L'Unesco menace de déclasser Paramaribo
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L'Unesco menace de déclasser Paramaribo

Eric GERNEZ
Les maisons coloniales en bois du centre-ville historique de Paramaribo.
Les maisons coloniales en bois du centre-ville historique de Paramaribo. • EG

Trop d'écarts avec la réglementation. La lourde machine administrative de l'Unesco menace de déclasser le centre-ville historique de Paramaribo

Après le rejet de la candidature du Touloulou pour figurer sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité, la capitale du Suriname reçoit un avertissement de l'Unesco.

Le centre-ville historique de Paramaribo a un charme unique. Son architecture, héritée des influences anglaises, néerlandaises et françaises, constitue un patrimoine exceptionnel, témoin de plusieurs siècles d'histoire. L'utilisation de la brique et du bois donne au centre-ville son caractère unique, mais rend aussi sa conservation difficile.

Un classement de 2002

Pour ceux qui ont connu Paramaribo dans les années 80, le souvenir des rues ombragées, plantées de mahogany, et des vieilles maisons en bois reste vivant. C'est face à la lente détérioration de ce patrimoine que l'Unesco avait classé le centre-ville en 2002. Ce statut assure une protection et permet de financer des projets de sauvegarde.

Aujourd'hui, les entorses répétées au cadre réglementaire pourraient conduire au retrait de Paramaribo de la liste du patrimoine mondial. Cet ultime avertissement doit provoquer un sursaut pour sauver le centre-ville.

Sa valeur historique réside dans son plan colonial, resté presque intact au fil des siècles. "Il est regrettable qu'il ait fallu en arriver là, mais on espère que cela incitera à mettre en œuvre les mesures nécessaires ", déclare Rachel Deekman, directrice de la Fondation du patrimoine bâti du Suriname.

Le feu et les projets modernes

Dans une ville construite en bois, le feu représente un danger majeur. Les incendies historiques de 1821 et 1832 avaient déjà causé d'importants dégâts. Les plantations de mahogany le long des rues visaient d'ailleurs à ralentir leur propagation. Le grand incendie de l'année dernière a une nouvelle fois montré à quelle vitesse ce patrimoine peut disparaître.

Les constructions incontrôlées menacent aussi l'harmonie architecturale du centre-ville. La hauteur des bâtiments constitue l'entorse la plus fréquente aux règles de l'Unesco. L'immeuble de parking de l'hôtel Yogh en est le dernier exemple frappant. Si son utilité n'est pas contestée, son esthétique est choquante dans un cadre qui prétend au classement des patrimoines mondiaux en péril.

Deux bâtiments publics symbolisent aussi ce manque de respect des règles : le nouveau Parlement, bâti dans un style néocolonial, mais ne respectant pas les limites de hauteur, et la tour du ministère des Finances, dont la coupole en cuivre a été saccagée par des pilleurs de métaux et menace de s'effondrer.

La décision de l'Unesco constitue enfin un signal adressé aux bailleurs internationaux du Suriname. L'attentisme et les petits arrangements risquent de lasser même les donateurs les plus patients.

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