Novembre 1996 : le combat victorieux de la rue et des lycéens fête ses 30 ans
Les trente ans du mouvement lycéen résonnent de manière particulière en cette fin d'année. Il avait abouti à la création du rectorat en 1996
Jemetree, Emmanuel, Xavier, Kathia, Rosie, Aïssatou. Ils sont autour de la table, ce jour de septembre 2026, pour réfléchir à la commémoration du mouvement lycéen de 1996. Il y a aussi le « virage des médaillées » : Sonia Francius, directrice de cabinet des cinq premiers recteurs, Josianne Hersi et Yolaine Charlotte-Bollore, secrétaire du recteur pendant 20 ans. Les deux dernières ont reçu la Légion d'honneur.
Mais où sont Aline, Keita et les autres ?
« Cette lutte nous a meurtris dans nos corps. On a passé des moments compliqués liés à nos engagements. J'ai une pensée pour Aline Charles. On a porté le poids de tout un territoire. Je le dis souvent, avec modestie, 1996, c'est le départ de nombreuses autres batailles, comme le réveil du combat statutaire », confie Emmanuel Prince, vice-président de la CTG, qui a subi l'amputation d'un pied l'an dernier. Jemetree Guard a subi des drames familiaux et des moments personnels difficiles avant de revenir dans l'arène politique aux côtés de Sandra Trochimara, comme adjoint à Cayenne.
Demain, c'est nous !
Aline Charles, la leadeuse du mouvement de grève du lycée Félix-Éboué, était conseillère municipale à Rémire-Montjoly avant de renoncer à la campagne municipale de 2026 pour des raisons de santé.
Keita Stephenson, autre membre de Félix-Éboué, avait interpellé la France entière, cette nuit du 8 novembre, devant la préfecture, place de Grenoble, devenue place Léopold-Héder, au moment où les gendarmes matraquaient les lycéens assis devant l'hôtel préfectoral. « C'est le désespoir qui parle ce soir », avait-il déclaré, avant que des jeunes bien plus désespérés des quartiers populaires ne remplacent les lycéens pour plusieurs nuits d'émeutes, avec comme bilan un mort, resté inconnu, et plusieurs blessés. Keita Stephenson a écrit en 2013 le livre qui se voulait le manifeste de sa génération : Demain, c'est nous !
Des conséquences actuelles
D'autres acteurs ont joué un rôle important lors de cette mobilisation, qui s'étend du 28 octobre au 21 novembre 1996, comme les deux professeurs Élie Brème (espagnol) et Pierre Lutz (histoire). Les deux ne sont plus parmi nous. « Il serait bon de leur rendre hommage. M. Brème a vécu toute sa vie avenue Voltaire. Nous devrions proposer de renommer cette avenue en lui donnant son nom, » alerte Jemetree Guard.
Autour de la table, l'unanimité résonne. Le rectorat est représenté par sa directrice de cabinet, Gwladys Adonaï-Robin. L'institution fête ses trente ans le 1er janvier 1997. Le ministre de l'Éducation nationale de l'époque, un certain François Bayrou, avait décrété sa création le 20 novembre 1996, avec, en bonus, un chèque de 500 millions de francs. Une décision qui mettait fin à la mobilisation lycéenne. Mais celle-ci n'était qu'une première étape. Le combat pour l'évolution statutaire retrouvait de la force. Il donnera le projet d'accord relatif à l'avenir de la Guyane en 2001 sans oublier la déportation en Martinique, en avril 1997, des militants indépendantistes : Jean-Victor Castor, Alain Michel, Fabien Canavy et Jean-Claude Ringuet.

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