Football : après le 4-1, Saint-Domingue ferme ses stades à la sélection haïtienne
Un portail de stade endommagé, une équipe nationale bannie. Le gouvernement dominicain a tranché dès le lendemain d'une soirée de football à haute tension, pendant que d'autres images de la même soirée circulaient sur les réseaux.
Le vendredi 2 octobre 2026, le ministre dominicain des Sports, Kelvin Cruz, a interdit à l'équipe nationale de football d'Haïti d'utiliser les installations sportives du pays. Un jour plus tôt, le jeudi 1er octobre, les Haïtiens avaient battu leurs voisins 4-1 au stade Félix Sánchez de Saint-Domingue, en Ligue des Nations de la Concacaf.
Le match se jouait à guichets fermés. Selon plusieurs médias (y compris les images circulant sur les réseaux sociaux) des supporters haïtiens ont tenté de forcer l'entrée. Des vidéos montrent des groupes qui passent en force et un portail endommagé. C'était la première rencontre entre les deux sélections en terre dominicaine depuis 2013.
Le ministre dominicain des Sports, Kelvin Cruz a jugé la scène « inacceptable » et rappelé le coût de l'enceinte. Il a promis la « tolérance zéro » face à l'indiscipline des supporters dans les enceintes sportives. Le Président dominicain, Luis Abinader, interrogé en marge de la foire du livre, a confirmé que la parole du ministre était celle du gouvernement.
« Hispaniola, c'est Haïti » : la phrase d'Isidor qui fait polémique
Auteur d'un doublé, l'attaquant haïtien Wilson Isidor a été filmé en train de crier « Hispaniola, c'est Haïti ». Le président de la fédération dominicaine de football, José Francisco Deschamps, y voit une atteinte à la souveraineté de son pays. Il annonce une plainte auprès de la FIFA et de la Concacaf. Les réseaux sociaux dominicains se sont enflammés avec une tendance majoritaire des commentateurs, cette phrase est clairement perçue comme une provocation compte tenu de l’histoire de la République dominicaine et des conditions dans lesquelles elle a conquis son indépendance non seulement vis-à-vis des puissances coloniales mais également vis-à-vis d’Haïti. Hispaniola, c'est le nom de l'île que les deux pays se partagent, baptisée ainsi par Christophe Colomb en 1492. Haïti en occupe environ un tiers, à l'ouest, la République dominicaine le reste, soit les deux tiers. Dire que « Hispaniola, c'est Haïti », dans ce stade et ce contexte historique sensible que le joueur ne pouvait méconnaître, revient à être entendu comme un propos revendiquant l'île entière. Évidemment à ce stade on dépasse le simple sport, car l'histoire pèse. De 1822 à 1844, Haïti a occupé la partie orientale de l’île soit l’actuelle République dominicaine. L'indépendance dominicaine a été conquise et s'est construite en luttant contre cette occupation qui a duré 22 ans et c’est aussi le creuset de l’identité dominicaine. La peur d'une domination haïtienne reste donc un sujet sensible, nourri par le débat sur la frontière et l'immigration. Lancée après deux buts, ce propos pour le moins maladroit du footballeur haïtien qui plus est en terre dominicaine, ne pouvait qu'être pris comme une provocation. Même l'ambassade d'Haïti à Saint-Domingue a pris ses distances avec les déclarations du footballeur haïtien. Pour elle, ces mots sont nés dans l'intensité du match et ne reflètent pas la position de Port-au-Prince. Elle appelle à ne pas laisser une rivalité sportive abîmer le bon voisinage.
Une sanction sans rapport avec les faits ?
Un portail abîmé justifie-t-il de bannir toute une équipe nationale ? La mesure ne vise pas les auteurs des débordements, mais des joueurs qui n'y sont pour rien. Les incidents de stade relèvent d'ordinaire des instances sportives. Ici, c'est un ministère qui frappe, avec l'appui du chef de l'État. La sanction s'inscrit dans un climat tendu. Abinader a fait du durcissement migratoire un axe majeur de sa politique, mur frontalier compris. Plus de 265 000 Haïtiens ont été expulsés du pays sur les huit premiers mois de 2026, selon les chiffres officiels. Haïti, de son côté, subit depuis des années la violence de gangs qui contrôlent de vastes zones. Le sport avait déjà été pris dans ce conflit. En 2023, après la fermeture de la frontière par Abinader dans la querelle sur le canal de la rivière Massacre, Haïti avait ordonné à sa fédération de ne plus jouer ses matchs nationaux en République dominicaine.
L'autre image de la soirée
Sur les réseaux sociaux, d’autres images circulent également. Des images montrant des supporters haïtiens restés dans le stade Félix Sánchez après le match pour nettoyer les gradins : déchets ramassés, tribune laissée propre. Ces scènes, partagées notamment le 4 octobre par le compte FacesofHaitian sur X, contrastent avec celles du portail forcé. Des images qui ont le mérite de rappeler que la foule des supporters de la sélection de football haïtienne du 1er octobre ne se résume pas à ses débordements.
@CNationsLeague https://t.co/pjBRvrZOQU WTF SMH Rushing & breaking gate
— planetHood (@Hamthereal) October 2, 2026

La radio 100% Caraïbes

- Suivez-nous
-
-
-
-
-
-
S'inscrire aux newsletters