El Nino : le Panama et le Salvador décrètent l'urgence, face à une sécheresse qui s'aggrave
" Le Panama a décrété l'état d'urgence national et le Salvador placé l'ensemble de son territoire en alerte rouge face aux conséquences d'" El Niño ". Sécheresse, records de chaleur, récoltes menacées et stress hydrique : le plateau continental nord des Caraïbes entre dans une phase de vigilance renforcée, tandis que le manque d'eau contraint déjà le canal de Panama à réduire son trafic maritime. "
Le Panama a déclaré l'état d'urgence national le 25 août, après avoir constaté les premiers effets combinés du déficit de pluie, du stress hydrique, mais aussi d'épisodes d'inondations et de glissements de terrain. Le dispositif doit permettre aux autorités d'intervenir plus rapidement dans les prochains mois. Le même jour, le Salvador a déclenché une alerte rouge pour sécheresse météorologique et agricole sur l'ensemble de son territoire. Les autorités ont également annoncé des mesures d'aide aux populations rurales confrontées aux pertes de récoltes et au manque d'eau. Ces décisions ne sont pas isolées. Le Honduras a déjà placé une large partie de son territoire sous alerte et le Pérou a, lui aussi, renforcé son dispositif face aux conséquences attendues d'" El Niño ".
Au Panama, le manque d'eau atteint le canal
La situation panaméenne présente une dimension particulière : le déficit hydrique commence à affecter une infrastructure essentielle au commerce mondial. Le canal de Panama doit réduire progressivement le nombre de navires autorisés à le franchir. Après une limitation du tirant d'eau des navires les plus imposants, l'Autorité du canal prévoit de ramener le nombre quotidien de transits à 32 contre 36 actuellement. La raison est simple : les écluses consomment d'importantes quantités d'eau douce. Or onze bassins hydrographiques panaméens sont déjà considérés en situation de stress hydrique. Le problème dépasse donc la seule question environnementale. Une diminution durable du trafic pourrait entraîner des retards, renchérir certains coûts de transport et compliquer davantage des chaînes d'approvisionnement déjà fragilisées.
Le risque alimentaire monte aussi
Au Salvador, l'inquiétude se concentre davantage sur l'agriculture et les populations rurales. Le manque de pluie intervient à une période où les précipitations sont habituellement importantes. Dans le Corridor sec d'Amérique centrale (ou plateau continental nord des Caraïbes), qui concerne notamment le Salvador, le Honduras et le Nicaragua, les agriculteurs sont particulièrement exposés. Sans irrigation, certaines exploitations disposent de très peu de moyens pour absorber une nouvelle période sèche. À cela s'ajoutent les températures extrêmes. Le Salvador a enregistré 14 records de température en août, tandis que plusieurs pays de la région ont battu leurs records mensuels en juin et juillet.
Une urgence qui pourrait durer
Les autorités panaméennes redoutent surtout l'effet cumulatif du phénomène. Une amélioration ponctuelle des pluies ne suffirait pas nécessairement à reconstituer les réserves déjà entamées. Selon les prévisions citées par les autorités, la situation pourrait se dégrader à l'approche de la saison sèche, traditionnellement installée de janvier à avril au Panama. C'est ce qui donne aux décisions prises au Panama et au Salvador une portée particulière. Les gouvernements ne se contentent plus de constater une sécheresse : ils activent leurs dispositifs d'urgence pour anticiper une aggravation. " El Niño " reste un phénomène climatique naturel et périodique. Mais son impact intervient aujourd'hui dans une région déjà confrontée à des températures plus élevées et à une forte vulnérabilité agricole et hydrique. De l'eau potable aux récoltes, jusqu'au commerce maritime mondial, le même déficit hydrique commence ainsi à produire des effets en cascade.

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