Se raconter sans se montrer : seize détenues exposent leurs œuvres au musée Franconie
Au musée Alexandre-Franconie, à Cayenne, des femmes détenues donnent à voir des fragments d'elles-mêmes dans une exposition où l'intime se mêle à l'anonymat
Le musée Alexandre-Franconie a ouvert ses portes, mercredi 8 avril, à une exposition peu ordinaire. Intitulée "Un récit humain à la lisière du monde", elle réunit une trentaine d'œuvres réalisées par seize femmes incarcérées au centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly.
À première vue, les œuvres intriguent. Compositions surréalistes, mises en scène et photocollages façonnent des portraits inattendus. " Ce sont des portraits très personnels, intimes, et en même temps anonymes ", souligne Océane Larsonneur, responsable des publics à la Maison de la Photographie Guyane-Amazonie (MAZ).
Des objets du quotidien
Ici, les visages disparaissent volontairement. Par choix, mais aussi par nécessité. Entre contraintes administratives et volonté de discrétion, certaines participantes ont préféré rester dans l'ombre. L'image se fragmente alors : une main, un regard, un détail deviennent indices d'existence.
Chaque participante a intégré à son œuvre des objets du quotidien ou chargés d'affect, reflets d'une culture, d'une mémoire, d'une enfance et d'un rêve d'après. Certaines créations explorent aussi des procédés anciens, comme le cyanotype, prolongeant cette réflexion autour de la trace et du souvenir.
"Trouver une forme de liberté"
Mené en 2024 et 2025, le projet s'appuie sur deux résidences réunissant huit détenues à chaque session, pour une vingtaine d'heures d'ateliers. Au fil du travail, la photographie s'est imposée comme un espace d'expression rare. " Elles ont pu s'exprimer de l'extérieur depuis l'intérieur, trouver une forme de liberté ", souligne Céline Fernandez, directrice pénitentiaire d'insertion et de probation. Concentration, apaisement, cohésion : les participantes en ressortent " ravies ".
Au-delà de la création artistique, l'exposition porte une ambition de reconnaissance. " L'idée était de valoriser leur travail, de les mettre en avant ", insiste Océane Larsonneur. Une restitution est d'ailleurs prévue au sein même de la maison d'arrêt, pour que les premières concernées puissent découvrir leurs œuvres exposées.
L'exposition est ouverte jusqu'à fin avril
Le choix du musée Franconie n'est pas anodin. Pour Kristen Sarge, directeur des musées et du patrimoine de la Collectivité territoriale de Guyane, cette présentation crée un dialogue symbolique entre les œuvres et l'histoire des lieux. " Cela fait écho à d'autres formes d'enfermement, passées ou présentes ", note-t-il, rappelant la vocation du musée à accueillir la création contemporaine et s'ouvrir à tous les publics.
La démarche du photographe Guillaume Martial s'inscrit dans la continuité de ses recherches menées en milieu carcéral. Son travail interroge les notions d'enfermement et de contrainte à travers une réappropriation ludique de l'espace et de l'architecture, questionnant les frontières entre intérieur et extérieur, visible et invisible.
L'exposition est visible jusqu'au 29 avril. Et une prochaine résidence artistique au sein du centre pénitentiaire est déjà en cours de réflexion pour 2026.

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