Au Muzédunimport'koi, la récup' devient un jeu d'enfants
Le trottoir de la rue Madame payé s'est transformé en atelier à ciel ouvert. Une dizaine d'enfants, de 4 à 13 ans, y ont donné une nouvelle vie à des objets destinés à la poubelle, accompagnés par deux artistes
Un morceau de tissu dans une main, un pinceau dans l'autre, Taïma s'applique. À 11 ans, elle sait déjà ce qu'elle veut faire : un micro. " C'est parce que j'aime chanter " Elle peint sur le rouleau, écrit " je chante " et cherche comment fixer le tissu.
Autour d'elle, sur le trottoir du Muzédunimport'koi, une dizaine d'enfants, de 4 à 13 ans, cherchent aussi leur bonheur parmi les matériaux disposés sur les tables, samedi 22 août. Couvercles en plastique, cubes en bois, laine, chiffres, cailloux ou vieux objets : chacun pioche selon son idée. Huit enfants se lancent dans des créations avec l'artiste Gersi Reis. Cinq autres peignent avec Richard Alvaro, dit Antonio.
Des idées que les adultes ne voient pas
Pour l'artiste, il n'est pas question d'imposer une création. " Ce qu'ils voient, on ne le voit pas. Alors on est juste là pour les accompagner, pour qu'ils réussissent à faire ce qu'ils ont besoin ", explique-t-il. Une enfant veut fabriquer un lit ? Il faut alors réfléchir ensemble à la manière de construire les pieds.
Une démarche qui rejoint son propre travail. " Je m'inspire de ce que mon imagination voit. Tout ce qui sort de l'imaginaire, ça donne un tableau. "
Corentin, 6 ans, connaît déjà bien le principe de la récupération. Sa mère a découvert l'atelier sur Facebook et l'a accompagné. Le garçon, fan de Pat' Patrouille et surtout de Rocky, le chien qui répète que " recycler, c'est bien jouer ", aime bricoler et récupérer ce qu'il trouve. "Il a une passion pour le scotch. Il garde tous les rouleaux de papier toilette ", s'amuse la maman. C'est aussi l'occasion de "rencontrer d'autres enfants".
" Ils sont sortis d'ici souriants "
À côté, Gersi Reis observe les enfants chercher, essayer et recommencer. Pour elle, l'intérêt est aussi de leur laisser cette liberté. " Je m'amuse énormément, j'adore être avec les enfants. " L'artiste apprécie de voir leurs univers se mélanger.
Les matériaux utilisés ce jour-là proviennent principalement de dons ou de vide-greniers. Une partie est ensuite redistribuée à des écoles ou à des structures créatives. Marielle, enseignante à Saint-Georges, vient ainsi régulièrement récupérer du matériel pour fabriquer des jeux pédagogiques ou des costumes avec ses élèves. " Il y a toujours de quoi fabriquer des petites choses ", explique-t-elle. Cette fois, elle repart avec du tissu, des plumes et des rubans dorés.
Pour Sergine Boutrin, directrice artistique de l'association Audace, l'objectif est de montrer que ces objets peuvent encore servir. " L'essence numéro un, c'est vraiment customiser, transformer. Éviter d'acheter de la matière. " Et tout ça en transmettant la pensée créative aux enfants. " Les enfants sont l'avenir de notre société. J'espère qu'ils feront mieux que nous"
.
En fin d'atelier, les créations repartent avec leurs jeunes auteurs. Gersi Reis, elle, retient surtout les sourires. " Je suis contente que les enfants aient pu s'amuser en faisant des choses qui leur plaisent tout en utilisant du matériel destiné à la poubelle. Ils sont sortis d'ici souriants et ça me fait chaud au cœur. "

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