Carnage à Kenscoff : au moins 30 morts, l'État haïtien "impuissant"
Dans la nuit du dimanche 23 au lundi 24 août, la coalition criminelle Viv Ansanm a dévasté la communauté agricole de Kenscoff, sur les hauteurs de Port-au-Prince. Avec au moins 30 morts et des familles décimées, ce nouveau massacre expose la faillite sécuritaire locale et le manque de réactivité de la force multinationale
Jusqu’ici préservée du pire, la commune rurale de Kenscoff a basculé dans l’horreur tard dans la soirée du dimanche 23 août. Les hommes armés de l’alliance de gangs Viv Ansanm ont fait une descente dans le quartier, incendié les habitations et tiré à bout portant sur les résidents.
Au lever du jour, ce lundi 24 août, la désolation est totale. Les cadavres recouverts de draps tachés de sang jonchent les rues. Jean Massillon, le maire de la commune, fait état d’un bilan provisoire d’au moins 30 morts, soulignant la difficulté d’établir un décompte définitif en raison des réseaux coupés.
L’agriculteur Mathurin Pierre, 41 ans, pleure à lui seul 14 proches abattus. L’offensive a aussi ciblé une église ainsi que les propriétés du docteur Jean (Bill) Pape, figure historique de la prise en charge du VIH et de la tuberculose en Haïti. L’abandon des forces de sécurité face au chaos Sur place, la colère des rescapés s’ajoute à la douleur.
L’exécutif haïtien a condamné une « attaque criminelle odieuse » et promit l’envoi de renforts, assurant que Kenscoff ne serait pas abandonné. Des promesses institutionnelles qui peinent à convaincre les habitants confrontés à une réalité brutale.
Alors que les bandes armées contrôlent 70 % de la capitale, la force multinationale soutenue par l’ONU n’a pas réagi à l’alerte. Les appels lancés aux porte-paroles de la mission sont restés sans réponse. Ce vide sécuritaire remet en question la possibilité de tenir les élections générales fixées au 13 décembre 2026, un scrutin jugé irréaliste par de nombreux experts au vu du chaos ambiant.
L’engrenage cynique des expulsions américaines
Ce drame survient dans un climat humanitaire catastrophique, alors que l’ONU comptabilise plus de 1,5 million de déplacés et 3 100 assassinats sur les six premiers mois de l’année 2026.
L’isolement d’Haïti s’aggrave avec les décisions prises à l’international. Vendredi dernier, les États-Unis ont expulsé plus de 160 Haïtiens vers Port-au-Prince, concrétisant la fin du statut de protection temporaire (TPS) levé par l’administration Trump pour 350 000 ressortissants.
Selon le département américain de la Sécurité intérieure, cette vague d’expulsions intégrait sciemment des membres de gangs condamnés pour trafic de drogue ou agressions.
En renvoyant des éléments criminels aguerris au cœur d’un territoire privé de structures d’État, les autorités américaines jettent un carburant explosif sur un foyer déjà incandescent.

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