Suriname : Les Cubaines nouvelles victimes de la traite humaine
Fuyant la misère de Cuba, des femmes, de plus en plus jeunes, arrivent en nombre à Paramaribo
Recrutées depuis Cuba, elles sont la proie des prédateurs de tous bords, parfois au sein même de leur communauté. Des " marraines " leur font miroiter des gains financiers substantiels dans les bars de Paramaribo, où, dit-on, on manque d'artistes pour des spectacles de danse.
Démunies de tout à Cuba, elles s'engagent à rembourser le prix de leur voyage par leur travail. C'est ainsi qu'elles deviennent l'objet d'extorsions. Elles sont forcées de travailler dans des réseaux de prostitution, sous la pression exercée sur leur famille restée dans l'île. La pratique démontre aussi que, parmi la communauté cubaine installée au Suriname, de nouvelles vocations ont émergé. Des réseaux intra-cubains participent à l'exploitation de leurs concitoyens candidats à l'émigration. Marchands de sommeil, passeurs illégaux et facilitateurs de la prostitution font fleurir leurs offres sur les réseaux sociaux dédiés à la migration des Cubains vers le Suriname.
Sept jeunes Cubaines sur un site aurifère près de Rosebel
C'est l'actualité qui met cette situation en lumière. Les forces de l'ordre surinamaises ont mené un raid à Moeroekreek, un camp aurifère illégal près de Rosebel, le site industriel des Chinois de Zijin Mining.
La police y a trouvé sept Cubaines et trois Dominicaines qui séjournaient illégalement chez nos voisins et vivaient sur le site dans des conditions très précaires. L'enquête préliminaire montre que ces dix femmes pourraient être victimes de traite des êtres humains. Les victimes ont été placées sous la protection de la police, tandis que des services spécialisés mènent des enquêtes complémentaires. Les conditions dans lesquelles elles se trouvaient dans la région amène à suspecter l'implication de tiers.
Présentes sur tout le fleuve
L'événement de Moeroekreek ne laisse entrevoir qu'une partie du vaste réseau de prostitution qui implique les migrantes cubaines présentes au Suriname. Elles s'affichent en nombre dans certaines rues du nord de Paramaribo. Elles sont tellement nombreuses que le bon sens pousse à s'interroger sur leur capacité à survivre financièrement. La pression de la concurrence est telle qu'elle les pousse à vaincre leur peur de la forêt et de ses animaux dangereux. Pour féroces qu'ils soient, elles vont en rencontrer sur le fleuve et les sites de l'intérieur du pays, d'un autre acabit. Sur les rives du Maroni, c'est depuis Albina et jusqu'en face de Maripasoula, à Antonio do Brinco, qu'on entend résonner l'accent cubain. La vulnérabilité des migrantes cubaines a conduit à transformer le paysage surinamais de la prostitution.
Dans la rue, ce sont les seules à travailler sous la tutelle d'un proxénète, souvent venu avec elles. Traditionnellement, les femmes de la Caraïbe ou des pays voisins voyageaient à leur initiative et à leurs frais pour travailler comme " indépendantes " dans les bars à entraîneuses. L'afflux des Cubaines a créé une situation où le crime organisé a trouvé l'opportunité de structurer un réseau. Il est à craindre que ce changement ne s'inscrive dans la durée, en criminalisant davantage la prostitution.

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