Jean-Luk Le West : "le Mercosur pour les Guyanais et pour la France, ce n’est pas la même chose"
Le président du comité de tourisme a participé à la rencontre de la délégation guyanaise avec Michel Barnier, ancien 1ᵉʳ ministre, au salon de l’agriculture. Entretien.
À quel point une discussion comme celle que vous avez eue avec l’ancien Premier ministre Michel Barnier est-elle efficace et utile ?
Dans notre position, nous avons besoin, pour faire passer notre propre politique, de faire du lobbying auprès des instances gouvernementales et de l’Élysée. C’est un passage obligé. L’ancien Premier ministre Michel Barnier reste un personnage influent qui jouit encore de beaucoup de contacts. Il peut emmener certains sujets de réflexion sur la table.
Pour exemple, nous lui avons parlé de l’accord européen avec le Mercosur. On sait la place que ça a pour la France et sa position officielle sur le sujet. On lui a signalé qu’en prenant cette position, la France avait peut-être oublié qu’elle partage avec le Brésil la plus grande frontière terrestre française et qu’il aurait peut-être été judicieux que nous bénéficiions du Mercosur. C’est-à-dire, tout en préservant par des quotas et des taxations notre production locale, nous permettre de commercer de façon équitable avec notre voisin le Brésil.
Souvent, on mange du bœuf brésilien qui transite par Rungis pour revenir dans les étals du marché guyanais. Ce n’est pas très logique au moment où on nous parle de la pression carbone de certaines choses. La vérité, c'est qu’il est plus judicieux de nous permettre de commercer directement sur un même périmètre sanitaire avec le Brésil. La position sur le Mercosur pour les Guyanais et pour la France, ce n’est pas exactement la même chose.
Ce bœuf brésilien dont vous parlez ne vient pas de l’Amapa. S’il vient du Minas Gerais, son empreinte carbone serait plus importante en essayant de venir directement en Guyane qu’en passant par Paris…
Même s’il vient du sud du Brésil ! Les routes maritimes au Brésil ne sont pas si exactes que ça. Il y a aujourd’hui des routes maritimes entre le nord et le sud du Brésil qui fonctionnent très bien et qui pourraient être prolongées jusqu’en Guyane. Ça rejoint un autre sujet sur lequel j’ai interpellé le 1e ministre : le hub maritime qu’il y a en Guadeloupe. La CGA-CGM ne veut plus venir en direct en Guyane.
Elle emmène sa marchandise en Guadeloupe, elle la transverse sur un bateau avec un tirant d’eau moins fort pour venir en Guyane. Les délais sont rallongés de trois semaines. Il y a un des produits qui manquent dans les étals en Guyane parce que les délais sont trop longs. Les dates limites de consommation ne sont pas supportables. Du coup, les importateurs n’importent plus ce type de produits.
Ça pose un problème. Les Antillais sont très contents d’avoir ce hub. Mais on nous refuse de nous y associer et nous cherchons des solutions différentes : éventuellement les solutions proposées par les états amazoniens du Brésil qui nous proposent de mettre un ou deux bateaux de marchandises avec des tirants d’eau adaptés entre le port de Santarém (Pará) et les ports de Saint-Georges, Dégrad des cannes, Pariacabo, Cayenne.

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