« Destiny » : un milliardaire belge veut bâtir un « Dubaï des Caraïbes » sur l’île de Nevis
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« Destiny » : un milliardaire belge veut bâtir un « Dubaï des Caraïbes » sur l’île de Nevis

Par Christophe VERGER c.verger@agmedias.fr
L’île de Nevis, petit territoire de 93 km² dans les Caraïbes orientales, est au cœur d’un projet controversé : la construction d’une enclave futuriste baptisée « Destiny », portée par un milliardaire belge.
L’île de Nevis, petit territoire de 93 km² dans les Caraïbes orientales, est au cœur d’un projet controversé : la construction d’une enclave futuriste baptisée « Destiny », portée par un milliardaire belge. • SHUTTERSTOCK

Sur la petite île de Nevis, dans l’archipel de Saint-Kitts-et-Nevis, un projet hors norme divise la population. Porté par le milliardaire belge Olivier Janssens, spécialiste des cryptomonnaies, « Destiny » prévoit la construction d’une ville futuriste, presque autonome, sur un dixième du territoire.

L’île de Nevis, 93 km² de verdure et de plages, est un havre de paix dans les Caraïbes orientales. Ses 13 000 habitants vivent au rythme d’une économie modeste, loin des fastes des grandes îles touristiques. Mais depuis qu’Olivier Janssens, un investisseur belge ayant fait fortune dans les cryptomonnaies, a annoncé son projet « Destiny », l’île est en ébullition.

L’enclave, qui couvrira 971 hectares, soit un dixième de la superficie de Nevis, doit accueillir 10 000 nouveaux résidents dans des villas de luxe, un terrain de golf, des infrastructures autosuffisantes en eau et énergie, et plus de 3 km de plage. Le milliardaire promet un « Monaco-Dubaï des Caraïbes », un paradis libertarien où entreprises et résidents bénéficieront d’un cadre fiscal et réglementaire ultra-allégé, avec leur propre monnaie et leurs propres tribunaux.

Un projet soutenu par les autorités locales, mais contesté

L’administration de Nevis a voté en faveur du projet, séduite par les promesses économiques : 10 millions de dollars pour des infrastructures locales, 10 % des bénéfices reversés au gouvernement et des emplois pour les habitants. Une partie de l’argent a déjà servi à financer un centre de dialyse, et le promoteur promet un million de dollars par an en bourses d’études.

Mais l’opposition est vive. Glendale Herbert, de la Nevis Community Foundation, résume le sentiment de nombreux insulaires : « Il faut être dingue ». L’opposition politique accuse le Premier ministre de Nevis, Mark Brantley, d’avoir accepté des pots-de-vin, ce qu’il nie farouchement. Plusieurs habitants s’inquiètent de voir leur île transformée en enclave réservée aux ultra-riches et craignent une perte de souveraineté.

Les Caraïbes, nouveau terrain de jeu des enclaves libertariennes

« Destiny » s’inscrit dans une tendance régionale. Ces dix dernières années, les Caraïbes sont devenues un laboratoire pour des expériences audacieuses : villes à charte, collectifs blockchain, zones réglementaires spéciales. « C’est dans cette région que sont menées les expériences les plus audacieuses », observe Vera Kichanova, de la Free Cities Foundation.

Parmi les exemples les plus célèbres, Próspera, sur l’île hondurienne de Roatán, a attiré des investisseurs comme Peter Thiel et Sam Altman, avec ses laboratoires de recherche sur le cancer, la maladie d’Alzheimer ou les implants neuronaux, affranchis des réglementations américaines. D’autres projets, comme CryptoCity au Venezuela ou les Veritas Villages au Nicaragua, visent des publics plus résidentiels.

Un avenir incertain pour l’île de Nevis

Malgré le soutien local, le projet Destiny doit encore franchir plusieurs étapes. Il doit être validé par l’Assemblée nationale de Saint-Kitts-et-Nevis et le Premier ministre de la fédération, Terrance Drew, reste à convaincre. Il a exigé des garanties supplémentaires. Si le projet aboutit, Nevis pourrait bien devenir le nouveau phare des libertariens, un « Dubai des Caraïbes » où les règles se réinventent. Mais les habitants, eux, craignent que leur île ne devienne une simple vitrine pour milliardaires en quête d’évasion fiscale et réglementaire. Le débat est loin d’être clos.

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