Vent de changement sur le Maroni
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Vent de changement sur le Maroni

Eric GERNEZ, à Paramaribo
Les fameuses "lanchas" qui font le trajet Albina/Oiapoque
Les fameuses "lanchas" qui font le trajet Albina/Oiapoque • SOURCE WATERKANT

L’actualité vient rappeler les nouvelles dispositions en perspectives pour régler le flux des marchandises et des personnes sur le Maroni, fleuve frontière entre le Suriname et la France.

Tirs de sommation
 Nous en parlions dans l’article du 11 février : ‘’Cuba / Etats-Unis l’épopée qui passe au large de la Guyane’’ où était décrit le passage depuis Albina vers Oiapoque dans une grande barque alu de 14 mètres. C’était la première étape d’une épopée de migration clandestine avec pour finalité les Etats Unis. A l’époque, il n’avait pas été possible de fournir de photo d’une de ces embarcations.
Vendredi, l’armée surinamaise a pris en chasse une de ces ‘’lanchas’’ comme elles sont appelées dans les cercles latinos. Alors que l’embarcation illégale commençait à prendre l’avantage dans la course poursuite, des tirs de sommation ont été opérés et l’embarcation s’est arrêtée.
Cubains et Brésiliens
Les deux pilotes ont sauté à l’eau et se sont ainsi échappés. Les passagers étaient au nombre de 16, dont 11 de nationalité cubaine et 5 avec des documents du Brésil. L’armée est intervenue dans le cadre du contrôle des frontières, mais aussi dans l’action en cours au Suriname pour réduire la traite des être humains. Récemment à Paramaribo, l’unité anti traite humaine s’est illustrée dans des affaires d’immigration haïtienne et des dossiers liés à la prostitution.
La Guyane n’est plus une destination
C’est une tendance qui se confirme. Pour les brésiliens, le seul intérêt de ce mode de transport est de rejoindre le Brésil sans avoir à passer par des voies soumises aux contrôles administratifs, pour de multiples raisons : transport de quantité d’or, papiers pas en règle, etc… Pour les cubains, il s’avère que le séjour en Guyane est trop compliqué et improductif. L’objectif final est les Etats-Unis, pas la France. Aller au Brésil est un pas sur la route migratoire qui les fera rejoindre l’Amérique centrale via l’Amazone. A partir de là, le Mexique sera le tremplin vers la terre promise. Le manque d’intérêt des cubains pour la Guyane est une tendance qui se confirme après le pic d’affluence de 2020.
Le trafic fluvial contrôlé
C’est l’objectif du ‘’Conseil du fleuve’’, comité réunissant les autorités du Suriname et de la France pour faire progresser les relations transfrontalières et, in fine, permettre un meilleur développement.

Il a été défini par ce comité, qu’à partir du premier janvier 2023, les embarcations sur le Maroni devraient être identifiées et seraient inspectées à leur arrivée. Toutes les personnes et marchandises devraient alors être porteuses de justificatifs administratifs.
Dans la pratique se posent deux questions :

- Comment la commune de Saint-Laurent va-t-elle survivre économiquement alors qu’une part décisive de son commerce repose sur l’activité du fret piroguier, y compris pour l’approvisionnement en carburant ?

- Où est la structure portuaire qui permettra l’attente des pirogues et de leurs passagers pour les longues procédures de contrôle ?
Vigilance dans l’application
Pendant la période Covid on avait déjà connu des annonces fortes relatives au contrôle des flux de personnes sur le fleuve. En résultat, le spectacle atterrant offert depuis les berges d’Albina par la noria de pirogues faisant la traversée, certaines utilisant seulement le chemin un peu plus long via l’île Portal. Il était devenu notoire que le meilleur créneau horaire pour passer était celui du déjeuner, le moment de la pause des contrôles français. Les supposés contrôles avaient simplement eu pour effet de faire monter les prix des traversées. Doit-on craindre, qu’au prétexte de réguler les flux migratoires, on tracasse les gens porteurs de bonnes intentions, petites cibles mais ‘’bûchettes’’ faciles pour les statistiques de l’Intérieur ?

Grâce à leur caractère d’hyper-pragmatisme, les gens de la zone s’adaptent très vite aux conditions de l’écosystème économique local. Ils savent anticiper leurs actions pour accomplir leurs objectifs sans attendre d’impulsions de l’administration. Harpie donne la mesure des résultats du tout répressif ; l’approche musclée ne fonctionne pas quand l’adversaire à toujours un coup d’avance. Le Président Santokhi a évoqué une réflexion vers un statut de zone franche, ne peut-on se joindre à celle-ci ?


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