faire progresser les personnes, même lorsqu'elles n'ont jamais touché une machine à coudre."
De cette prise de conscience naît La Styliste Baroudeuse, un nom qui lui est venu comme une évidence : le style, qu'elle cultive depuis l'enfance, et le voyage. " Depuis toute jeune, j'ai répété à ma maman : quand j'aurai mon premier salaire, je me paierai un voyage pour voir ce qui se passe ailleurs, autour de la couture, voir les tissus notamment."
Et la promesse a largement été tenue. 54 villes de France parcourues, des immersions organisées à La Réunion, au Bénin, en Martinique, en Guadeloupe et bien sûr en Guyane. Au compteur : 735 personnes formées depuis 2019.
Une pédagogie sur mesure
Ici, on ne vient pas simplement passer un bon moment autour d'une machine à coudre, la formation proposée, certifiée Qualiopi, a pour but de rendre les apprenantes autonomes.
"En apprenant seule, on n'a pas forcément les bonnes bases, et sans ces bases on ne peut pas monter en compétences", explique Josette, une des participantes.
Le parcours imaginé par la styliste leur permet de réaliser quatre pièces, de la plus simple à la plus difficile : un tote-bag, une pochette, un top à bretelles, puis un short avec poches.
Les 3 jours sont au prix de 1 400 euros, un tarif qui inclut la nourriture, une box couture et l'accompagnement pédagogique. Le groupe est volontairement restreint : huit personnes au maximum, pour que chacune bénéficie d'une attention individualisée. Un choix que Marie-Agnès, membre du groupe, approuve : "Elle a du temps à nous consacrer, s'il s'agissait d'un grand groupe ça n'aurait pas été la même chose."
"La couture, c'est un pouvoir, on peut tout faire "
Pour Sandrine Rodney, cette formation n'est qu'une étape dans un projet plus vaste. Elle envisage désormais de former des formateurs, capables de transmettre à leur tour sa méthode, et de développer une activité de consulting auprès de porteurs de projets liés à la couture.
Autre ambition : proposer des box couture accessibles à celles et ceux qui n'ont pas le budget d'une formation en présentiel, via des contenus vidéo.

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