La journée nationale de célébration de l'esclavage, de la traite négrière et de leurs abolitions, samedi, a été marquée dans l'Hexagone par trois événements. Au jardin du Luxembourg, le président de la République a pu prendre un bain de foule sans être sifflé. Place du général Catroux, ex-place des trois Dumas, Le Premier ministre a honoré la mémoire du 1er général noir de la République. À Villers-Cotterêts, la ministre des Outre-mer est venue, avec des associations, défendre le principe même de la commémoration du 10 mai.
« La honte de la France »
Le matin, devant la Sorbonne, une centaine de personnes se sont rassemblées autour d'un podium et d'une exposition sur l'histoire de l'esclavage et les hommes illustres qui ont lutté contre... Ils ont écouté des prises de paroles multiples disant « la honte de la France néocolonialiste au Rwanda, en Mauritanie, au Congo... » .
Des sans papiers sont venus raconter leur situation d'esclaves modernes. Louis-Georges Tin, président du CRAN, est revenu réclamer encore et encore des réparations. Le CRAN a mis en accusation plusieurs institutions financières de premier plan en France et en Europe, qui ont bénéficié de la traite négrière, notamment le Crédit suisse, NSMD, la banque néerlandaise, et surtout la Banque de France. M. Tin a dit la honte que lui inspirait le parti pris sur le sujet par François Hollande célébrant l'esclavage l'après-midi...
Ça ne l'a pas empêché de s'y rendre et d'y faire le mondain devant le parterre d'officiels.
François Hollande : « On commémore une barbarie, mais aussi une libération »
(F-X.G. et R. D-G.)
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François Hollande a présidé la cérémonie officielle du 10 mai au jardin du Luxembourg, en compagnie du président du Sénat et des ministres Benoît Hamon, Harlem Désir, Christiane Taubira, George Pau-Langevin et Najat Vallaud-Belkacem. Le chef de l'Etat a fait référence a l'esclavage moderne en évoquant le rapt des 200 lycéennes par le groupe islamique Boko Aram, il a aussi discrètement fait allusion au maire de Villers-Cotterêts qui a refusé de célébrer le 10 mai sans sa commune : « Villers-Cotterêts peut être fière d'être une ville où repose le général Dumas que tout le monde peut honorer, y compris son maire. » Le président a dit « ne pas (vouloir) donner trop d'importance à cette polémique » . Il a, une fois encore, balayé l'antienne des réparations réclamées entre autres par le CRAN : « Il faut faire un travail de mémoire et non pas se battre pour je ne sais quelle indemnité. » Il a toutefois admis que le Comité national pour la memoire et l'histoire de l'esclavage (CMNHE) puisse s'emparer scientifiquement du sujet.
La ministre des Outre-mer en terre FN
(F-X.G. et R. D-G.)
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C'est la réponse du chef de l'Etat et du gouvernement au refus de Franck Briffaut, le maire front national de Villers-Cotterêts, de célébrer le 10 mai dans sa commune. La ministre des Outre-mer est venue dans la ville FN se recueillir devant la plaque hommage au général de la Révolution française, Thomas Alexandre Dumas.
Peu avant, le CReFOM, le Collectifdom, le CIFOR-DOM, le CM98 et l'association des amis du général Dumas étaient là aussi pour célébrer ce descendant d'esclave, père de l'illustre écrivain métis, Alexandre Dumas.
Le refus du maire de Villers-Cotterêt avait déjà créé une polémique. S'en est ajoutée une autre quand le député UMP Thierry Mariani a émis ce tweet : « L'enlèvement par la secte Boko Aram rappelle que l'Afrique n'a pas attendu l'Occident pour pratiquer l'esclavage » , ajoutant le hashtag « déculpabilisation » .
Il n'en a pas fallu davantage pour déclencher une foule de réactions. Comme celle de Patrick Karam, lui aussi UMP, qui déclarant que le député Mariani « n'honorait pas son parti » : « Ce n'est pas avec ce genre de messages qu'il convaincra les Français d'outre-mer de faire confiance à l'UMP. »
A Villers-Cotterêt, George Pau-Langevin a déclaré que « l'Histoire de l'esclavage n'est pas seulement l'histoire des descendants d'esclaves. La République ne connaît qu'une histoire, celle de tous ses citoyens. »
Valls au pied des Fers brises
Sans la polémique lancée par le maire de Villers-Cotterêts, Manuel Valls, le Premier ministre, ne se serait peut-être pas rendu à cette cérémonie organisée par la mairie du 17e et l'association de Claude Ribbe, les amis du général Dumas, devant le monument qui lui est dédié, les Fers brises, place du général Catroux à Paris, ex-place des Trois Dumas... Entouré de Christiane Taubira, de Georges Pau-Langevin, du maire de Paris, Anne Hidalgo, et des représentants du CReFOM et du CRIF, Manuel Valls a répondu au maire front national : « Celui qui est mort à Villers-Cotterêts est un symbole... Le gouvernement a été présent à travers George Pau-Langevin, envoyée aux côtés des associations pour commémorer un grand homme que certains voulaient installer dans l'indifférence. C'est pour cela que cette journée est indispensable. Nous devons être au rendez-vous pour ne pas laisser une tribune à ceux qui veulent la confisquer. » L'hommage s'est conclu par un dépôt de gerbe. Puis le chanteur guadeloupéen, Molière Athalys, avec l'orchestre de la garde républicaine, a entonné la Marseillaise.
(Régis Durand de Girard)
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