Le mémorial aux victimes de l'esclavage sera « un jardin dans un jardin »
Dans les jardins du Trocadéro, non loin de la tour Eiffel, des stèles en lave émaillée porteront les noms de 215 000 esclaves devenus citoyens libres après l'abolition de 1848 en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, à Saint-Martin et à La Réunion.
C'est une promesse d'Emmanuel Macron qui date de 2018 : le mémorial national en hommage aux victimes de l'esclavage est maintenant attendu pour 2027. « Les travaux doivent commencer dès l'été prochain pour une inauguration par le président de la République au début de l'année suivante », détaille Philippe Prost, architecte, concepteur avec le paysagiste Michel Desvigne du futur mémorial.
Un temps annoncé aux Tuileries puis laissé de côté par les plus hautes autorités, c'est finalement au Trocadéro que ce projet mémoriel d'ampleur devrait voir le jour. Dans les jardins en contrebas du palais de Chaillot, à proximité de la tour Eiffel, 215 000 noms de personnes affranchies à l'abolition, en 1848, figureront sur des stèles en lave émaillée. « Ce n'est pas un monument aux morts, c'est un mémorial à la résistance et aux combattants de la liberté », assure le ministre des Outre-mer, Manuel Valls. Ce dernier s'est approprié le projet à son arrivée rue Oudinot et son entourage indique que la présentation ce jeudi à la presse du projet final, à trois jours de la chute plus que probable du gouvernement, est une pure coïncidence.
À l'opposé d'un monument aux morts hiératique et figé, les concepteurs du mémorial en hommage aux victimes de l'esclavage veulent en faire « un jardin dans un jardin ». « Dans les jardins du Trocadéro, il y a une rivière, poursuit l'architecte Philippe Prost. Le jardin mémoriel viendra se glisser autour de cette rivière et les visiteurs pourront emprunter deux chemins : l'un sera le chemin de l'histoire et l'autre le chemin des noms. »
En plus des stèles gravées des 215 000 noms d'affranchis, des panneaux explicatifs permettront d'acquérir des connaissances historiques sur la période esclavagiste. Une « île » dans la rivière abritera quatre stèles de lave brute, symbolisant quatre millions d'esclaves privés définitivement de leurs noms.
Guyane, Guadeloupe, Martinique, Saint-Martin et Bourbon (Réunion) : chaque colonie où l'esclavage a été aboli en 1848 aura un espace dédié dans le jardin. Le lieu doit à terme pouvoir servir de lieu de recueillement pour tous les visiteurs, parmi lesquels les descendants des personnes dont le nom sera gravé sur les stèles.
« Ce mémorial est l'aboutissement d'un travail de trente ans par les bénévoles et les militants, s'émeut Serge Romana, co-président du comité de pilotage du mémorial. Dans la société de l'esclavage, il n'y a pas de transmission. Personne n'a demandé aux militants d'aller chercher les noms de ces personnes dans les archives, pourtant ils l'ont fait, au prix d'un effort colossal qu'on peine à imaginer. En réalisant cette transmission, c'est une part d'humanité qui est rendue. »

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