« C'est du n'importe quoi » : les coupures d'eau dénoncées
Entre difficultés à assurer les soins et dépenses imprévues pour les familles, habitants et soignants ont tenté de s'adapter après trois jours sans eau
Durant plusieurs jours, près de 70 000 personnes à Cayenne ont été touchées par des coupures d'eau survenues dans le contexte de la grève à la Société guyanaise des eaux (lire ci-contre).
Une situation qui a bouleversé le quotidien des habitants et compliqué les conditions de travail de certains professionnels, comme dans le secteur de la santé.
« On faisait le maximum »
« On n'avait aucune directive de la direction, on a dû trouver des solutions par nous-mêmes », confie Elsa*, membre du personnel d'un Ehpad. Lorsque l'eau coulait légèrement, les soignants récupéraient ce qu'ils pouvaient pour mouiller des gants de toilette et laver les patients, notamment le visage et les parties intimes. « Au petit matin, comme il y avait un peu d'eau, on faisait avec. On est reliés au CHU et on n'avait pas d'eau, alors imaginez les services de l'hopital, la maternité... », souffle-t-elle.
Pour les équipes, il a fallu s'adapter au jour le jour, sans consignes précises. Les quelques écoulements permettaient de répondre à une partie des besoins, mais dès que l'eau venait à manquer, les solutions devenaient plus difficiles à trouver. Une situation très préoccupante dans des structures où l'hygiène et les soins devaient rester assurés.
« On faisait le maximum mais on ne peut pas dire que c'était hygiènique. Ni même confirmer que tous les résidents ait été au moins une fois toiletté. »
« Trois jours... du n'importe quoi »
Pour Ana, jeune mère d'un bébé d'à peine un mois, ces journées sans eau ont été très éprouvantes. « Elle pleure, c'est difficile, il fait chaud, elle a chaud. On ne peut pas lui donner de bain, on le fait avec le gant, mais c'est compliqué, trois jours sans eau. » Face à la situation, elle a dû acheter plusieurs packs d'eau pour répondre aux besoins de sa fille. « C'est du n'importe quoi ! Un jour à la rigueur mais trois ? Par pitié... »
Cette dépense imprévue a pesé sur le budget familial, particulièrement en cette fin de mois. Ppour préparer les biberons, assurer l'hygiène du bébé, se laver ou encore tirer la chasse d'eau, l'eau en bouteille est devenue indispensable et les dépenses se sont vite accumulées. Pendant ces journées, mère et fille ont aussi dû renoncer aux sorties et rester chez elles.
D'autres habitants ont trouvé du soutien auprès de leurs proches. Certains se sont rendus chez des membres de leur famille pour remplir de nombreuses bouteilles et constituer des réserves. Face à ces coupures prolongées, chacun a tenté de s'organiser avec les moyens du bord, en attendant le retour de l'eau au robinet.
*Le prénom a été modifié

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