La relation France-Suriname sur la sellette : "À toi l'or, à nous le mercure !"
Le protocole frontalier est un ajout au traité de Paris de 1915 et réglemente la frontière orientale du Suriname avec la Guyane française
L'ambassadeur de France au Suriname a exhorté notre voisin à ratifier le protocole frontalier signé à Paris le 15 mars 2021 par le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et son homologue surinamais Albert Ramdin.
Cette ratification, toujours en attente du côté surinamais, est jugée cruciale pour donner un nouvel élan à la coopération bilatérale.
" Vous prenez l'or, vous nous laissez le mercure. " C'est en ces termes que l'ambassadeur Nicolas de Lacoste résume la situation sur le fleuve Maroni. Il pointe les flux incontrôlés de la logistique qui servent l'orpaillage illégal.
Au Suriname, revient l'avantage de l'activité économique liée à l'orpaillage avec la vente de tout le matériel et des matières consommables à Paramaribo. C'est aussi sur cette base arrière logistique que revient l'or, qui y est fondu et négocié.
" Si nous ne donnons pas une chance à ce protocole frontalier, si nous ne faisons rien, la situation risque de déraper ", avertit l'ambassadeur, lors d'une conférence de presse, un exercice inhabituel pour lui.
" L'or de la Guyane française part clandestinement au Suriname. Et ce qui reste sur le versant français, c'est du mercure. Nous devrons lutter contre ce poison pendant des décennies. "
Un avertissement de la diplomatie française
L'ambassadeur déclare, pour finir, que cet accord frontalier est incontournable pour engager la coopération dans d'autres domaines. En langage diplomatique, cela peut être entendu comme un avertissement.
Il ajoute : " L'accord a été ratifié par le Parlement français en 2022. Au Suriname, la première lecture à l'Assemblée nationale a été effectuée. Pour des raisons que j'ignore, la seconde lecture est toujours en suspens. "
Le protocole frontalier est un ajout au traité de Paris de 1915 et réglemente la frontière orientale du Suriname avec la Guyane française. Le flou juridique actuel complique les actions de coopération en matière de protection des populations et de l'environnement.
Lutter contre les trafics frontaliers
" Pour lutter efficacement contre l'insécurité croissante, nous avons besoin d'une base juridique solide ", a déclaré l'attaché de police français, le commandant Jean-Michel Canestrier.
Pour sa part, l'attaché de défense Emmanuel Rigault confirme la forte pression opérationnelle quotidienne liée à la présence des soldats français sur le terrain : " Chaque jour, 365 jours par an, nous avons 300 soldats sur le terrain pour soutenir l'opération de lutte contre l'exploitation minière illégale de l'or. "
L'objectif est de lutter conjointement contre l'exploitation illégale de l'or, mais aussi contre le trafic transfrontalier d'êtres humains, le trafic de drogue et d'autres activités illégales.
Pour illustrer les propos relatifs à la frontière, l'exemple de la coopération avec le Brésil a été cité. Un accord majeur a été conclu pour suspendre, à titre expérimental, l'obligation de visa de court séjour pour les Brésiliens se rendant en Guyane à partir du 31 juillet 2026. Benoît Denise est le futur locataire de l'ambassade de France au Suriname. Il possède déjà une bonne connaissance du Suriname en tant qu'ancien chef de mission adjoint. Il est attendu à Paramaribo en septembre. Il devra cravacher pour renouer le dialogue avec la présidence surinamaise dans un dossier devenu complexe.

La radio 100% Caraïbes

- Suivez-nous
-
-
-
-
-
-
S'inscrire aux newsletters