Droits des femmes : «Chaque pas en avant s'accompagne de trois pas en arrière», selon Isabelle Hidair-Krivsky
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8 mars, Journée internationale des droits des femmes

Droits des femmes : "Chaque pas en avant s'accompagne de trois pas en arrière", selon Isabelle Hidair-Krivsky

Propos recueillis par Gaëtan TRINGHAM
Isabelle Hidair-Krivsky est la directrice régionale aux droits des femmes.
Isabelle Hidair-Krivsky est la directrice régionale aux droits des femmes. • M.L.

La directrice régionale aux droits des femmes, Isabelle Hidair-Krivsky, répond à nos questions à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, ce 8 mars.

Comment se déroule la lutte pour les droits des femmes en Guyane ? 

Ce sont plusieurs actions. Nous avons quatre axes.

On intervient sur l'accès au droit. Il est important que les femmes, où qu'elles se trouvent, aient un accès gratuit et facile au droit. On a mis en place des maraudes, des permanences juridiques en milieu rural. Les associations financées sillonnent l'ensemble du territoire.

Il y a la question de la prise en charge et de la mise à l'abri des victimes de violences conjugales. C'est une préoccupation nationale. Jusqu'à présent c'étaient des sujets peu abordés. Maintenant, il y a une prise de conscience du danger au sein des couples. Il y a une sensibilisation et un accompagnement des victimes.

Il y a la question de la santé des femmes. C'est l'accompagnement, la grossesse, l'endométriose, la précarité menstruelle : beaucoup de sujets qui mettent en souffrance et en difficultés les femmes dans leur vie quotidienne.

Enfin, il y a la question de l'entrepreneuriat au féminin, de l'insertion professionnelle, l'insertion dans la vie active. Ce sont des axes complémentaires et qui visent à lutter contre les stéréotypes.

Quelles sont les difficultés inhérentes au territoire et comment les surmonter ? 

C'est d'abord notre géographie. Pour bien mailler le territoire, on a plusieurs stratégies. Mener les maraudes, mais aussi prendre sa pirogue, sa voiture ou l'avion pour aller vers les populations concernées. Il faut se rendre sur le territoire. Les associations sont identifiées en fonction des zones géographiques. Pour faciliter le repérage de ces structures, on a mis en place le site " Arrêtons les violences 973 ". Il permet aux victimes de consulter un annuaire interactif et de trouver les contacts les plus proches, où qu'elles soient.

Il y a aussi la question des différences linguistiques. On s'est adapté. Les dispositifs sont traduits dans plusieurs langues. Pour les populations souffrant d'illettrisme, analphabétisme ou d'illectronisme, on propose des dispositifs à l'oral plus adaptés.

Selon une récente estimation, 30 % des jeunes guyanaises entrent dans la vie sexuelle par un viol. Ce sont des réalités particulières auxquelles la population fait face…

Certaines associations alertent pour dire que ce chiffre a peut-être même été sous-estimé. Ça nous rappelle que le travail sur la culture de l'égalité, fait au sein des établissements scolaires, est indispensable. Cette culture de l'égalité est dispensée, au niveau universitaire, à ceux qui s'inscrivent dans le parcours de l'enseignement en Guyane. Le Haut Conseil à l'égalité met en évidence une banalisation du viol et une influence grandissante des discours virilistes et masculinistes sur les jeunes générations, notamment via internet.  

Donc niveau régional, on sensibilise, parce que beaucoup de victimes ne qualifient pas forcément l'agression subie de viol. Elles se portent responsables de leurs agressions. Elles considèrent qu'elles auraient dû s'habiller différemment, qu'elles auraient dû ne pas sortir seules. Il y a une culpabilisation de la victime. Ce travail est fait avec des jeunes pour leur expliquer qu'une fille a le droit de s'habiller comme elle veut et que ce n'est pas une invitation. Il y a toute une éducation à faire pour les filles comme pour les garçons.  

On voit beaucoup de manifestations cette année pour le 8 mars, est-ce un bon signe ?  

Oui. Depuis ces cinq dernières années, on voit une montée en puissance de la prise de conscience. On n'a jamais vu autant d'associations, de court métrage, d'expositions, de pièces de théâtre, de manifestations : il y a un intérêt pour le sujet.

On doit en revanche faire attention à ne pas en faire un événement rentable. Ce n'est pas cela l'idée. Il ne faut pas perdre de vue l'objectif premier qui est la lutte pour le droit des femmes. Ce n'est pas la fête des Mères. C'est prendre conscience qu'il y a encore énormément de travail. Cette journée du 8 mars existe encore parce que, chaque pas en avant s'accompagne de trois pas en arrière. Il faut contrôler cela.

Note : ce 8 mars, Isabelle Hidair-Krivsky se trouvera en préfecture de 17 h 30 à 21 heures dans le cadre des ateliers "Les clés d'une vie saine" tenus par quatre femmes. 

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